XVI. Plan des Czartoryski
En effet, les princes Czartoryski agissaient alors avec la plus tente circonspection : le plan qu'ils s'étaient formé l'exigeait ainsi. Ils avaient résolu de respecter en apparence tous les usages de la république, de ne désigner celui qu'ils avaient dessein de donner pour roi à la nation, qu'à l'époque précise et fixée par les lois, où il devient indispensable de déclarer formellement ceux qui prétendent à la couronne ; de n'employer, pour dominer dans l'État, que la seule crainte de l'invasion d'une armée russe et leurs troupes domestiques entretenues par les subsides de cette puissance ; de se rendre maîtres du grand nombre des députés, par l'argent que la Russie leur prodiguait; d'exécuter par les suffrages de ces députés, et sous le voile de quelques légères réformes, tous les changements qu'ils avaient médité de faire dans rÉtat; de former ensuite, sous le prétexte de faciliter l'élection du comte Poniatowski , une confédération dont ils seraient eux-mêmes les chefs, et qui réunissant peu à peu toute la nation dans une ligue puissante, (a soumettrait
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tout eotière à leur propre autorité, les rendrait maîtres de disposer du trône, et assurerait sous quelque roi que ce fdt, la durée de ce nouveau gouvernement. £u exécution de ce que rimpératrice connaissait de ce plan, soixante mille Russes étaient répartis sur les frontières, sans s'avancer au-delà de leurs limites ; elle envoyait à ce parti toutes les sommes dont il avait besoin, plaisantant quelquefois elle-même sur la facilité de cette corruption, au point qu'un jour elle disait au comte Oginski, en lui faisant admirer un superbe collier de diamans : « Il y a là de quoi faire un roi de Pologne. «
Ces démarches lentes et mesurées des deux princes Gzartoryski étaient parfaitement d'accord avec la conduite également circonspecte de Tambassadeur Keysorling ; et jusquelà, ces trois vieitturds, liés depuis longtemps entre eux par toutes les apparences de l'amitiét) avaient toujours agi de concert ; tout semblait concourir à leurs succès. Mais rimpératrice crut nécessaire de faire seconder ce vieil ambassadeur, que Ponîatowki avait accusé auprès d'elle d'irrésolution et de faiblesse, parce que cet homme sage avait pacifié les derniers troubles ; et malheureusement jamais aucun souverain ne fit un choix plus déplorable que celui da nouveau ministre qu'elle envoya dans cette république.