LIVRE Mil
gomme-gutte et d'eucre de la Chine, occupé à imagiuci* le dessin d'une livrée pour l'anniversaire de son couronnement. Forcé d'accorder une audience à toute la diète en corps, il parut déconcerté et irrésolu. Il ne put cependant refuser de nommer trois sénateurs pour se rendre chez l'ambassadeur russe, et lui demander raison de cet attentat. Repnin répondit qu'il n'avait à rendre compte de ce qu'il avait fait qu'à sa souveraine, et que les prisonniers ne seraient point rendus avant l'entier accomplissement de tout ce qu'il demandait; qu'au reste, il avait fait informer la confédération générale du motif de cet enlèvement. En effet, il avait envoyé une déclaration au conseil des confédérés, par laquelle il accusait les sénateurs et le nonce enlevés d'avoir manqué, par leur conduite, à la dignité de la tzarine, et d'avoir tâché de rendre suspecte la pureté de ses intentions.
Les sénateurs députés ayant rendu cette réponse au roi. Je grand chancelier de la couronne, comte Z^moyski, adressant la parole à ce prince, lui dit que puisque la sûreté publique était violée, et qu'il n'y avait plus de liberté dans les délibérations, il ne pouvait plus remplir ses fonctions avec les principes que le devoir lui inspirait et il se démit aussitôt de tous ses emplois. Zamoyski descendait d'un des plus grands hommes qui aient honoré cette nation v et dont la vie^ suivant l'expression de ses contemporains suspendait seule les fatales destinées de la république. U imitait les vertus de ses ancêtres. Sous le dernier règne ; il s'était lié d'opinion et d'intérêts avec les Czartoryski, en haine de tous les désordres que la cour de Saxe avait causés.. Mais il avait toujours craint leur ambition ; et, devenu par leur faveur grand chancelier du royaume, dès qu'il désespéra de pouvoir lutter contre l'oppression étrangère, il reaonca à toute fonction publique. Le roi, dont le règne avait été honoré par le choix d'un pareil ministre, et qui opposait encore au mépris général
le concours apparent de Zamoyski à toutes ses actions, sentit combien un pareil abandon allait diffamer tout ce qui s'était passé. Il recula d'étonnement, et refusa de prendre les sceaux que Zamoyski lui remettait. Celui-ci insista, en disant qu'il n'affermirait jamais par sa signature aucune opération tyrannique, et se retira en pleurant la patrie. Borch, qui jouissait de l'estime générale, prit la place que Zamoyski abandonnait, tant la vertu peut envisager différemment les mêmes objets.
Le nonce du pape qui avait demandé une audience aux états, et dont l'enlèvement avait aussi été proposé, se désista de sa demande, il dit qu'il ne voulait plus faire de martyrs; qu'il ne voulait plus parler à une diète forcée ; qu'il n'avait plus rien à dire, étant lui-même prisonnier ; que la seule différence qu'il y eût entre lui et l'évêque de Krakovie, était que celui-ci l'était dans une chambre, et lui dans une ville bloquée de toutes parts. Les Russes, en effet, n'en laissaient sortir personne sans une permission par écrit, signée de leur ambassadeur. Toutes les créatures du roi s'efforçaient de faire passer ces illustres victimes pour des criminels de lèsemajesté. On en annonçait les preuves, on les cherchait dans les papiers de l'évêque de Krakovie, saisis dans ses bureaux. Le scellé russe était sur tous ceux de ses effets que le zèle de ses gens n'avait pas dérobés aux recherches ; et comme tous les bons citoyens avaient été en commerce avec cet évéque^ quiconque aimait la patrie ne se croyait plus en sûreté. Cependant Repnin menaçait de livrer la ville au pillage, de faire ravager le royaume, si on s'obstinait à rejeter le projet de commission ; et de faire couper la tête sur l'échafaud à quiconque s'opposerait aux volontés de l'impératrice.
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XXXYII. Établissement d'une commission législative.
Dans la séance qui suivit, après quelques marques inutiles de douleur, on prit enfin le parti de la déférence la plus humble ; soit que la crainte eût gagné tous les esprits , soit que le projet de Tévéque de Kamienieç eût produit cet effets et que cette apparente soumission ne fût que le dessein d'une vengeance plus sûre. Toutefois, on envoya des députés au prince Repnin, pour lui demander que la garantie de Timpératrice ne s'étendît que sur les droits fondamentaux de la nation et sur les concessions qu'on ferait aux dissidents ; que les troupes russes ne fussent pas nomn)ées auxiliaires ; que les délégués n'eussent pas un pouvoir illimité. Repnin, à leur première demande si la diète ne pouvait pas espérer d'obtenir quelque modification, répondit: « Aucune 1 » Il jura qu'il ne laisserait*échapper ni nonces, ni sénateurs; que quieonqne oserait encore murmurer serait traité en rebelle; qu'il emploierait toutes les forces de sa souveraine pour la faire obéir ; qu'elle y était autorisée par le droit et par le pouvoir, en ajoutant : « Quiconque la contredit, se déclare son ennemi. » Il donna par écrit cette réponse, si insensée que peu de jours après, lui-même craignit de laisser subsister ce monument d'extravagance et de tyrannie. Il en fit retirer tous les exemplaires qu'il put recouvrer, et envoya arracher des registres de la diète la feuille où elle était inscrite.
Les députés ayant rendu compte à la diète de cette réponse, le prince Radzivill demanda si les états consentaient a ce que le projet fût signé. A la première question, six voix répondirent oui. Trois seulement à la seconde, et à la troisième la honte augmentant toujours, une seule voix répon*
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dit. Un morne silence régnait dans la diète, tous avaient le désespoir dans l'âme et la confusion sur le visage. Les commissaires furent enGn nommés au nombre de soixante ; ceux du sénat par le roi, et ceux de Tordre équestre par le maréchal. Les uns attachés à la cour par Fappât de quelque ré» compense qui rétablirait leur fortune consumée par le luxe ; d'autres trop jeunes pour réunir les lumières et l'expérience aécessaires à une législation; quelques-uns justement considérés, il est vrai , mais forcés par des n^enaoes à prêter l'autorité de leur nom, et rendus dociles par la craiate d'autres enfin qui avaient brigué cet emploi pour faire in« aérer dans cette législation nouvelle quelque projet spécieux, mais secrètement utile à leur fortune. Les princes Czartoryski furent aussi de ce nombre. On voulait, disait-on, les retenir à Varsovie sous ce prétexte, eu attendant que cette même commission les immolât à la vengeerooe publique. Aucun des commissaires ne pouvait, sous les peines les plus graves, s'absenter sans une permission de l'ambassadeur russe. L'assemblée de quatorze d'eutre eux suffisait cepen* dant pour former une loi à la pluralité des voix. Ainsi dans ce pays même où on venait d'établir l'unanimité comme la base du gouvernement, huit personnes pouvaient décider du sort de la république. Tous ceux qui n'avaient point été nommés commissaires crurent , en sortant de cette capitale^ échapper aux mains des ennemis, et allèrent porter dans les provinces le récit de tout ce qui s'y était passé.
XXXVm. Conduite du roi.
Au milieu de la consternation générale, le roi seul affec-» tait de montrer de la joie sur le prétendu succès des entreprises de la Russie. \h\ de ses amusements, ojcdin^ices était
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d'aller voir exercer les troupes russes, qui sans aucun égard pour sa présence, tnontaient la garde et faisaient leur ser> vice à Varsovie, avec autant d'appareil que dans leur capi» taie. Depuis les moindres emplois jusqu'aux dignités les plus importantes, tout était conféré non^^seulement à la re^commandation du prince Repnin, mais à sa seule indication. Les secrétaires de l'ambassade russe vendaient publiquement les diplômes de toutes les charges polonaises^ 11 avait forcé le roi de lui donner la moitié de la distribution des grâces. Ce prince n'osait même disposer de la part qu'il s'était réservée. Repnin se permettait avec lui des procédés si ou* trageants, que tous les Polonais^ malgré leur haine contre Poniatowski , étaient cependant indignés de voir humilier à ce point un homme qu'on les forçait d'appeler encore leur roi. Il subissait tous ces outrages avec une tranquillité qu'il croyait utile à ses desseins. 11 disait qu'avant un an , on lui rendrait plus de justice, et que les choses tourneraient d'une manière plus favorable qu'on ne semblait pouvoir l'espérer. Mais on ne voyait dans ce discours qu'une détestable connivence avec les Russes. Chacune de ses actions ajoutait à la haine publique ; partout on éclatait en imprécations contre lui, et par allusion au nom du dernier empereur, dont le règne a servi d'époque à la destruction de l'empire romain, on ne donnait plus à Poniatowski que le nom de Stanislas- Augustule.