XV. Arrivée d'Oginski, et suite de cette intrigue
Dans cette situation de la e)ur de Russie, arriva précipitamment à Pétersbourg le comte Oginski, si avaDtageusement annoncé à l'impératrice, et qui venait essayer de faire changer ses résolutions en attaquant son cœur. Des fêtes qui se donnaient alors dans cette capitale devaient finir dans trois jours par un bal masqué. Il cacha son arrivée pendant ces trois jours, afin que cette première entrevue, dont sa destinée allait dépendre, se fît dans un de ces moments que la gaieté , la danse et les surprîses du masque rendent toujours si favorables à la galanterie. Ce bal déroba aux yeux des courtisans attentifs les premiers regards de l'impératrice sur un jeune homme pour qui on lui avait inspiré de si heureuses préventions. Le lendemain , il reçut d'elle en public l'accueil le plus distingué. Orloff dit en pleine cour : « Voilà un homme tel qu'il le faudrait pour être roi, et non pas un mauvais comédien comme Pouiatowski. » Osten souvent admis aux entretiens d'Oginski et de l'impératrice , employa toute son adresse pour développer en lui les qualités qui pouvaient le plus la séduire. Mais un bomme tel que le comte Oginski , dont les vertus étaient simples , dont les passions étaient douces et dont les talents avaient plus d'agréments que d'éclat, ne devait pas faire une impression assez vive ou assez durable sur une imagination ardente , élevée , audacieuse , sur un caractère altier tel que celui de Catherine , toujours occupée elle-même du bruit
28 BÉV0LUTlO7i& DE POLOGNE.
qu'elle voulait Caire dans le monde ; et soit qu'elle n'eût cherché dans ce commencement d'aventure qu'un amusement de coquetterie, soit que le chagrin d'une ambition déconcertée eût affaibli tous les agréments du comte Oginski, on remarqua bientôt entre eux plus de sérieux et de réserve Il se détermina cependant à rester auprès d'elle, dans Tespérance qu'il pourrait devoir au temps ce qu'il n'avait pas dû aux premières impressions, et que la lenteur avec laquelle on conduisait en Pologne cette grande affaire de Télection, lui permettrait de développer à loisir tous les moyens qu'il avait de plaire.