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mont^ excita bientôt la curiosité des sociétés de Paris, et les inquiétudes de celles de Pétersbourg. Grimm, émissaire de la tzarine, employa pour tranquilliser cette princesse tous les moyens qui pouvaient séduire ou intimider son historien trop fidèle. On dit même que M. d'Aiguillon voulut bien seconder les efforts de Grimm, et ([de H. de Sartine, lieutenaùt de police^ manda Rulbière et le menaça de la Bastille, s'il ne livrait son manuscrit. Nous aurions omis ces circonstances fort incertaines, si on ne les avait déjà publiées. Mais de quelque lieu que vinssent les offres et les menaces, Rulhière était résolu d'y résister. Il ne consentit jamais à la suppression de son ouvrage, et prit seulement rengagement de ne l'imprimer qu'après le décès de l'impératrice de toutes les Russies (1) .
Il en faisait toutefois et eu laissait faire tant de lectures, que ce manuscrit devenait plus connu que beaucoup d'imprimés. Peut-être même que cette clandestinité eu exagérait un peu Timportance. Car ces communications privilégiées, ces confidences qui sont aussi des hommages , appellent rarement la censure, désarment la sévé-
(I) Les agents de la tzarlne offrirent à Rulhière 30,000 fr. pour la suppression de son manuscrit. Il répondit qu'il ferait un acte déloyal en le livrant même à ce prix, car il TaTait, d'un bout à Taiitre, écrit dans sa mémoire.
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rite, disposent à la complaisance pour ce qui mériterait peu d'éloges, etàTenthousiasme pour ce qui n'a pas besoin d'indulgence. Rulhière recueillit cependant quelques observations critiques, et y fit, en 1773, une réponse qu'il adressait à la comtesse d'Egmont, et qui ne pouvait être publiée qu'avec Touvrage même.
Ed 1768, Rulhière faillit recevoir une mission secrète pour la Pologne. Si, comme on peut le présumer, cette mission était du genre de celle qui fut donnée à Dumouriez en 1770, Rulhière dut se féliciter d'y avoir échappé. Avec moins d'activité et plus de circonspection que Dumouriez, il eut essuyé d'autres revers, et dans des conjonctures si difficiles, et presque si désespérées, conamis peut-être d'autres fautes. Il eût été sans nul doute plus sensible aux malheurs des confédérés ; et l'on ne saurait dire si le souvenir de ce qu'il aurait vu, ou même de ce qu'il aurait fait, n'eût pas flétri le reste de sa destinée. Qui sait du moins si, après avoir eu part à ces tristes événements, il eût daigné en être l'historien ; s'il eût voulu se retracer sans cesse de si funestes images; ou si, ayant des intérêts personnels à défendre dans ce récit , il eût pu rester impartial? Quoi qu'il en soit, au lieu de l'envoyer en Pologne, on le chargea, en 1768, d'écrire pour
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Tinstruction du dauphin, Thistoire des troubles de cette république.
Rulhière n'a point été revêtu du titre d'historiographe des affaires étrangères ; dans un mémoire qu'il présentait à M. de Montmorin, en 1790, il .le se qualifiait qu'employé sur Vèiat du département des affaires étrangères^ dans la classe des écrivains politiques. Mais, occupé, dès 1768, à composer une Histoire de Pologne, il obint, en 1771, parles bons offices de M. de Breteuil, une pension de 6,000 livres, dont il a joui jusqu'à sa mort; et en 1775, il futfait chevalier de Saint- Louis. Il était d'ailleurs secrétaire de Monsieur, frère du roi.
Chargé d'un travail sur la Pologne, pour Tinstruction d'un dauphin de France, il se traça le plan d'un ouvrage qui pût instruire toutes les cours. 11 croyait, sans doute, que le meilleur livre d'histoire pour un jeune homme ou pour un jeune prince, est celui qui est aussi le meilleur pour tous les rangs et pour tous les âges; qu'il n'y a rien de trop bon pour l'éducation ; et que le respect qu'on doit à la jeunesse consiste à ne lui offrir que des leçons excellentes, dignes de l'attention ou même des hommages de tous les hommes éclairés. Le dauphin, pour lequel Rulhière commença ce livre, était roi depuis dix-
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sept ans^ quand Tauteur mourut^ sans que le livre fût achevé. L'histoire du règne malheureux de Poniatowski pouvait entrer utilement dans le plan des études d'un prince réservé à de plus violents orages; mais les destinées de Louis XVI avançaient plus vite^^jne l'ouvrage entrepris pour son instuction. Rulhière travaillait fort à loisir^ interrogeant les témoins^ fouillant les correspondances politiques; rassemblant et appréciant des matériaux presque sans nombre, les disposant avec goùt^ les employant avec grâce; se fixant sur chaque détail, afin d'en sentir et d'en accroître l'intérêt; moins pressé d'arriver aux dernières pages que jaloux de n'en point laisser d'imparfaites ; poursuivant ainsi sans ennui^ sans fatigue et sans impatience^ une longue carrière, et ménageant sa santé pour mieux assurer sa gloire.
Quelque précieux, quelque multipliés que fussent les renseignements qu'il se procurait à Paris sur les affaires de Pologne, il éprouva le besoin d'en aller chercher de plus immédiats hors de la France. Ce fut l'objet du voyage qu'il fit en 1776, de son propre mouvement, sans mission du gouvernement, et sans autres appointements que ceux dont il avait joui jusqu'alors. Il visita les cours de Dresde, de Vienne, de Berlin, et l'on ajoute qu'il parcourut aussi la Po-
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logne. Nous ne pouvons affirmer cette dernière circonstance, mais nous savons qu'il était de retour à Paris à la fin de 1776.
Avant et depuis ce voyage, Rulhière, homme du monde autant qu'homme de lettres , a toujours fréquenté fort assidûment plusieurs sociétés; celles par exemple de M. de Montesquiou , du maréchal de Richelieu et de la comtesse d'Egmont. Son intimité constante avec M. de Breteuil ne fut point altérée par les liaisons qu'il contracta avec M. Necker et avec d'autres personnages, dont les opinions politiques semblaient assez discordantes. Il cultivait aussi l'amitié de plusieurs écrivains célèbres; et il a su, mieux que personne, supporter sans colère et sans déplaisir, l'humeur bizarre et les méfiances de J.-J. Rousseau; persuadé sans doute que ces déplorables travers étaient moins des torts, que des malheurs inséparables peut-être de la sensibilité exquise et profonde de cet éloquent philosophe. On raconte que Rulhière arrivant un jour chez Rousseau, celui-ci s'empressa de lui montrer fort en détail tous les préparatifs de son diner, et lui dit: «Vous voilà, pour le coup, bien instruit des secrets de ma maison, et vous aurez trouvé là quelque bon trait pour la comédie que vous faites; allez donc finir votre Défiant. — J'y vais, répondit Rulhière; mais j'avais à vous deman-
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der si c'est défiant ou méfiant qu'il faut dire. — Comme il vous plaira, reprit Jean-Jacques; mais bonsoir». Rulhière sortit en effet, en embrassant Rousseau, qui par mégarde lui serra la main: Ils restèrent amis ; et dix ans après la mort de Jean-Jacques, Rulhière se plaisait encore à rendre des hommages publics à la mémoire de celui qui avait, disait-il, « ramené le bonheur sur le premier âge de la vie (1), et, à tant de titres si bien mérité du genre humain (2) » .
Rulhière avait des relations plus habituelles avec Mably, et recueillait avidement les conseils de cet écrivain. Mably est souvent cité par Rulhière dans les notes et les matériaux qui devaient servir à terminer l'histoire de Pologne ; et l'on présume que de son côté, Rulhière n'était point inutile à l'auteur des Observations sur Vhisioire de France : on lui a même attribué quelques-uns des derniers chapitres de cet excellent ouvrage. On a compté encore au nombre des amis de Rulhière, Chamfort, auquel il a adressé une épltre en vers, dont le début est fort amical en effet :
£h quoi ! dans mon malheur, c^est moi qui vous console ?
mais il est trop sur que cette liaison n'a point
(1) Discours de réception à V Académie française.
(2) Pag. 54 des Éclaircissements historiques sur la révocation de VÉdit de Nantes.
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été durable; et nous craignons même que Chamfort ne soit l'auteur du portrait suivant de Rulhière :
« 11 cachait un esprit très-délié sous un extérieur assez épais ; très-malicieux, avec le ton de Taménité ; très-intrigant, sous le masque de l'insouciance et du désintéressemeat. Réunissant toutes les prétentions de l'homme du monde et du bel esprit, il faisait servir ses galanteries à ses bonnes fortunes littéraires, et les lectures mystérieuses de ses productions à s'introduire chez les belles dames. Fort circonspect avec les hommes qui pouvaient l'apprécier, il était extrêmement hardi, à tous égards^ auprès des femmes qui ne doutaient point de son mérite. Tout dévoué à la faveur et aux gens en place, il n'évitait, dans son manège, que la bassesse, qui l'aurait empêché de se faire valoir; souple et réservé, adroit avec mesure , faux avec épanchement , fourbe avec délices, haineux et jaloux, il n'était jamais plus doux et plus mielleux, que pour exprimer sa haine et ses prétentions. Superficiellement instruit, détaché de tous principes, Terreur lui était aussi bonne que la vérité , quand elle pouvait faire briller la frivolité de son esprit. 11 n'envisageait les grandes choses que sous de petits rapports, n'aimait que les tracasseries de la politique, n'était éclairé que par des bluettes
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et ne voyait dans l'histoire que ce qu'il avait vu dans les petites intrigues de la société (1) ».
Nous croyons repousser assez les derniers traits de cette satire, en publiant aujourd'hui la plus grande partie des écrits historiques deHulhière. Les hommes éclairés apprécieront sa manière d'envisager et d'écrire l'histoire ; ils décideront jusqu'à quel point on doit lui reprocher d'avoir quelquefois représenté les grandes choses dans toute leur petitesse. 11 se peut que l'habitude d'observer de près, au sein des sociétés, tant de misérables intrigues , l'ait en effet disposé à remarquer, à retrouver parmi les causes des événements publics, des frivolités du même genre ; mais on jugera si cette disposition l'éloignait ou le rapprochait de la vérité , et si ce n'était pas ainsi qu'allait réellement le monde politique, dans les temps et dans les lieux dont il s'est occupé. Nous oserons assurer au moins, qu'il a pris, pour s'instruire à fond, pour connaître la vérité et pour la dire > tous les soins qu'on a le droit d'exiger d'un historien. La preuve en est dans les matériaux qu'il rassemblait avant d'écrire, longs recueils de renseignements, de témoigna-
(1) Ce portrait, tracé par un ennemi envieux et méchant, ressemble à s'y méprendre au peintre lui-même, à l'auteur de Mtistapha et Zéangir el au critique du Mercure; mais pas du tout aa modèle qu'il avait en vue.
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ges-, de relations scrupuleusement confrontées et vérifiées. Nous n'avons rien d^aussi positif à répondre à la censure de sa conduite et de son caractère; et nous ne dissimulerons pas qu'on a peu loué sa bonté. Mais qui ne sait enfin que cette réputation de méchanceté s'acquiert souvent à aussi peu de frais qu'une autre; et où sont après tout les actions qui Font méritée à Rulhière ? Ce n'est pas du caractère d'un homme de lettres, c'est de son esprit que jaillissent ces traits piquants^ ces mots satiriques applaudis et censurés avec une égale injustice. 11 est des sociétés légères et brillantes, où ceux qui ne sont pas méchants se croient tenus de le paraître, et fort souvent réussissent au delà de leurs prétentions. Voilà peut-être tout le fond de cette énorme perversité de Rulhière, et à quoi se réduirait toute l'histoire de ses noirceurs, sans le soin qu'ont pris d'en tracer et d'en achever le tableau, les émules de son talent et de sa malignité.
Nous aurions d'ailleurs quelque peine à comprendre comment Rulhière, s'il eût mérité tant de haine, eût réussi à se faire élire, en 1787, membre de l'Académie française, n'ayant encore, à l'âge de cinquante-deux ans, presqu'aucun autre titre public, que ses deux cents vers sur les Disputes- 11 se crut, dans cette circonstance, plus obligé qu'un autre à justifier par son
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discours de réception , le choix dont il avait h rendre grâces; et dans la foule de ces remerclments académiques^ le sien se compte , en effet , parmi ceux qu'on peut relire. S'il fût venu remplacer quelqu'un de ces écrivains célèbres dont les travaux doivent occuper une grande place dans l'histoire littéraire de leur siècle, il lui eùl fallu moins d'art pour se montrer à la fois éloquent et modeste. Hais il succédait à Fabbé de Boismont; et il n'osa pas se restreindre à célébrer ce prédicateur. 11 le loua pourtant, il le critiqua même, et il eut Fart de rappeler et de citer presque tout ce qu'il y avait de remarquable dans sa vie et dans ses écrits. Mais voulant donner à ce discours une étendue à peu près égale à celle d'un sermon de cet abbé, Rulhière ne put se dispenser de recourir à d'autres matières. Huit ou dix compliments personnels à autant d'académiciens , des remarques historiques sur l'origine de l'académie, des observations philosophiques sur les révolutions de notre littérature depuis le milieu du dix-huitième siècle, des réflexions du récipiendaire sur ses propres travaux, sur leur nature et sur leur obscurité ; des éloges de Richelieu, et de Boismont, et de Louis XVI, et du dauphin son père, une adresse à l'assemblée des notables, et je ne sais combien d'autres variétés : voilà sans doute une composition singulière. Le genre ap-
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paremment le permet ou le veut ainsi ; et tel est, au surplus, dans le discours de Ruihière, le bonheur des transitions, telle est l'élégance du style et l'harmonie des couleurs, qu'entraîné par les grâces des pensées , par leur intérêt , et même par leur enchaînement, on ne s'aperçoit pas de ce qu'elles ont d'hétérogène (1).
En même temps qu'il appréciait, dans ce discours, les services rendus aux lettres et au monde par la philosophie, il travaillait à faire prévaloir, au sein du gouvernement, ses maximes tolérantes. Il s'agissait de Tétat civil des protestants. M. de Breteuil présentait au roi un rapport qui tendait à un acte de justice, et Rulhière ajoutait à ce rapport des Éclaircissements historiques sur les causes de la révocation de VÈdit de Nantes. Sans doute , il eût suffi, pour résoudre une telle question, de consulter l'équité ou l'intérêt public, qui n'en peut jamais différer; et il pouvait sembler superflu de rechercher l'origine et le progrès du mal pour sentir la nécessité de le réparer. Mais dans les matières qui dépendent le plus immé-
(1) Après avoir lu ce discours dans les Œuvres complètes de Rulhière, publiées par M. Auguis, en 1819, on peut dire quMi avait plutôt l'art de grandir les petites choses , que celui de « représenter les grandes dans leur petitesse. » Chamfort s'y entendait mieux que lui ; voyez les Tableaux historiques de la liévolu' lion.
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diatement de la morale naturelle y nos légistes et nos savants nous ont accoutumés à donner aux faits une autorité prépondérante ; de sorte qu'en presque toute discussion politique, il importe à la raison d'avoir aussi des citations à faire, et de ressembler, autant qu'elle peut, à la science. Rulhière se mit donc à fouiller les archives les plus secrètes; et il eut le bonheur d'en extraire des faits dont la plupart avaient le double mérite d'être peu connus, et de servir, à leur manière, la cause de la religion réformée et opprimée. 11 était prouvé par ces faits, que Tinjustice, extrême sans doute, avait été de plus irréfléchie et commise étourdiment, à la suite d'intrigues incohérentes, où s'étaient égarées des ambitions fort étrangères aux choses religieuses. Rulhière expliquait comment madame de Maintenon, née calviniste, restée tolérante après son abjuration, écrivant à son frère que « persécuter ou même convertir w'c(at7 pas d'un homme de qualité », avait eu besoin, pour soutenir son crédit compromis par des imprudents, de renoncer peu à peu à son rôle d'Eslher, et déformer enfin contre la tribu une sorte de triumvirat avec Louvois et Lachaise; comment Louvois, impatient d'arracher Louis XIV aux tracasseries ecclésiastiques , et de le rappeler aux soins de l'administration militaire, n'avait sacrifié les protestants, qu'afin qu'il
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ne fût plus parlé ni d^eux, ni de leurs ennemis; comment Lachaise lui-même n'avait adopté ces mesures violentes que pour ne pas laisser prévaloir les jansénistes^ qui en conseillaient de plus scrupuleuses ; comment enfin, Louis XIV, naturellement équitable, ami de Tordre autant que de la puissance, et voulant être, s'il se pouvait, aussi humain que dévot, ambitieux de régner sur un peuple heureux, et destiné à être félicité de tous les malheurs de ses sujets , trompé par les évêques, par les intendants, par les ministres, 1 rompe sur tous les détails qu'il lui importait de connaître, persuadé qu'après des conversions innombrables, il ne s'agissait plus que de réprimer quelques séditieux,avaitcru pacifier son royaume, lorsqu'on l'entraînait à le dépeupler et à l'appauvrir. C'est ainsi qu'au lieu d'une apologie des protestants , Rulhière faisait *cella de leurs adversaires; et que, sans montrer aucun zèle pour les victimes, il mettait leurs droits en évidence par la nature même des excuses qu'il alléguait pour les oppresseurs. Ingénieux ouvrage, dont l'intérêt historique ne pouvait manquer de survivre aux circonstances pour lesquelles il fut composé. Les droits des protestants ne redeviendront pas problématiques; mais ces recherches, ou si l'on veut ces conjectures sur les causes de
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leur proscription, seront à jamais instructives (1). Ces discussions de 1788 sur Tétat civil des protestants , peuvent se compter au nombre des préludes de la révolution qui éclata dans le cours de l'année suivante. 11 faut dire que ces grands changements déplurent à Rulhière, dont la philosophie, d'accord avec ses intérêts personnels et avec ceux de ses protecteurs, ne tendait qu'à des réformes partielles, ou qu'au progrès lent et paisible de l'administration générale. Ce fut là , selon toute apparence, l'époque de sa rupture avec Chamfort, dont les vœux pour le bonheur public étaient plus impatients. On dit que Rulhière avait écrit V Histoire des événements de 1789, spécialement de ceux des 5 et 6 octobre ; et qu'au milieu des orages qui ont suivi sa mort, les dépositaires de cet ouvrage n'ont pas osé le conserver (2). On ajoute qu'il avait aussi commencé ou même achevé une Histoire de la diète de Ratis-
(1) Rulhière devait être essentiellement tolérant; et dans ses Éclaircissements historiques, nous retrouvons encore Tliistorien des dissidents en Pologne.
(2) Son frère, commandant la première division de la gendarmerie de Paris, à l'époque du 10 août, avait été arrêté et conduit à la Force ; sa famille, trop effrayée, livra aux flammes tous les papiers de Rulhière qui pouvaient la compromettre : et de ce nouihre lurent, selon toute apparence, ses deux comédies, le Fâcheux et le Méfiant^ irrévocahlement perdues. Après sa mort, Louis XVI avait fait redemander tout ce qui restait de ses manuscrits.
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bonne, un Extrait des archives de la Bastille y des Mémoires sur les progrès de la littérature française, et des comédies, entre lesquelles on cite le Méfiant et le Fâcheux ; nous n'avons aucune connaissance de ces écrits. Il parait que depuis les derniers mois de 1789, il avait contracté des habitudes fort chagrines, ne fréquentant plus guère à Paris que le club des Échecs; plus souvent retiré et solitaire dans la maison de campagne qu'il avait à Saint-Denis, et qui porte le nom d'Ermitage. Un régime si nouveau pour lui, a pu altérer sa santé et abréger ses jours. Il mourut presque subitement , à Paris , le 30 janvier 1791, âgé d'environ cinquante-six ans. Ses héritiers, fidèles à l'engagement qu'il avait contracté, n'ont publié qu'en 1797, après la mort de Catherine, les Anecdotes sur la révolution de Russie. En 1802, on a mis au jour un volume qui, sous le titre d'œuvres de Rulhière, contient son Discours de réception à l'Académie française, des Anecdotes sur le maréchal de Richelieu , le poôme des Disputes, des Contes et beaucoup d'autres pièces de vers qui peut-être ne sont pas toutes de cet écrivain.
Nous avons fait usage , pour rédiger le précis qu'on vient de lire, des renseignements qui nous ont été communiqués par d'anciens amis de Rulhière ; par son neveu, sous-préfet à Falaise ; enfin
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par les dépositaires des archives du ministère des relations extérieures. Les indications qui nous sont venues de cette dernière source, et qui sont les plus précises de celles que nous avons pu recueillir, nous ont déterminé à omettre et quelquefois à contredire certains faits positivement affirmés en d'autres notices, soit imprimées, soit manuscrites. Ces notices sont d'ailleurs si peu d'accord sur les circonstances et sur les dates , que nous n'avons eu souvent d'autre moyen d'éviter les méprises, que de supprimer ces particularités peu importantes ; et il est fort possible encore qu'il se soit glissé quelque erreur dans celles que nous avons conservées. On s'étonnera peut-être qu'un petit nombre de faits extrêmement simples, composant la vie d'un homme de lettres, puisse donner lieu à tant d'incertitudes; mais cette remarque même peut nous faire prendre quelque idée des travaux étendus et pénibles que s'est imposés Rulhière, lorsqu'il a écrit cette histoire des longs malheurs d'un grand peuple, que nous publions aujourd'hui.
Il parait que Rulhière avait fait tirer un assez grand nombre de copies de cette histoire. Il en existe deux entre les mains de M. de Rayneval, correspondant de l'Institut, autrefois premier commis des affaires étrangères, et qui fournissait à Rulhière, alors son ami, de nombreux et utiles
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sente à la fois l'ouvrage tel qu'il est, et tel qu'il a failli paraître (1). On y pourra bien remarquer un certain nombre de négligences, dont Tauteur, s'il Teût achevé et publié lui-même, eût probablement fait justice. Mais les droits qu'il eût exercés ne nous appartenaient point; et nous avons espéré que ces incorrections rares et légères , dans une histoire pleine d'intérêt , ne dépasseraient point la mesure de F indulgence qui est due aux livres posthumes. Il reste d'ailleurs bien des questions délicates dans la théorie de l'art d'écrire ; il en reste même dans la grammaire : et nous n'avons pas cru qu'ils nous fût permis de les résoudre autrement que l'habile académicien dont nous imprimions l'ouvrage.
Il s'est rencontré toutefois un petit nombre de passages où le manuscrit ne présentait qu'un sens louche, incomplet, ou même inintelligible. Nous avons dû réparer ces erreurs de copiste, et nous l'avons presque toujours pu faire par la simple suppression de quelques mots. Les retranchements qu'il nous a été impossible d'éviter, n'équivaudraient point ensemble à deux pages sur quinze cents ; et ce sacrifice nous a paru un moindre dommage que celui que nous aurions
(l)Ce manuscrit, à cause des additions, suppressions, abréviations, remaniements, ratures et corrections dout il est couvert, surtout vers la lin, est aujourd'hui complètement indéchiffrable.
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causé par des additions téméraires^ ou en altérant la construction des phrases. Nous avons d'ailleurs rétabli partout les rapports indiqués par Fauteur entre les temps dont il parle et ceux où il écrit. Puisqu'on sait qu'il composait cette histoire depuis 1768 jusqu'en 1790, on voit assez ce qu'il faut entendre quand il dit : « Le siècle dernier, notre siècle, depuis peu, jusque à présent, etc. »
Dans le manuscrit , le livre XI est divisé en deux parties , dont la première est à peu près aussilongue que chacun des dixlivres précédents. Pour plus d'uniformité, nous avons cru pouvoir intituler livre XII, la deuxième partie de ce livre XI; et donner en conséquence le nom de livre XIII à celui qui est désigné comme le douzième dans le manuscrit. L'inconvénient que ce changement pourrait avoir, et que nous ne soupçonnons point, disparaîtrait par cela même que nous en avertissons ici le lecteur. Mais nous avons à l'instruire , relativement à cette seconde partie du livre XI de Rulhière, d'une circonstance plus fâcheuse ; c'est que nous n'avons pu en recouvrer que les deux tiers, ou peut-être que la moitié. Nous avons inutilement réclamé les feuillets manquants, et dont la matière se trouvait indiquée dans un sommaire que Rulhière avait placé à la tête de cette seconde partie :
« Monastère de Czenslochowa, — Marche de Pu-