LIVRE VIII
en priverez pour jamais. Le monde entier suspend le jugement qu'il doit porter de vous, et ne sait encore s'il doit vous considérer comme des citoyens libres ou comme des hommes subjugués. » Il opposa à ce projet injuste et illégal, le détail de ce qu'on aurait dû faire et la marche que dans les circonstances actuelles on devrait suivre pour entrer dans la discussion de tous les abus, et parvenir au rétablissement de rÉtat.
Le roi ayant attesté le ciel des soins sincères qu'il sedonnait pour le bien de la patrie, et se flattant, disait-il, que la postérité les reconnaîtrait mieux que la génération présente, ajouta que ces projets ne contenaient rien qui ne £ût conforme aux actes de la confédération et aux demandes qu'elle avait feites par ses plénipotentiaires à Moskou. Pour réponse, on demanda une lecture publique de leurs lettres de créance et de leurs instructions ; et après les avoir entendues, révêque de Kr^akovie prit à témoin le sénat et les nonces de la fôusseté notoire de ce qui y était contenu. Il s'éleva beaucoup de voix pour demander les noms de ceux qui les avaient signées. On répondit à ceux qui paraissaient les plus impatients de le savoir^ qu'ils les avaient signées eux-mêmes. Ils protestèrent qu'ils n'en avaient jamais eu aucune connaissance^ et que, si leurs noms se trouvaient au bas de ces écrits, ce ne pouvait être que< par d'indignes supercheries. L'évêque de Krakovie reprit que, quand bien même ce démenti public ne décèlerait pas toute l'infamie des artifices qu'on avait employés , quand bien même tous les pouvoirs que cette confédération générale avait pu donner sur de telles matières, ne seraient pas nuls de droit, puisqu'il n'appartient qu'à la république de former de pareilles négociations, personne n'ignorait que la confédération générale avait été obligée d'en passer partout ce qu'un pouvoir despotique lui ordonnait. « Et que nous sert, disait-il, de tenir
une diète, de délibérer et d'opiner, dès que, pour réponse, on nous dit seulemeni : Telie est la volonté de la cour de Russie ! Mais tout ce qu'on exécute sous ce prétexte, étant si directement contraire aux déclarations de Timpératrice, et la conduite violente de son ambassadeur ne cessant de démentir les assurances que cette princesse nous a données,, je demande qu'il soit envoyé des députés au prince Repnin , pour l'obliger à communiquer les lettres de créance et les pleins pouvoirs dont il se dit autorisé, pour oser, parmi nous , maltraiter et emprisonner les citoyens , dévaster nos terres, forcernosdélibérations et nous dicter des lois? » Tous les nonces en tumulte acceptaient cette proposition ; mais le roi, pour en prévenir l'effet, rompit aussitôt l'as^ semblée avec la plus grande agitation, et sans rem^plir les formalités ordinaires ^