‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 12 sur 184 · XIV. Opposition de Besluche · texte numérisé non relu

XIV. Opposition de Besluche

Mais si le comte Panin se laissait aisément séduire par ce premier aspect des affaires générales, et n'entrevoyait que des facilités à l'élévation du comte Poniatowski, il n'en était pas ainsi de l'ancien chancelier Bestucheff . Ce vieux ministre, acheté par la cour de Saxe, dévoué à la fortune d'Orloff, et joignant la hardiesse à l'intrigue, traversait, par de secrètes menées, le dessein de sa souveraine, et la contrariait hautement dans le conseil. Sans autorité, sans crédit, mais fier de sa longue expérience^ il essayait de reprendre, à l'occasion

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de ces délibérations importantes , la supériorité qu'il avait eue longtemps sur tous les autres ministres. Il représentait qu'on ne devait pas s'engager dans une si grande affaire sur la foi d'un allié artificieux et infidèle ; que de placer sur le trône de Pologue un homme qui ne pouvait pas s'y maintenir par ses propres forces , c'était s'engager à le défendre contre de perpétuels soulèvements ; que tôt ou tard ces soulèvements seraient appuyés ; que la situation de l'Europe changerait ; que le nouveau grand-visir attendu à Constantinople, et connu par son inimitié contre les Russes, ne tarderait pas à éclairer le divan ; que ce premier pas, qui paraissait aujourd'hui si facile , deviendrait nécessairement le principe d'une guerre inévitable et prochaine. 11 demandait où seraient les alliés et les subsides, dans toutes les suites d'une entreprise qui rendrait la Russie odieuse aux. Polonais et suspecte à l'Europe entière. Il soutenait avec opiniâtreté que du seul parti auquel on allait se déterminer, la destinée ferait dépendre tous les événements du règne de Catherine. Les autres ministres, en gardant le silence, paraissaient se réunir à son avis. Toujours actif , toujours intrigant, il tentait d'intéresser aux vues de la cour de Saxe le nouvel amant de l'impératrice. Il lui représentait combien la fortune de son ancien rival pouvait devenir dangereuse pour lui-même. Il lui offrait, au nom des cours de Vienne et de Dresde, le titre de prince, des biens assurés en pays étrangers, tous les avantages publics et secrets qu'il pouvait ambitionner. Mais Orloff, soit prudence, soit incapacité , n'avait aucune présomption sur ses lumières politiques. Maître absolu dans l'intérieur du palais, il respectait le génie de sa maîtresse. Elle gouvernait seule : il veillait à leur sûreté commune. Amant infidèle, mais indulgent, favori sans intrigues , mais d'autant plus audacieux contre tout ce qui aurait fait ombre à son pouvoir, il consentait avec chagrin à

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laisser Ponîatowski monter sur un trône étranger ; certain que si cet ancien rival devenait dangereux pour lui, un poignard lui eu ferait raison ; et il permettait son élévation , sûr d^empécher son mariage.

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