‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 89 sur 154 · XXXVI. Affaire d'Osirog et ses suites · texte numérisé non relu

XXXVI. Affaire d'Osirog et ses suites

Une afCiaire particulière survint alors, liée par elle-même à de grands intérêts, et qui donna occasion aux deux ambassadeurs de développer à l'envi toute l'étendue de leurs desseins opposés. Il s'agissait de la principauté et des autres terres de l'ancienne maison d'Ostrog, éteinte depuis un siècle et demi. De riches domaines très-étendus et très-peuplés, un .revenu annuel qui passait un million, et une forteresse sur les frontières de l'Ukraine, composaient ce bel héritage. Il avait été substitué dans une ligne féminine, sous la condition expresse d'entretenir six cents hommes de ca • valerie, uniquement destinés à servir contre les Turks ; et dans le cas où les degrés de parenté stipulés dans l'acte viendraient à manquer, il devait, sous la même condition, devenir une commanderie de l'ordre de Malte, et être possédé par un chevalier polonais. Les degrés de substitution manquaient depuis longtemps ; mais les diètes anciennes, à qui cette affaire avait été soumise, en avaient suspendu la décision et laissé la jouissance de ces biens à l'héritier naturel. Cette autre branche étant encore éteinte, et la rupture perpétuelle des diètes ne permettant pas à la nation assemblée de rien statuer à ce sujet, le roi et le sénat adjugèrent provisoirament l'administration et l'usufruit de ces

Kl.

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biens à Fun de ceux qui paraissaient avoir le plus de droits pour en hériter. Celui-ci (c'était un prince de la maison Sanguszko) les avait légués à son (ils, sans y être autorisé par aucune loi. Ce nouveau possesseur, ruiné, malgré Timmensité de sa fortune, par ses folles profusions, ne pouvant plus sufOre ni au soutien de son luxe, ni au payement de ses dettes, et n ayant point d'enfants, se fît une ressource parla vente de sa succession éventuelle. La maison Czartoryski eut la plus grande part à Tachât et au partage arbitraire de cette future succession. Mais le nouveau parti, dont le comte de Broglie était l'âme, profîta d'une occasion favorable pour soulever la' nation contre eux. Les lois en effet étaient ouvertement violées par cette bizarre acquisition ; et plus cette, maison accumulait de richesses et s'attachait à augmenter ses possessions et ses domaines, plus il fut aisé d'animer contre elle des républicains inquiets : son avidité avertissait de se garantir de son ambition. Les héritiers naturels, parmi lesquels le comte de Broglie, pour se rendre plus maître de cette affaire, eut l'adresse de se présenter an nom du vieux roi Stanislas et de la reine de France, rèclamèreot contre ce partage inique. Le grand^général^ à qui cette place impose le devoir de soutenir, quand il le faut, les lois à main armée, envoya des troupes sous le commandement du brave Mokranowski, s'emparer de la forteresse qui était lecbef-lieu de cet héritage, et qui, par sa position non loin des frontières russes, pouvait servir h de plus grands desseins. Chacun des deux partis prit les armes, et, soutenu par les subsides que prodiguaient à l'envi l'Angleterre et la France, lit des levées de troupes et se tint prêt à la guerre. La cour hésita quelque temps entre les deux partis ; mailla faveur dont les Czartoryski paraissaient jouir encore neput l'emporter sur le cri général, et Brulh saisit enGn l'occasion qu'il attendait pour achever de les perdre dans L'es-

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prit de son maître. Le roi, se joignant à ceux qui avaient entrepris de traverser leurs projets , nomma parmi ceux-ci de nouveaux administrateurs pour régir la succession d'Ostrog; et aussitôt les revenus de cette grande succession furent employés à des levées de troupes. La cour de Russie, également vendue aux princes Czartoryski et à la maison de Saxe , fut aisément déterminée par l'argent de l*Angleterre ; et quand elle vit le roi , à l'instigation de l'ambassadeur de France, abandonner une famille qu'elle protégeait, elle s'indigna , elle crut pouvoir dissiper à sa naissance le parti qui se formait ; et, renouvelant par une déclaration altière sa prétention d'être garante des lois de Pologne , elle accusa le roi de les avoir violées dans cette nomination de nouveaux administrateurs; elle annonça que toute sa puissance serait employée pour maintenir les Czartoryski dans leurs droits. Déjà l'on parlait de tous côtés de la prochaine invasion d'une armée russe en Pologne , et les Anglais s'efforçaient de Ty attirer pour l'approcher des pays où euxmêmes se préparaient à porter la guerre. Les Czartoryskf, ainsi soutenus , tenaient déjà le langage audacieux qu'ont accoutumé de tenir tous les Polonais mécontents ; et leur ressentiment contre le roi leur permettant désormais de ne plus dissimuler leur ambition , ils semblaient résolus à tenter une révolution , et à déclarer le trône vacant.

La maison de Saxe , séparée de ces princes, ses uniques

conseils depuis seize ans , et menacée par les Russes , ses

^ uniques proctecteurs depuis plus de cinquante ans qu'elle

régnait en Pologne, se jeta pour ainsi dire entre les bras de

l'ambassadeur de France.

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XKWll, Parti formé par le comte Broglie et abandonné par

la France,

Une foule d'hommes courageux et de citoyens remarquables par leurs taleus s'étaient réunis aux projets de cet ambassadeur ; tous les emplois , toutes les grâces furent , à sa recommandation, donnés à de vrais républicains; et dès-lors presque toute la noblesse se rallia sous son autorité. L.es bruits qu'on affectait de répandre sur la prochaine invasion d'une armée russe, accéléraient le concert de tous ceux qui redoutaient l'oppression. Le grand-général Braniçki, personnellement menacé du ravage de ses terres , répondit « qu'il préférait sa ruine à la honte et au malheur de manquer à son devoir, et qu'une paix obtenue en cédant aux menaces deviendrait plus funeste qu'une guerre déclarée ». En trois années de séjour en Pologne, le comte de Broglie était ainsi parvenu à rassembler un parti nombreux et à forcer la cour d'adhérer à ses vues. 11 avait étendu ses correspondances dans tous les États voisins ; et d'autres intérêts secondant alors son entreprise, déjà les Suédois faisaient avancer leurs troupes en Finlande : le kau des Tatars rassemblait toutes ses hordes , les Turks sortaient de leur profond assoupissement, et leur réveil annonçait la guerre. Frédéric, ce redoutable voisin des Polonais , qui n'avait pas encore atteint toute sa gloire, contribuait à susciter contre les Russes cette formidable ligue , et lui-même en attendait sa sûreté. La Russie, sous une administration inepte et incertaine, ne savait plus à quelles mesures recourir. Ses ministres, après avoir perdu à Varsovie leur considération personnelle, craignaient d'y compromettre une seconde fois le nom de leur souveraine. Ils voyaient avec surprise échapper de leurs

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