‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 97 sur 154 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

dcr la fortune de leur égal , que de suivre les intérêts de leur prince. Ils ne traversaient les desseins du comte Poniatowski qu'en tâchant , mais en vain, de se rendre plus agréables que lui à la grande-duchesse ; et nous la verrons par la suite attacher quelque temps leur fortune à celle de Poniatowski, et contribuer à son élévation par leur activité et leur courage. Mais alors ils regardèrent ce propos comme un délire d'amour, comme Fivresse d'une jeune femme dans un souper de plaisir , et n*y firent aucune attention sérieuse. Nous tenons d'eux-mêmes ces dernières anecdotes.

Cependant Poniatowski employait trop ouvertement son ministère à soutenir des intérêts contraires à ceux du roi son maître ; ses liaisons non interrompues avec l'ambassadeur d'Angleterre le rendaient justement suspect aux nounouveaux alliés de la cour de Russie. La témérité de ses démarches, et ses imprudences dans quelques rendez-vous nocturnes, avaient donné trop d'éclat et de publicité à l'extrême patience du grand-duc. £nGn les deux amants avaient pour confldent le grand-chancelier BestuchefT, qui avait servi toutes les passions de la jeune princesse, et qui, dans ce temps^ cherchait à l'entraîner dans ses desseins de vengeance et dans un projet de révolution. Tous ceux qui étaient opposés à la faction anglaise et prussienne crurent nécessaire a la sûreté générale de la cour de Russie , à la sûreté d'Elisabeth et de ses nouvelles alliances, de dissoudre cette espèce de ligue , en achevant la ruine de Bestucheff, et en renvoyant Poniatowski dans sa patrie. On était alors dans l'automne de 1757 : et le comte Brulh, décidé par l'impression du moment, allié plus ou moins fidèle suivant les différentes marches des armées, voyant, vers le milieu de cette saison , les troupes françaises parvenues sur les ■ frontières de la Saxe , et la délivrance de cet électorat dé-

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pendre de leurs armes, accorda à la demande de cette cour le rappel du comte Poniatowski. Mais son audience de congé fut rejetée loin , parce que Timpératrice , sur le déclin de son âge , ne se montrant jamais en public qu'après une longue et pénible toilette, en différait de jour en jour les embarras et les fatigues; et pendant ces délais, Tarmée française ayant été vaincue à Rosbach , et ayant fui loin de la Saxe, les deux ambassadeurs de France à Varsovie et à Pétersbourg n'eurent plus droit de presser le départ de Poniatowski. Son audience de congé était demandée, mais la connivence du premier ministre Bestucheff le laissait dans cette situation incertaine.

La passion des deux amants devint d'autant plus vive, qu'elle était ainsi perpétuellement traversée, et que pendant plusieurs mois ils eurent chaque iour en se séparant, la crainte de s'être vus peut-être pour la dernière fois.

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