‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 71 sur 154 · XX. Proscription des étrangers · texte numérisé non relu

XX. Proscription des étrangers

On avait arrêté au même instant tous ceux qui avaient eu part au gouvernement, Ostermann, Munich, tous ces autres étrangers dont les grands talents avaient en quelque sorte fondé cet empire. Les soixante vieux grenadiers russes, voyant rautorité remise par eux seuls entre les mains d'une princesse toujours élevée en Russie, et qui ne connaissait point d'autres mœurs, lui demandèrent pour unique récompense d'ordonner dans tout l'empire le massacre des étrangers. Elle désarma leur férocité , mais en leur jurant de faire mourir dans les supplices tous ceux qu'ils voudraient trouver coupables. Bientôt, en effet> Pélersbourg vit conduire sur réchafaud, les uns pour y être écartelés, les autres pour y être roués vifs, cette foule d'hommes célèbres auxquels cette ville devait sa fondation et son éclat. Tous y montrèrent la plus héroïque fermeté et le dédain le plus outrageant pour la nation qu'ils avaient illustrée. Ils y reçurent grâce de la vie, pour être conduits dans d'effroyables exils : Ostermann, dans cette île déserte où Mentzikof était mort; Munich, dans cette triste maison construite sur ses propres dessins pour y enfermer Biren. Celui-ci, qu'Elisabeth ne haïssait pas, en sortit pour un exil plus doux ; et on raconte que ces deux ennemis s'aperçurent en traversant ïa chaussée étroite par où, l'un sortait pour faire place à l'autre. Golofkin, le seul Russe qui eût été employé avec ^lat sous leur ministère, fut conduit à l'extrémité de

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l'Asie, au-delà du cercle polaire. Sa remnoeel lui furent enfermés dans la même chambre; et tant de calamités ayant bientôt causé la mort de cette femme, Golofkin appela roffleier qui le gardait, et lui montra ce cadavre ; l'officier répondit : « 'que ses ordres portaient de ne rien laisser entrer ni sortir; » et le corps de cette infortunée resta sous les yeux de son époux jusqu'au retour d'un émissaire envoyé à deux mille lieues prendre les ordres de la cour. Le baron Mengden fut transporté encore plus près du pôle, avec» son épouse et ud enfant dans les bras de cette malheureuse mère. Cet enfant passa ses premières années, ne connaissant de Tunivers entier que ses deux parents. Ils l'instruisirent avec soin dans presque tous les arts de TEurope. Il leur survécut à tous deux, dans cette même prison, y resta longtemps seul, en sortit à Page de vingt ans; et l'auteur de cette Histoire l'a vu occupé «à comparer tous les objets de la nature et de la société, également nouveaux pour lui, avec les notions justes et fidèles que ses pairents lui en avaient transmises, et qui étaient profondément gravées dans sa mémoire. D'autres eurent d'aussi tristes destinées. Jamais révolution ne fut plus générale ni plus prompte. Dans toutes les villes russes , les étrangers furent poursuivis , quelques-uns massacrés. Ceux qui servaient à l'armée ne durent la vie qu'à leur nombre, à leur réunion et à leur intrépidité. La plupart se pressèrent d'abandonner cet empire , et de passer chez des nations plus reconnaissantes , tels queKeït, Lascy, Lowendal , qui trouvèrent ailleurs les honneurs et la gloire; Mansfeldt, aide-de-camp de Munich, et qui l'avait suivi dans toutes ses campagnes ; Euler, dont les travaux ajoutèrent une nouvelle célébrité à l'académie de Berlin. Quelques-uns , n'ayant pas comme ceux-ci un nom qui partout assurât leur fortune, obtinrent de servir la Russie dans ses ambassades, se précautionnèrent contre les conûs-

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cation», en plaçant leurs biens dans les banque» étrangères, et résolurent, en employant leur génie et leurs talens au serviœ de cette cour, de n'y retourner jamais. Il resta seulement en Russie ceux qui purent supporter le mépris. I^s Juifs furent de ce nombre ; mais on les soupçonna de faire passer en pays étrangers les biens de ceux qui avaient quitté l'empire,, et un édit impérial baiinit à perpétuité toute leur race.

Comm^H; des historiens n*ont-ils vu dans tout cet événement que la révolution particulière qui éleva Elisabeth sur le trône, et non une révolution générale? Les anciennes mœurs russes reprirent aussitôt leur cours. Partout Tignorance et la barbarie réparurent avec la vanité. Un luxe sans bornes continua de régner dans uu pays où manquèrent bientôt les arts nécessaires.

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