LIVRE III
mains une autorité qu'ils avaient jusque là exercée sans concurrence ; et , contenus par cette ligue générale, ils refusaient tout secours à l'ambition et à la vengeance des Czartoryski. Le comte de Broglie avait retrouvé dans quelque refuge inconnu , sur un rivage de la mer Noire, de vieux compagnons de Mazepa, cet ancien et malheureux chef des révoltés de l'Ukraine ; et par eux il avait noué de secrètes correspondances avec les mécontents de la nation kosaque. Il n'était pas même sans espérance de renouveler, s'il le fallait, contre la maison d'Autriche, les soulèvements des Hongrois. Enfin, dans les premiers mois de 1756, au moment où les hostilités entre l'Angleterre et la France, commencées d^abord en Amérique, portées ensuite sur les mers qui baignent cette partie du monde, étaient sur le point d'embraser FEurope entière, le comte de Broglie était maître de former en Pologne cette confédération qui , soutenue par les subsides de la France, pourvue par ces mêmes subsides d'armes et de munitions , et protégée par tant de nations voisines , eût soustrait entièrement la Pologne au joug de la Rusie, eût aisément soumis un petit nombre de Polonais réfractaires et eût rendu à cette république des lois , un gouvernement et des forces. Mais la France suspendit tous les secours qu'elle avait promis, et renversa toutes les mesures de son ambassadeur.
XXXVm. Guerre générale en Europe,
Une révolution dans la politique générale de l'Europe, fut la cause de ce fatal abandon. Le moment qui vit éclater cette guerre vit se dissoudre toutes les anciennes alliances, non par des changements réels que le laps du temps et la vicissitude des choses humaines eussent produits dans les
intérêts des États, mais uniquement par une suite de futiks intrigues entre des femmes et des favoris, par de sourdes manœuvres que dirigeaient de perfides ministres, par desdéfiances semées avec artifice, et des mécontentements injustes ou frivoles entre les souverains. On était sûr que TemlNraseinent allait se communiquer avec rapidité. Toutes les nations se préparaient à la guerre. Aucune ne connaissait plus ses alliés. - Dans cette incertitude universelle, la conduite du roi de Prusse dont les Autrichiens méditaient h ruine , décida en un instant toute la face des affaires. Son alliance imprévue avee les Anglais, et Tinvasion non moins imprévue de la Saxe, dont il fit le boulevard de ses propres États , ne laissèrent plus aux autres puissances ni le temps de négocier, ni la liberté de choisir. La France eut TAutriche pour alliée , elle cessa de regarder les Russes comme ennemis ; et par cette complication d'événements , la guerre était h peine commencée , et déjà tout le poids de ses calamités était tombé sur les États héréditaires du roi de Pologne.