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d'autant plus dangereux des Russes qull était moins re-^ marqué, que sa première action dans la république fut une généreuse entreprise pour sauver la patrie, et que son zèle* pour la liberté n'éclata que quand le joug paraissait imposée Il 8*était rendu à Radom pour observer le tour que prendrait cette afTaire ; il en démêla bientôt toute la perBdie, et dit aux confédérés qu'ils n'avaient plus d'autre moyeD* de s'en tirer que de se presser d'obéir; mais que plus lema^ serait grand, plus il y aurait de ressources. Il quitta Radom,. et se retira dans ses terres contiguës au territoire de la Turquie, et par là moins exposé aux dévastations des Russes ;mais pour les sauver plus sûrement du pillage et se conserver la jouissance de son revenu, il en afferma la plus^ grande partie aux Turks de la frontière, et au pacha de Chocim lui-même.
Il avait dans son chapitre un chanoine nommé Ankwicz, arménien, qui avait donné à son nom cette désinence polonaise. Cet homme savait toutes les langues orientales, et surtout parfaitement bien la langue turque. Il l'envoya à Consta ntinople, avec un mémoire détaillé sur les opérations et sur les desseins des Russes. 11 avertissait la Porte du projet formé par la tzarine de faire soulever tous les Grecs ; il indiquait les correspondances que Repnin entretenait déjà dans quelques-unes de leur» provinces ; il marquait la route que tenaient les émissaires russes envoyés chez les Monténégrins. Krasinski attendait des réponses de Constantinople, afin de lier tout son projet ; il répondait aux lettres pressantes par lesquelles Tévêque de Krakovie le soIKcitait de se rendre dans la capitale : « On ne peut avoir raison des Russes que yar la force des armes; la sagacité de votre esprit ne les. éclairera point sur l'égarement de leur politique, et votre fermeté ne leur en imposera point. Vous ressemblerez à ces vertueux sénateurs de Tancienne Rome, qui dans la ruine de-
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lear patrie, se revêtirent de leurs robes de pourpre, et s'as* seyant à la porte de leur maison, y attendirent avee une vénérable tranquilité l'invasion des barbares. Je fréoMS pour vous du sort qui vous attend. Si vous ne me trouvez bon qu'à faire un martyr, je suis prêt à aller me joindre à vous; mais si je puis servir mon pays plus utilement que par le sacrifice de ma vie, trouvez bon que je la conserve. »
XXVII. AîUre système dé conduife suivi par le nouveau primat.
Pendant quecesdeux évêques, avec une égale passion pour sauver leur patrie, suivaientdes vues si opposées, Podoski devenu primat s'était fait un système plus accommodant, et croyait encore tirer parti des conjonctures. Ce n'était, selon lui, ni la fermeté des opinions, ni la force des armes, qui sauveraient la république. Une nation désunie, désarmée et déjà envahie, ne pouvait opposer une résistance, ni assez prompte, ni assez bien concertée pour se flatter raisonnablement de quelque succès. La Pologne était à ses yeux comme un homme blessé, à qui les lois du duel permettent de recevoir du secours de son ennemi, et de reprendre quelque temps après toute sa haine, quand il a repris toutes ses forces. De tout temps il avait porté dans les affaires publiques la même disposition d'esprit que dans ses affaires personnelles, une grande tranquillité sur les événements, par l'assurance de trouver des ressources. Il avait toujours pensé que le mal absolu et sans remède n'existant presque jamais dans les affaires humaines, on peut avec de l'industrie, de la vigilance et le talent de saisir les occasions, réparer toutes les ruines et se relever de tous les naufrages. Et en effet, quoique tous ses plans eussent successivement éclK)ué, il se voyait par sa dignité nouvelle destiné à présider à la législation qu'on
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allait faire ; il se flattait que malgré tous les vices que la tyrannie russe mêlerait à ces constitutions, elles pourraient encore rendre à son pays de la tranquillité et des forces^ jusqu'à des circonstances plus heureuses. 11 reçut dans ce même temps ses bulles de Rome, et devint le chef du sénat. On remarqua avec plaisir qu'en voyant tous ses ennemis obligés de venir lui rendre hommage, il parut ne se livrer à aucun sentiment de vanité ni de vengeance. Son frère, qui avait eu la bassesse de profiter de sa disgrâce, y vint dans la foule. Podoski reçut gaîment ses excuses ; il débuta avecgrandeur et simplieké ; il prêta serment entre les mains du roi, sans faire aucun remerclment à ce prince , et se logea dans le palais de la maison de Saxe, annonçant ainsi jusque dans sa haute fortune, sa reconnaissance pour cette cour^ et les liaisons qu'il conservait avec elle.)
XXYIU. PrëUminaires de la diète.
Peu de jours avant l'ouverture de la diète, Repnin ayant invité chez lui tous lesévêques, leur dit: « Que malgré l'opposition de leur parti, il fallait que l'affaire des dissidents pa»-sât, à quelque prix que ce fût ; que tel était l'arrangement de toutes les cours de l'Europe, et le concert de leurs cabinets 'y que rhonneur de l'impératrice y était intéressé ; qu'il avait encore cette fois la politesse de leur en parler, les considérant non comme évéques, mais comme sénateurs;* qu'il avait trop d'humanité pour ne par sentis qu'un Polo-nais pouvait se plaindre de la force avec laquelle on conduisait cette affaire ; que ce Polonais devait aussi chasser les Russes s'il le pouvait; mais que ne le pouvant pas, il fallait qu'il se soumît; et que quiconque persisterait dans son obstination s'en repentirait. »
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Tous les évêques s'étant assemblés chez le primat, paru-*rent chacun en particulier résolus à se laisser eulever pouir k Sibérie, dont ou les menaçait. Le primat, pressé de dire> son sentiment, fut le seul qui éluda de répondre d'une manière positive. Le jour de cette diète fatale étant arrivé, U>u& les nonces se rendirent d*abord dans Thôtel dm prince Radzivill. Les émissaires de la Russie cherchaient encore à préparer les esprits ; ils proposaient de tenir la diète à portes fermées, comme s'ils eussent voulu ôter à la vertu la force qu'elle prend dans les regards du puhlio. On rejetait toutes, leurs propositions, lorsque le nonce du pape entra inopinément. 11 était arrivé depuis peu en Pologne. Son pré^ décesseur n'avait jusque-là employé dans cette affaire que de la modération et de la prudence; celui-ci montrait plus d'activité; il présenta au prince Radzivill un bref du pape, harangua avec véhémence, exhorta les fidèles. eoDtre les dissidents : il excita tant de zèle, que tous jurèrent en levant la main de mourir pour défendre la religion. Tous s'exhortèrent mutuellement à sacrifier leur fortune et leur vie. 11 alla ensuite chez le primat, échauffer de la même ferveur les évéques qui s'y assemblaient. Repnin, averti decette démarche, court aussitôt chez le prince Radzivill ; et quoiqu'on le dissuadât d'entrer dans cette assemblée, encore toute remplie du zèle qu*on venait d'y exciter, il entre, il prêche la protection de l'impératrice de Russie, ses inten^ tions favorables pour la Pologne, l'assurance qu'elle donnait de ne faire aucun tort à la religion dominante. On lui demande la délivrance d'un conseiller de la confédération^ qu'il avait fait enlever la veille, et de quelques seigneurs gardés à vue dans leurs châteaux ; il délivre ('un en lui en-^ voyant l'ordre de sortir de la capitale, et donne la faussepromesse de rendre aux autres leur liberté^
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XXÏX. Ses premières séances,
Veirs midi, le iroi, précédé des séoateufs, des ministres ^ des nonces, se rendit à Téglise, et ensuite à la chambre du sénat. Tous les visages n'annonçaient que tristesse, int|uiétude, consternation. I^ roi déclara qu'il se joignait à la isonfédération ; ce prince n'étant pas confédéré, n'aurait pas eu droit d'assister à la diète. Son accession verbale ne suT^ Bsait pas ; mais au milieu de tant de violences, on ne pre» Hait plus garde aux irrégulaiftés. On devait, si on eût suivi les anciens exemples, faire discuter les affaires par la confédération, pour être ensuite décidées par les états réunis en diète. Mais on proposa, sous le nom du prince Kadziv!ll> une forme aus^ nouvelle que dangereuse. Il était dit dans ce ptojet, que l'amitié et 'l'alliance de l'impératrice de Rus'^ 5ie étant l'unique ressource à laquelle la république pouvait tecouriî pour le maintien de ses libertés, il paraissait nécessaire de nommer des députés du sénat et de Tordre cqu€stfe, chargés d'établir une bonne forme de gouvernement:; que ces députés prendraient connaissance de tous les abus introduits dans la république ; qu'ils admettraient parmi eux les députés des dissidents et des Grecs ; qu'ils auraient droit de décider, de concert avec ces députés et avec les ministres étrangers, tout ce qui aurait rapport au bon ordre de la république ; qu'ils auraient une autorité souveraine pour statuer, conclure et signer tout ce qui leur semblerait bon dans les affaires qui concernent la religion, les lois, la forme de gouvernement, les frontières, les constitutions, les prérogatives de la nation ; que leur décision sur tous ces points serait regardée comme un traité fait entre les États de Pologne et de Russie, pour servir de loi fonda-
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mentale à la nation polonaise ; et qu'après que ce tirailé aurait été garanti parFimpératrice, la diète, composée des mêmes nonces, serait convoquée de nouveau pour venir le ratifier, ne se réservant uniquement que ce droit, et non celui de discussion et d'examen.
L'évéque de Krakovie avait fait son testament^ réglé toutes ses affaires domestiques, nommé des grands* vicaires pour gouverner son diocèse, au cas qu'il fût enlevé pour la Sibé*rie; résigné à Fexil, à la prison, à la mort, plutôt que de favoriser la révolution qui se préparait. Au moment où il prenait la parole, Gurowski, ce bouffon vendu aux Russes^ voulut Ten empêcher ; mais tous les nonces, avec indignation, imposèrent silence à ce traître. L'évêque de Krakovie dévoila Firrégularité et les dangereuses conséquences du projet qu'on venait de lire ; il prouva que les nonces, délé> gués eux-mêmes de leurs provinces, n'avaient pas droit de déléguer et de conférer à d'autres les pouvoirs personnels de leur mission : qu'ils étaient choisis pour connaître et juger par eux-mêmes. Il ajouta qu'A ne s'opposait pas à la nomination des commissaires demandés ; mais qu'il fallait que ces commissaires rendissent compte à la république des constitutions qu'on voulait proposer, afin qu'elle en jugeât souverainement ; que sans cette obligation^ la liberté et la religion dépendraient uniquement de ces commissaires, déjà suspects par la simple proposition de leur donner une si grande autorité , et que s'ils vendaient leur patrie, il n'y aurait plus à réclamer ; qu'il s'opposait au traité demandé par l'ambassadeur de Russie, parce que les traités ne se concluent que pour former des alliances ou terminer des guerres ; qu'on n'était point, à ce qu'on disait, en guerre avec la Russie , que la déclaration de l'impératrice ne faisait mention d'aucune nouvelle alliance ^ ainsi, qu'il n'y avait aucun motif d'entrer en traité ; que l'unique demande de
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l'impératrfce létait ^que ta justice fût rendue aux dissidents ; que, non-seulement par égard pour l'intérêt que cette prin^ cesse daignait prendre à leur cause, mais par un devoir dont rien ne peut dispenser, le devoir de rendre justice^ il était du sentiment qu'on examinât leurs plaintes, et qu'on nommât une commission pour écouter leurs demandes : toutefois sous la condition la plus solennelle de rendre compte à la diète. Il rappela au roi les serments que ce prince avait faits de verser son sang pour la défense de la religion, et lui dit que le temps était arrivé où il pouvait faire preuve de ses sentiments, et les proposer pour exemple à la nation.
liC comte Rzewuski, palatin de Krakovie, appuya ce discours. C'était im homme droite aimant bien sa patrie, attaché à tous les usages de l'ancien gouvernement ; toujours ferme dans ses résolutions, mais sans faste et sans éclat : ses vertus étaient sans aucune ostentation , caractère rare en Pologne. Sa modestie nuisait à sa gloire ; et ce fut seulement après ses malheurs, qu'en se rappelant toute la suite de sa vie, ses concitoyens dirent de lui que c'était l'homme le plus sage de la république. Il soutint qu'un projet d'une si grande importance, et d'où dépendait l'asservissement ou la liberté de la Pologne, ne pouvait être signé sans examen ; il réclama la loi qui ordonnait que tout projet fût communiqué trois jours avant qu'il en fût délibéré ; il évoqua les mânes des anciens Polonais, qui d'âge en âge avaient, au prix de leur sang, transmis à leur postérité une patrie toujours libre. Il souhaita que Dieu pût les ressusciter tout à coup au milieu de cette assemblée, pour y voir la religion menacée, les lois renversées, la liberté expirante. Puis, il s'écria : « O honte ! ô calamités! sont-ce là ces deux nations réunies pour la défense de leurs lois mutuelles? Mais s'ils ne vivent plus, leurs exemples vivent au milieu de nous ; leurs exemples nous parlent, comme ils le feraient eux-mêmes ; ne nous
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exposons pas à ce que Funivers entier nous désavoue pour les enfants de ces hommes généreux, et dise, en nous voyant baisser la tête sous le joug : Non, ce ne sont plus des Poionais! »
Après le discours du palatin de Krakovie, la diète garda un profond silence ; et le roi ayant appelé le ministère auprès du trône, termina cette première séance.
Il y avait auprès de Varsovie des détachements russes, dont la destination publiquement annoncée, était d'aller se jeter sur les terres des opposants. Deux de ces détachemoits partirent pour aller ravager les terres du palatin, et le peiji de biens qui restait encore à Tévéque de KrakDvie ; argent, meubles, bestiaux^ paysans, rien ne fut épargnév
Le lendemain, Tévéque de Kïow, Zaluski, fit ouvrir la séance par la lecture de deux brefs du pape, adressés Tun au sénat, Tautre à Tordre équestre ; tous deux remplis d'exhortations à la défense de la religion. Cet évéque était surtout recommandable par les services qu'il avait rendus à la littérature polonaise, dont il avait fait réimprimer tous les anciens auteurs^ 11 avait recueilli avec soin tous les manuscrits qui pouvaient servir à l'ancienne histoire du ISord, et rassemblé une bibliothèque nombreuse et choisie , monument rare dans ces contrées ; mais son extrême négligence sur sa personne, celle de ses grands-vicaires, les métaphores platement exagérées, dont ses discours étaient remplis, lui faisaient perdre un peu de l'extrême considération due à ses mœurs. Il avait comparé dans une assemblée du sénat le droit de rompre les diètes, avec la corde qui soutient un pendu en l'étranglant : « C'est ainsi, disait-il, que ce privilège soutient notre liberté, en perdant notre république ! » La religion lui donnait une grande fermeté, et les Russes redoutaient son zèle. Mais celui qui se distingua le plus dans cette séance fut le nonce de I^odolie, Rzewuski.