LIVRE VllT
amener cet éclaircissement; et de leur réponse allaient dépendre les résolutions que prendraient une foule de bons citoyens.
Les députés que la confédération envoya au roi se plaignirent, dans le discours qu'ils lui adressèrent, de tous les établissements faits pour accroître l'autorité royale, des vues de domination que les parents de ce prince avaient manifestées, de l'oppression et de t'avilissement des plus grands de rÉtat, des moyens destructifs de l'égalité, mis en usage contre la constitution primitive du gouvernement ; et ils demandèrent la convocation d'une diète extraordinaire, dont les résolutions seraient garanties par l'impératrice de Russie. Le grand-chancelier de Pologne répondit par un discours également sage et adroit, où, après avoir promis la convocation d'une diète, seule puissance législative dans la république, il finissait par dire : « Que dans les calamités qui menaçaient ta patrie, on était rassuré par les déclarations de l'impératrice ; que l'univers entier et les siècles à venir avaient les yeu\ sur cette princesse, et connaîtraient qu'elle cherchait sa gloire, non dans l'oppression de ses voisins , mais dans la prospérité intérieure de son empire. »
XVJI. Intentions de la cour de Varsovie, et celles de Repnin.
£n effet, le ministre polonais et la cour de Varsovie se flattaient encore de rendre inutiles tous les desseins des confédérés. Les princes Czartoryski, si constants dans leur union avec h Russie, quand cette puissance secondait leurs desseins, montraient les mêmes sentiments contre elle. Ils exhortaient, il est vrai, tous leurs partisans, à ne pas irriter des voisins formidables et déjà maîtres de leurs foyers ; ils leur recommandaient une extrême patience, jointe à une
314 BÉYOLUTIOnS DE POLOGNE.
extrême fermeté ; et donuant euvmêœes cet exemple, au lieu de quitter Varsovie^ comme on ue cessait de le leur conseiller, ils s'apprêtaient, avec une noble conflance, à y faire tête à Forage. D'après ce principe , le roi, obligé de convoquer une diète, ne fit mention dans les universaux qu'il adressa aux provinces, que des prétentions des dissidents; et par là, les nonces élus pour cette diète n'auraient reçu de pouvoirs que sur cet objet. Repnin parut lui-même consentir à y restreindre toutes ses demandes , soit qu'il sentît l'impossibilité de concilier tant d'intérêts opposés, et que pour sortir d'embarras il ne sût plus d'autre voie que de se borner à cette unique objet, soit plutôt qu'il laissât a dessein ces universaux se publier et cette opinion s'accréditer, afin qu'elle se répandit dans tous les États voisins, et que l'Europe entière, trompée sur les projets de la Russie, crût qu'il ne s'agissait en Pologne que d'une querelle de religion, et non de l'entier asservissement de cette république.