LIVRE YIII
ger. Mais au ton altier et menaçaot que prît aussitôt le colouel russe, ils reconnurent le piège dans lequel ils étaient tombés. Tous voulurent abjurer les aetes de la confédération et se disperser ; mais le colonel russe , assuré de six maréchaux, seul nombre qui se fût vendu sur une assemblée de cent soixante-dix-huit , jure qu'il va leur faire signer Tacte, et que tous ceux qui n'accéderont pas seront traités comme des perturbateurs du repos publie. On résolut alors de faire un manifeste qui fixerait le sens vague et général de la garantie énoncée dans Tacte de confédération, et la restreindrait uniquement aux concessions qu'on se proposait de faire aux dissidents. Ce Russe fit tout suspendre ; il envoya à Varsovie demander de nouveaux ordres à son ambassadeur ; et comme une foule de gentilshommes s'apprêtait à profiter de ce délai pour se retirer, il craignit un abandon général, et plaça des sentmelles aux portes de tous les maréchaux, à leurs tentes, h leurs équipages, prétextant avec un respect ironique que c'était une garde qu'il leur donnait par honneur. Quelque^uns se mettant à la tête de leurs propres gardes, et paraissant résolus à s'ouvrîr le passage de vive-force, n'eurent à braver que les menaces de ce colonel, et partirent en dédaignant ses clameurs.
INfais peu avaient asses de résolution ; ek de ce nombre^ ceux qui coururent à Varsovie pour conférer avec l'ambassadeur russe en furent traités avec indignité. Ils voulaient obtenir son aveu pour déclarer le trône vacant ; mais il commença par leur montrer des lettres de sa cour qui lut en* joignaient de ménager le roi tant qu'il se montrerait soumis et docile : et bientôt changeant de ton, il leur dit que ce projet était absurde et criminel, et par la menace d'envoyer mettre le feu à leurs châteaux, et de les faire enlever euxmêmes, il les obligea de retourner à Radom. Il arrangea à sa fantaisie l'acte de modiiîcation proposé par les Polonais ;
20S BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
il laissa subsister l'autorité des quatre conseils souverains^ cet ouvrage des Czartoryski^ contre lequel la nation s'était principalement soulevée ; et enGn il laissa la garantie s'étendre à toutes les parties du gouvernement. Dès le lendemain, le colonel russe fit enfermer la ville de Radom ; il y fit entrer de nouvelles compagnies de grenadiers, renforça toutes les gardes^ plaça de nombreux détachements dans les quartiers des principaux seigneurs. Une troupe de canonniers, la mèche allumée, vint dresser une batterie en face de la maison de ville, où toute la noblesse était assemblée ^ et dans cet appareil formidable, il exigea la signature du manifeste. Pendant que chacun attendait ce que les autres allaient faire, le référendaire Podoski, auteur de cette fatale intrigue, entra dans cette assemblée. Toute la trame de cette opération si compliquée et si dangereuse était entièrement sortie de ses mains; mais il arrivait alors de Varsovie avec l'espoir presque certain d'être la seconde personne du royaume.
Le primai: venait de mourir. Podoski, dénué de toute ambition personnelle, et qui, même après son élévation, parut inaccessible au faste de la représentation, à l'orgueil des di-^ gnités, à la séduction des richesses, désira cependant cette seconde place de l'État, comme un moyen nouveau que lui offrait la fortune pour se ressaisir de tout le crédit qui luiavait échappé, et parvenir encore à la révolution qu'il avait entreprise. Il accourt chez l'ambassadeur de Russie. Repnin, qui enlevait au roi toutes les nominations, ne sachant qui choisir dans le clei^é pour le irevêtir de cette importante dignité, allait donner à l'Europe ua étrange scandale.. II. voulait choisir parmi les laïcs un des. plus vils espions à. sas gages , un de ses parasites le&. plus assidus ; il. voulait .nommer à la dignité de primat ce même Gurowskl, cet aventurier escroc et bouffon^ qui. avait ci-devant amusée h
LTVnE VIII. 209
grand-duc de Russie, et que cet enfant, en apprenant la vacance du trône, avait désigné pour roi. Repnin, également amusé par ce bouffon, voulait lui faire donner la tonsure ce jour même,, la prêtrise le lendemain, et le surlendemain la primatie. Mais cet ambassadeur, que la résistance des confédérés étonnait et embarrassait, vit avec plaisir Podoski se rapprocher et lui offrir de nouveau son secours. Tous deux se rengagèrent Fun à Fautre par de nouvelles promesses. Podoski, assuré d'une place à laquelle appartient et le droit de publier l'interrègne , et Texereice de la royauté pendant la vacance du trône, se presse de ^^toumer à Radom. Il entre dans cette assemblée inquiète et consternée ; il signe le premier, en qualité d'ecclésiastique. Cet exemple donné, quelques-uns demandèrent encore que le détrônement du roi Tût le prix de ce qu'on exigeait d'eux. Karr leur répondit qu'une plus longue résistance le forcerait d'employer des moyens extrêmes. Ils signèrent dono^ sous toutes les réserves de droit, et en rajoutant ainsi à leurs signatures. Des cent soixante-dix-huit maréchaux, il n'y en eut que six qui signèrent simplement ; tout le reste ajouta des clauses dérogatoires, et réserva les droits de la religion , du gouvemem^it et de la liberté. La confédération générale fut ainsi conclue, et le prince Radzivill élu maréchal. Il y avait eu quelques brigues pour lui enlever une si importante dignité ; mais il était nécessaire aux projets des Russes qu'elle fût exercée par Radzivill, plus aisé à contenir dans les bornes étroites où on voulait resserrer son pouvoir, et qui, lui-même convaincu de son incapacité, cherchait les bons conseils, savait les distinguer, mais à leur défaut, pouvait aisément en suivre de mauvais.
Le roi se voyait, avec le plus vif chagrin, obligé de nommer à la primatie un homme qu'ij avait tant de raison de haïr et de redouter, et qui n'avaii pas craint de se déclarer
son ennemi personnel. Après avoir tout tenté, soit pour fléchir Repnin, soit pour engager le référendaire lui-même à se désister, en lui faisant représenter Tmconvenance de sa demande, et proposer beaucoup d'autres avantages, il céda, et chercha ensuite à traverser sa propre nomination. Il 6t écrire à Rome, afin que cette cour ne laissât pas élever à cette dignité un homme que ses opinions, plus que tolérantes, pouvaient rendre plus redoutable pour Tautorité même de Téglise romaine. Mais les liaisons intimes que Podoski avait prises depuis quelque temps avec les plus respectés de son pays , le servirent dans cette occasion. La connaissance qu'ils avaient de la grandeur de ses desseins et de sa constance dans leur exécution, Tespérance qu'il leur donnait de conduire à un heureux dénouement une entreprise qui devenait chaque jour plus compliquée et plus périlleuse, l'avantage qu'on envisageait à le mettre à portée de reprendre par le crédit d'une si grande place, une autorité au moins égale à celle que s'arrogeait l'ambassadeur russe, enfin cette espèce de séduction, par laquelle les hommes d'un caractère franc et ouvert et d'une élocution vive et facile savent plaire dans Taveu même de leurs fautes, aux hommes simples et vertueux, engagea ceux-ci à écrire à Rome les lettres les plus pressantes en sa faveur ; et la Russie eut même l'adresse d'y faire intervenir la recommandation de quelques souverains catholiques.
XVI. Députations des confédérés à £" impératrice et au roi de
Pologne,
Pendant qu'on attendait avec impatience la réponse du pape , toutes les affaires se conduisaient à Radom avec une tranquillité apparente, par la soumission forcée des confé-