XIV. Auguste reconnu roi
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Toute la nation polonaise se réunit dans une diète de paciGcation, tenue en 1736. Ce peuple vaincu, mais fierdacs sa soumission, fit une sorte de réclamation étemelle, en mettant à prix la tête de quiconque à Tavenir dans un îdterrègne appellerait des troupes étrangères ; et cette même diète qui reconnut Auguste lll pour roi, prononça en sa présence Tinfamie et la peine de mort contre ceux qui dans la suite imiteraient son exemple. On exécuta dans cette diète tout ce qu'on méditait depuis plusieurs années contre les dissidents. Le petit nombre qui en restait encore parmi la noblesse fut absolument exclu du gouvernement et réduit à la condition de sujets. On leur accorda la sûreté de leurs biens, le droit de posséder tous les emplois militaires et d'obtenir les grâces de la cour qui n'emportent avec elles aucune magistrature, le droit de donner leurs voix dans les diètines, pour Téiection des députés, sans pouvoir être députés eux-mêmes. On leur ôta également toute activité dans les tribunaux et dans les commissions souveraines ; et Ton décerna contre eux les peines de haute trahison, si, pour être rétablis dans leur premier état, ils imploraient la protection des puissances étrangères. Ces nouvelles lois devenues de nos jours l'occasion ou plutôt le prétexte de tant de troubles, et dès ce temps -là contredites par un grand nombre de catholiques, passèrent toutefois avec une apparente unanimité. Aucun prince étranger ne réclama contre
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elles; et elles furent portées en quelque sorte sous la protection des armes russes.
XY. Guerre de la Russie contre les Turks.
Cependant les Turks avaient laissé violer impunément le traité conclu, il y avait alors vingt-trois ans, sur les bords du Pruth, et qui aurait dû garantir la Pologne de l'invasion des Russes. Ce n'était plus ni le même visir, une disgrâce lui avait coûté la vie ; ni le même sultan, une révolution l'avait précipité du trône. Ils étaient remplacés par un empereur et par des ministres moins dignes encore du gouvernement. Le chef des eunuques noirs était le maître de l'empire ; et sous une administration si méprisable^ les insinuations de la France n'avaient pu exciter dans le sérail qu'une attention vaine et de tardives inquiétudes. Mm les hardis aventuriers qui gouvernaient la Russie saisirent le prétexte de ces inquiétudes mêmes. Déjà, et dès le temps des séditions qui avaient agité Constantinople et placé sur le trône le nouveau sultan, ils avaient résolu d'attaquer cet empire, de venger la Russie de l'affront qu'elle avait reçu au bord du Pruth, d'effacer ce traité honteux qui opposait à l'ambition des Russes une barrière que, dans d'autres conjonctures, elle aurait pu craindre de franchir. Ils n'avaient suspendu ce dessein que pour donner un roi à la Pologne. Ils le reprirent avec une nouvelle ardeur aussitôt que cette république fut paciGée. Ces hommes d'un génie si redoutable sentirent que, pour enchaîner la Pologne, pour ne pas laisser dans celte république une espérance d'appui, et parcelle espérance un germe perpétuel de révolte, il était nécessaire d'humilier l'empire ottoman; et que c'était peu d'avoir donné un roi aux Polonais, si on ne les séparait entièrement
tîG DÉVOLUTIONS DE POLOGNE. *
de leurs protecteurs. Pendant >es premières hostilités, ils continuaient d*amuser le divan par de fausses négociations, et tout le plan de la guerre était déjà concerté avec les Autrichiens. La Russie, proGtant même de ses correspoudances avec la Perse, avait engagé dans cette ligue Theureux usurpateur ThamaS'Koulikan.
Ce fut surtout pendant cette guerre que Munich, par une rigueur inflexible, acheva d'établir dans les années russes la discipline qu'elles ont conservée. Les ofBciers généraux étaient, pour les moindres fautes, enchaînés à des canoos, et traînés ainsi dans de longues marches. La plupart des soldats, par la crainte de s'avancer dans les déserts sablonneux qui séparent ces deux empires, feignaient des maladies pour ne pas sortir des frontières. Munich, qui vit par cette ruse ses troupes diminuer de moitié^ fit publier dans son armée une défense d'être malade, sous peiné d'être enterré vif; et le lendemain, ayant fait enterrer trois soldats sur le front du camp, les maladies cessèrent, et l'armée passa outre. Au siège d'Oczakoff, une bombe alluma dans la ville un incendie irrémédiable. Munich commande aussitôt une attaque environnante. L'incendie s'étendant de plus en plus et faisant sauter consécutivement trois magasins n poudre, ensevelit au loin sous les ruines une partie de la ville, et des bataillons entiers d'assiégeants. Un détachement russe refusant alors de monter à l'assaut pour entrer dans cette ville embrasée, Munich fait pointer contre ce détachement une batterie de canons, et ces troupes ainsi forcées à combattre emportent cette malheureuse ville.
XVJ. Projet de rétablir Vempire grec.
Toutefois les projets concertés entre les alliés ne s'exécu-
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tèrent point. Thamas, après avoir demaiidé aux Rosses, sous prétexte d'attaquer rennemi commun , des ingénieurs et des officiers d'artillerie, employa ce secours à la conquête des Indes. Les Turks, qui évitent de faire la guerre sur les frontières désertes de la Russie, mais qui se portent toujours avec ardeur en Hongrie, où l'espérance du butin les attire, attaquèrent avec toutes leurs forces les possessions autridiiennes, et obtinrent de grands avantages. L'armée russe, désolée par c^t mille Tatârs, n'eut, dans la Krknée, qu'elle mit à feu et à sang, que d'inutiles succès. Tous ces anciens généraux formés sous Pierre I**" avaient repris le premier dessein de ce prince, d'étendre la domination moskovite jusqu'au rivage de la mer Noire, et de s'établir sur cette mer, tandis que les principales forces des Turks seraient occupées de toutes parts. Mais moins la fortune seconda ce projet, plus elle donna de grandes occasions au génie de Munich. Il change tout le plan de la guerre. Il traverse sans obstacle une partie de la Pologne, pour attaquer de ce côté les frontières ottomanes'. Ce ftit lui qui, le premier en Russie, conçut le dessein de faire soulever contre les musulmans toutes ces nations chrétieimes conquises depuis trois siècles, et qui depuis ce temps, toujours ennemies de leurs maîtres, s'informaient avec une joie secrète de tous les progrès des armes russes, et commençaient à en attendre leur délivrance. Étrange pouvoir de l'opinion, par lequel, trois siècles après l'extinction de l'empire grec, des barbares étrangers à cet empire, parviendront peut-être à le renouveler en Moskovie ; ainsi que dans nos climats, trois siècles après l'extinction de l'empire romain, d'autres barbares ayant usurpé son nom dans la Germanie , en ont, en quelque sorte, renouvelé la puissance. Munich, appelé dans le conseil de Pétersbourg où on voulait la paix, opina pour continuer la guerre. H exposa l'état intérieur de l'empire ot-
1J8 BBVOLUTtOMS DE POLOGNE.
toman : « que tous les Grecs regardaient la tznriue comme leur légitime souveraine; que la disposition de ces peuples tenait à cet éclat de renommée qu'avait maintenant la puissance russe ; qu'il fallait saisir ce premier moment de leur enthousiasme et de leur espérance, marcher à Constantinopie ; et qu'une pareille disposition dans les esprits ne se retrouverait peut-être jamais. »
En effet, dès que Munich eut conduit son armée dans la Moldavie, ancienne province de l'empire grec, et dont les habitants conservent encore la même religion, ils le reçurent comme leur libérateur. Il se préparait à passer le Danube, et à porter la guerre dans le cœur même de l'empire ottoman. Les Turks, malgré les grands avantages qu'ils obtinrent alors contre les Autrichiens, auraient difGcilemeut résisté au soulèvement général des Grecs, appuyé par une armée jusque-là victorieuse, et conduite par un tel homme. Dans ce péril même qui menaçait de si près la puissance ottomane, les événements de la guerre ne servaient que d'occasion et de prétexte aux intrigues du sérail. Tantôt les intentions paciGques d'un grand-visir devenaient le motif apparent de sa disgrâce ; tantôt dans les victoires de son successeur contre les Autrichiens on trouvait un motif pour l'exiler comme trop opposé à la paix. Mais d'autres événements arrêtèrent l'armée de Munich et empêchèrent l'exécution de ce grand dessein. Thamas, revenu de la conquête des Indes, menaçait alors les frontières turques; et le divan, effrayé, consentit avec précipitation à la paix que demandaient les Autrichiens vaincus : dans le même temps les Russes étaient rappelés dans le Nord par les premiers mouvements d'une nouvelle guerre contre les Suédois.