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ner un sénat; et ceux tnéme qui ront observé de plus près ont remarqué qu'il avait dans ses conversations cette adresse* des gens médiocres qui cherchent à cacher les bornes de leur esprit, l'adresse d'entretenir habilement chaque personne sur le sujet qu'elle entend le moins, il parlait de vers et de littérature aux Polonais uniquement occupés de leurs diètes et de leurs tribunaux. En France, au contraire, où l'on s'occupait alors uniquement de plaisirs et de bel esprit, il parlait sans cesse de législation et de gouvernement; et à Londres, où commençait à régner dans les mœurs publiques la plus excessive licence , tous ses entretiens roulaient sur les principes de la plus saine morale.
Le chevalier WilUams, dont nous avons raconté les liaisons avec les princes Czartoryski , cet Anglais , également connu dans ce temps-là par son génie entreprenant et par le scandale de ses moeurs, avait pris pour lui une amitié qui ressemblait à une passion vive. Cet homme voyant avec douleur le parti auquel il s'était donné en Pologne destitué du secours des Russes, mais, dans ee revers même, s'attachant de plus en plus à exécuter la révolution qu'il avait entreprise , lit un voyage en Angleterre pour obtenir d'éti^ nommé ambassadeur en Russie . Ce fut à cette occasion qu'il se char^ de conduire Poaiatowski dans les pays étrangers. Le début de ce jeune Polonais n'annonçait pas qu'il devrait un jour sa fortune et le trône même à ses voyages. Resté seul à Paris une partie du temps que son conducteur devait passer en Angleterre , la méchanceté de son esprit lui fit fermer les maisons qu'il désirait le plus de fréquenter. Une cgalanterie fausse , étudiée, de perpétuelles déclarations d'amour, successivement répétées à toutes les femmes auxquelles il parlait, ^ qu'un jour tiente femmes rassemblées dans Une maison de campagne se racontèrent mutuellement , Texposèrent à d'extrêmes ridicules. Le dé-
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rangemeot que son luxe mit dans sa médiocre fortune le llYfa aux poursuites de ses créanciers d'une manière avilissanté ; et ceux qui prenaient intérêt à lui le firent partir précipitamment d'une ville où sa conduite ne lui permettait plus de rester avec considération. Ce qui, dans ce voyage, Favait surtout firappé , ce qu'il étudiait avec le plus de soin , c'était le port et les airs de tête du roi de France, Louis XY» qui véritablement avaient beaucoup de grandeur et de ms^jesté. Il s'attacha dès lors à les imiter avec une affectation qui fut remarquée à cette cour, où tout ridicule est si promptement saisi , et où l'on était bioi loin de soupçonner l'intention que ce jeune voyageur portait secrètement dans cette étrange étude. Il rejoignit aussitôt Williams en Angleterre ; et celui-ci , nommé ambassadeur à la cour de Russie , traversa la Pologne pour s'y rendre, et obtint aisément des princes Czartoryski , lesquels sentaient la nécessité d'entretenir un émissaire à Pétersbourg, que leur choix tombât sur le jeune Poniato wski. Il le conduisit à cette cour comme secrétaire d'ambassade ; et ayant bientôt reconnu, au travers de toutes les intrigues, la route que devait suivre un jeune ambitieux doué d'une belle figure , il se chargea de lui en aplanir les premiers pas. La vanité russe eut pein^ à laisser un étranger, annoncé comuM un simple secrétaire , se mêler avec égalité parmi les courtisans et se produire dans toutes les assemblées de la cour. Williams employa plus d'une fois la double autorité que lui donnaient et son audace personnelle et le caractère dont il était revêtu pour faire asseoir ce jeune homme à la table de rimpératrice. Il employa de semblables moyens pour le faire parvenir jusque dans les cabinets intérieurs de la grande-duchesse; on sait même que, sur les sollicitations hardies de cet ambassadeur, elle osa , dans l'obscurité d'une longue nuit d'hiver, se dérober du palais et se rendre seule
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et à pied dans la maison du consul d'Angleterre. Poniatowski s'y trouva seul ; il était alors dans sa vingt-troisième année , et Ton ne peut douter qu'il n'ait oublié à cette époque une partie des serments que sa mère avait exigés de lui. Ajoutons encore , car dans une fortune si extraordinaire tout intéresse, ajoutons qu'avec un esprit faux et étroit, mais singulièrement cultivé , il avait cette sensibilité ardente et cet enthousiasme capables d'égarer un esprit plus vaste et une raison plus saine , mais qui sont des moyens presque sûrs de plaire aux femmes. Sa mémoire était tout récemment ornée des traits les plus piquants d'un poëme agréable et licencieux , dont il avait trouvé en France des copies manuscrites^ ouvrage fort répandu aujourd'hui , mais qu'alors l'impression n'avait pas encore fait connaître dans les pays étrangers Ses entretiens en acquirent plus de charme pour une jeune princesse étrangère en Russie , d'une imagination vive , dont l'esprit fut aisément séduit par le premier esprit cultivé qu'elle eût vu à cette cour, et déjà enhardie par quelques liaisons secrètes où les mêmes agréments ne s'étaient pas rencontrés. Quelques-uns prétendent qu'une superstition de femme entra aussi dans la passion de la grandeduchesse. Ne doutant pas , sur la confidence de Poniatowski, que ce jeune Polonais ne devînt roi , et se promettant dès lor^ que la destinée se servirait d'elle pour cette élévation , elle en accepta le présage de sa propre grandeur ; elle s'attacha fortement à un projet qui parut l'assurer elle-même de son élévation future : et ce fut ainsi que la prédiction contribua eu grande partie à l'événement.
Le comte Poniatowski , dans le renversement des anciennes alliances, n'avait pu rester auprès d'un ambassadeur d'Angleterre. Il avait fait un voyage en Pologne pour solliciter d'être renvoyé en Russie comme ministre du roi son maître. On s'était de toutes parts opposé à cette demande.
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On avait représenté au comte BruUi • que rien ne serait plus imprudent, plus insensé, que d'envoyer en Russie, comme ministre du roi , un émissaire de la maison Czartoryski ; que le bonheur d'avoir plu à rhéritière de cet empire développant dans ce jeune homme un esprit naturellement romanesque , son ambition ne verrait plus aucune borne ; en un mot , que, d'une manière ou d'une autre, cette complaisance coûterait un jour le trône à la maison de Saxe » . Cette prédiction fut faite par le comte de Broglie, qui, après avoir éloigné de la cour les princes Czartoryski, s'attachait constamment à empêcher leur crédit de renaître. Mais Tespérance de conduire une intrigue séduisit le ministre saxon ; et Poniatowski en obtint aisément le titre qu'il était venu solliciter. Avant son départ de Varsovie , i\ eut quelques obstacles à vaincre dans sa famille , et sa mère elle-même à combattre. Elle ne cessait de lui représenter « que ce n'était pas par un commerce de galanterie , mais par de grandes qualités et de grandes vertus qu'il devait mériter l'élévation qui lui était prédite ; que cette passion ne pourrait servir qu'à l'égarer, et peut-être l'engager un jour à sacrifier l'honneur de sa couronne, son royaume et sa patrie à sa maîtresse ». 11 ferma l'oreille à des remontrances si sages, quoique mêlées d'une si folle superstition ; et il ne tarda pas à retourner en Russie, chargé toujours en secret des intérêts de la maison Czartoryski, en apparence des intérêts de la maison de Saxe, et uniquement occupé de sa propre grandeur. Bientôt, dans un souper à la campagne avec quelques Polonais, la grande-duchesse leur annonça qu'un jour elle leur donnerait son amant pour roi. Ces Polonais étaient des jeunes gens d'une figure charmante, et que cet avantage avait fait choisir par le roi de Pologne pour composer un cortège au prince Charles. Ils avaient mieux aimé se joindre à cette nouvelle intrigue, et secon-