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laski et deZaremba sur Posen. — Inquiétudes dans Varsovie. — Peste en Pologne. — On fortifie Varsovie. — Le trône est déclaré vacant. — Siège de Czenslochowa. — Levée du siège. — Les confédérés se fortifient dans plusieurs postes importants. »
Il résulte des lignes qu'on vient de lire , que Rulhière avait décrit le monastère de Czenstochowa; qu'il en avait raconté le siège; qu'il avait rendu compte de la déclaration faite par le conseil-général des confédérés de la déchéance du roi Poniatowski. Mais ce qui achève de dissiper tous les doutes, c'est une note écrite de la main de Rulhière, où il se parle à lui-même de cette partie de son travail, et se reproche d'avoir traité trop longuement ce qui concerne la vacance du trône. Qu'est devenue cette fin de la seconde partie du livre XI , et pourquoi ne saurail-on la retrouver (1)? Voulait-on dérober à cet historien cette dernière partie de son ouvrage ? celle enfin où son talent appliqué à tracer le tableau des cours de Berlin et de Vienne, s'élève peut-être au plus haut terme qu'il puisse atteindre? Avait-on résolu de se l'approprier en échange des embellissements qu'on venait d'ajouter aux précédentes? C'est un point que nous ne prétendons pas éclair-
(i) C'est ce livre que nous avons été assez heureux de pouvoir compléter, ainsi que le suivant, comme nous Tavons dit dans V Introduction.
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cir^ n'étant pas autrement dans la confidence de ce projet de compensation. Mais il est certain que le manuscrit de ce livre et du suivant, exécuté par l'un des copistes employés pour les premiers, offre, en divers lieux, des corrections de la propre main de Rulhière ; ce qui ne laisse aucun doute sur son authenticité.
Dans l'impossibilité de recouvrer en totalité cette dernière partie, nous avons hasardé un supplément qui, peut-être, la fera regretter davantage. Il a été puisé dans les notes de Rulhière, dans son recueil de matériaux. Plusieurs de ces notes sont des esquisses, des essais de rédaction, des demi-phrases où il n'est pas rare de rencontrer des expressions et des pensées tout à fait dignes de cet écrivain ; de sorte que c'est à lui seul que les lecteurs devront attribuer tout ce qui , dans ce supplément , mériterait leur approbation.
Le XIP livre, ainsi complété, conduira cette histoire jusqu'à la fin de 1770. L'année suivante eût fourni à Rulhière la matière d'un livre assez étendu; et peut-être eût-il compris dans un seul autre les événements moins compliqués des deux suivantes, quand même encore il ne se fût arrêté qu'au traité de Kaïnardji, conclu entre la Porte et la Russie, en juillet 1774. Il eût senti qu'après le mois d'août 1772 , le partage de la Pologne étant définitivement convenu entre les trois cours,
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la résistance des Polonais ne pouvant plus être efficace, leur désastre étant devenu tout à fait inévitable, ou même déjà consommé par leur propre impuissance et par les triomphes de la Russie sur les Turks, l'histoire devait prendre une marche plus rapide et se presser d'arriver à un terme trop infailliblement prévu. Nous avons entre les mains les notes et les pièces que Rulhière avait rassemblées pour finir ainsi son ouvrage; et quoiqu'il ait pu s'en égarer quelquesunes en 1806, le nombre en est considérable, surtout en ce qui concerne l'année 1771. Il avait tout recherché , tout disposé ; il ne lui restait plus qu'à écrire : et quelque lenteur qu'il eût voulu mettre dans ce travail , il lui eût été difficile de ne pas l'achever en deux ans. Nous avons conçu le projet de rapprocher toutes ces esquisses, de lesenchalner et d'en composer, le plus tôt qu'il nous sera possible, deux livres qui termineront cet ouvrage , et qui appartiendront aussi à Rulhière, en tout ce qu'ils pourront avoir de recommandable et d'utile. On en trouvera un simple précis dans le dernier volume de cette édition (1). Il ne parait pas que Rulhière eût l'intention de faire imprimer un recueil de pièces justifica-
(1) Ce projet a été exécuté, quoique d'une manière toute différente et sous un autre point de vue, par Ferrand, dans les quatre premiers livres de son Histoire des trois Démembrements de la Pologne, faisant suite à Pouvrage de Rulhière.
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tives à la suite de cette histoire. 11 se contente de les citer, d'en extraire ce qu'elles contiennent d'important, et d'en fondre, en quelque sorte, la substance dans le corps même de son ouvrage. Les notes qu'il a placées au bas de quelques pages de son histoire, sont infiniment peu nombreuses, et le plus souvent ne consistent qu'en deux ou trois mots. Nous n'avons pas jugé à propos de les étendre , ni de les multiplier. A l'exemple des historiens de l'antiquité, Rulhière fait entrer dans le texte de son ouvrage les éclaircissements que le sujet exige, et même les notions accessoires qu'il comporte. L'instruction la plus commune suffît pour le lire avec intérêt et avec fruit ; et l'on n'a nul besoin de consulter d'autres livres pour comprendre le sien. 11 dit sur la Pologne , non sans doute tout ce qu'on en peut savoir, mais tout ce qui importe au but qu'il se propose ; il prévient toutes les questions qu'un lecteur curieux et sensé pourrait lui faire, et il évite avec tant de soin l'obscurité, qu'il n y a pas moyen de l'éclaircir. Nous convenons pourtant qu'il serait possible de discuter fort longuement ses récits ou ses opinions, de les confirmer ou de les contredire, et que son texte peut donner lieu , comme un autre, à toutes les observations historiques, philosophiques et grammaticales dont oii voudra l'enrichir. Mais si jamais cette histoire
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devient un livre classique^ il sera toujours assez temps de la commenter.
Entreprise quelques années avant le partage de la Pologne, elle ne devait raconter que les troubles provoqués au sein de cette république, par la domination tyrannique du cabinet de Pétersbourg. Aussi, les deux manuscrits que M. de RjSiyneval possède, et qui sont les plus anciens, sont-ils intitulés, Tun : Histoire du despotisme de Russie et de Vanarchie de Pologne (1) ; l'autre : Histoire de Vanarchie de Pologne et du despotisme russe. Mais tandis que se rédigeaient les premiers livres, les événements fournissaient la matière des autres, donnaient un dénouement à ces longues agitations, et modifiaient le titre même de l'ouvrage. Ce fut dans les dernières années du règne de Pierre I" que s'établit le despotisme de la Russie sur la Pologne ; et c'est là aussi, qu'après une introduction d'une juste étendue, commence en effet, à la fin du second livre, l'histoire proprement dite des effets de ce despotisme. Elle offre néanmoins assez peu de faits depuis 1717 jusqu'à l'avènement d'Auguste III au trône de
(1) Ce titre n^est pas exact; car les efforts d^un peuple tentés en Yue de reconquérir son indépendant, ne peuvent être qualifiés d'anarchie. Ce livre a, du reste, été écrit avant la révolution française. Nous Tavons appelé simplement Révolutions de Pologne , comme aurait fait Rulhière lui-même s'il l'avait publié.
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Pologne, en 1733; elle prend un peu plus de consistance, durant le règne de ce prince, et acquiert enfin de très-grands développements, après que Catherine II s'est emparée par un meurtre, en 1762, du trône de Russie. Rulhière arrive à cette époque, dès la fin de son quatrième livre ; et les neuf aulres ne correspondent qu'aux huit années suivantes. Hais dans les treize livres^ Thistoire de Pologne, toujours en contact avec celle de plusieurs autres peuples, éclairée par tous les objets qui Tenvironnent, jette aussi sur eux sa propre lumière. Ainsi les Turks , les Grecs , les Tatars et surtout les Russes, reparaîtront souvent dans cet ouvrage ; il décrira les caractères , les habitudes et pour ainsi dire l'intérieur des cours de Vienne et de Berlin ; il appellera quelquefois nos regards sur Louis XV et sur ses ministres : et il y aura telle époque où elle deviendra presque une histoire générale de TEurope.
En suivant le progrès des troubles qui ont déchiré la Pologne et préparé sa ruine, l'historien en fait observer toutes les causes, parmi lesquelles on distinguera le liberum veto, l'élection des rois, la fréquence des confédérations, le servage des paysans, la prédominance de quelques familles, les restrictions apportées aux droits politiques des sectateurs de certains cultes, et surtout l* influence de la Russie.
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L'autorité du plus grand nombre est, suivant Rousseau^ une convention qui suppose au moins une fois le consentement de tous. En Pologne, on convint au contraire que cette unanimité serait toujours nécessaire dans les délibératiaus nationales ; si Ton ne crut pas même que c'était là une des conditions essentielles du pacte social. Ainsi, un seul nonce rendait inefficace la volonté de tous les autres^ rompait la diète, et fixait au sein de la république les abus dont elle désirait le plus impatiemment se délivrer. Gardons-nous de croire que les Polonais ne sentissent pas tous les dangers d'une institution si folle; s'ils les avaient pu méconnaître, ils en auraient été assez avertis par le zèle constant des cours étrangères à maintenir en Pologne cet invincible obstacle à tout progrès et à toute réforme. Cependant, quelque insoutenable que fût ce liberum velOy on peut dire que plus nuisible à Tadministration qu'à la liberté, il eût longtemps encore affaibli la république sans la détruire; et qu'en inspirant à chaque citoyen une si haute idée de sa propre dignité et de ses propres garanties, il eût retardé l'asservissement de la nation, presqu'autant que sa prospérité.
11 n'est personne aussi qui ne connaisse les inconvénients de la royauté élective. Ce système, qui doit amener partout des agitations périodi-
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ques^ appelait de plus autour du trône de Pologne^ chaque fois qu'il était vacant^ les intrigues et la corruption des autres cours. Longtemps néanmoins la république avait subi , sans trop de dommage, ces redoutables épreuves; fière de rentrer, à chaque interrègne, dans l'exercice de ses droits antiques^ orgueilleuse même de ce concours des ambitions étrangères pour une dignité dont elle disposait^ et rassurée enfin par cet hommage solennel que rendait à sa liberté et à ses constitutions chaque nouveau roi qu'elle venait d'élire.
Les Polonais n'ont pas attaché moins d'intérêt à leurs confédérations ; espèces d'insurrections légales qui ont trouvé, même hors de la Pologne, des défenseurs et presque des panégyristes. Elles étaient, dit-on, de moindres maux que ceux qu'elles devaient guérir. Toujours était-il déplorable d'avoir besoin d'un tel remède; et qu'il n'y eût d'espoir pour la liberté, que dans ces crises violentes qui, ne pouvant jamais manquer d'occasions ou de prétextes, finissent par devenir un désordre habituel et une maladie permanente.
Au milieu de ces éternels orages, les effets politiques du servage des paysans de Pologne étaient peu aperçus. Cette servitude, dont l'origine n'est point féodale , ressemblerait sous beaucoup de rapports à celle dont nous voyons trop d'exemples
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dans l'histoire des anciens peuples. Mais par cela môme elle convenait beaucoup moins à Tétat moderne delà civilisation européenne. Elle était, après ce tumulte des confédérations, le principal obstacle au progrès de l'industrie, du commerce et des arts; seuls moyens aujourd'hui qui puissent établir ou garantir la puissance et même l'indépendance d'une nation. Cette classe laborieuse, active, éclairée, qui répand la prospérité et la lumière au-dessous d'elle et au-dessus, cette classe moyenne en qui réside véritablement la force des grands États, n'existait point en Pologne. Ajoutons que cette république n'armait point les paysans , qu'elle n'osait pas les employer à la guerre ; et qu'ainsi , lorsque ses voisins devenaient de jour en jour plus formidables, elle n'avoit point à leur opposer cette puissance militaire , qui peut, en de certaines conjonctures , tenir lieu d'une puissance plus réelle.
Il s'était élevé peu à peu en Pologne une grande noblesse que personne, dans les. derniers temps, ne confondait plus avec la noblesse vulgaire. Cette distinction, qui n'était avouée ni par les lois, ni même par le langage, se manifestait de plus en plus dans les affaires et dans les mœurs. De plus vieilles généalogies, une plus longue succession de personnages puissants ou mémorables, une illustration plus soutenue, et surtout une
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opulence extrême, avaient jeté sur certaines maisons un éclat presque aussi fatal à ceux qu'il enorgueillissait, qu'à la multitude qui s'en laissait éblouir. L'esprit de famille éteignait de jour en jour, chez la plupart de ces grands, les vertus publiques qui avaient distingué et véritablement grandi leurs ancêtres. L'ambition de quelquesuns s'accoutumait à chercher de Fappui dans les cours étrangères; et leur connivence secrète avec les ennemis de leur nation, ajoutait un danger de plus à ceux qui résultaient immédiatement de leur prédominance, et qui jadis avaient suffi contre de plus fortes républiques.
Un autre genre d'anarchie, longtemps couvert, toujours cultivé , s'est développé au milieu du dernier siècle. Chez les anciens Polonais, le nom de dissidents , employé dans son sens originel, dans son acception la plus juste, avait été appliqué, sans distinction, à tous les cultes pratiqués dans le pays. N'exprimant que le seul fait de leur diversité, il comprenait la communion romaine avec toutes celles dont elle différait; et cette dissidence commune n'altérait pas la paix générale. Dans la suite, un langage moins exact annonça la discorde, si même il ne concourut pas à la produire où à l'accroître. Le nom de dissidents ne désigna plus que ceux qui ne suivaient pas la religion de la multitude ; et les dissidents devin-
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pent au milieu de l'État une classe isolée , rebutée, presque étrangère, à qui les droits communs étaient contestés. Ce n'est pas qu'on gênât l'exercice de leurs cultes ; à cet égard , on conservait pour eux cette équité que nous avons appelée tolérance. Mais on les dépouillait de ces droits de cité, dont la perte, au sein d'une république, entraîne tôt ou tard la perte de tous les autres droits. C'était offrir aux entreprises de la Russie un prétexte beaucoup trop plausible; Catherine affectant, pour les dissidents, un zèle qu'encourageaient les lumières du siècle , exigea hautement la réparation de ces torts, et réduisit les Polonais à la nécessité de soutenir, avec un égal désavantage, leur injustice et leur indépendance.
Ainsi le despotisme russe , cause principale des malheurs de la Pologne, eut besoin, pour les consommer, du concours des causes précédentes. Mais, il en faut convenir, lorsqu'une fois les Polonais eurent consenti à placer leurs lois et leur liberté sous la garantie de la cour de Pétersbourg, il leur eût fallu pour se défendre contre une telle protection, des efforts de sagesse qu'on ne pouvait plus attendre de ceux qui l'avaient invoquée. Aussi verra-t-on, au cinquième livre de cette histoire, le gouvernement de cette république passer en effet entre les mains de la tzar î ne; et un viceroi, sous le nom d'ambassadeur russe, maîtriser
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toutes les autorités polonaises^ traiter tout ce peuple de nobles en sujets de sa souveraine, fatiguer la docilité des uns y et réprimer par les armes la rébellion des autres.
Le vice radical de la république polonaise consistait^ selon J.-J. Rousseau , dans Texcessive étendue de son territoire. Si les autres vices n'étaient qu'accessoires^ du moins ils avaient acquis un tel empire, que la Pologne, resserrée en 1773 dans des bornes plus étroites ^ n'en devint assurément ni plus libre ni plus heureuse. On la vit, au contraire, après vingt, autres années d'oppression et de langueur, tomber tout entière au pouvoir de ceux qui l'avaient mutilée, et disparaître de la liste des États européens. Mais ce second partage est étranger à l'histoire que nous publions; et tout nous annonce d'ailleurs que cette république éclipsée n'est pas éteinte. Celui dont les destinées dominent celles des nations et des rois , vient d'humilier tous les oppresseurs de la Pologne ; et déjà leur abaissement expie les excès de leur ancienne puissance. Si le plus digne usage de la victoire, si la plus douce consolation des vainqueurs consiste à délivrer des victimes, à étendre Tempire de la justice et de la raison, à rétablir entre les États cet équilibre qui garantit leur tranquillité, nulle campagne ne pourra mieux, que celle qui s'achève, laisser un
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jour d'heureux souvenirs à ceux qu'elle a couverts de gloire. L'indépendance de la Pologne
EST UN intérêt DE l'EuROPE, AUTANT QU'UN DROIT
DES Polonais; et la renaissance de ce vertueux peuple sera l'un de ces vastes bienfaits dont l'histoire de Napoléon se compose. Qui leur enseignera mieux que lui à se prémunir contre toute domination étrangère, par l'énergie de l'administration intérieure , par un système de lois sages, impartiales, entre les villes, les provinces, les classes, les opinions , les cultes , et tous les divers éléments qu'embrasse un empire? De qui pourront-ils mieux apprendre qu'aucune illustration vieillie n'égale celle qui éclate ; qu'aucun nom suranné ne vaut un nom qui s'immortalise ; et qu'il est plus grand enfin de fonder ou de rétablir des États, que d^ partager leur vétusté et leur décadence? Il ne tiendra qu'aux Polonais de recueillir les
mêmes leçons dans cette histoire de leurs mal-
heurs, qui sera souvent aussi celle de leur loyauté et de leur bravoure. C'est la plus instructive et la plus détaillée qui existe dans notre langue, et peut-être dans la leur, sur Tavènement et les sept premières années du règne de Stanislas Ponialowski, cause immédiate du premier partage de la Pologne.