XLVI. La diète st rassemble; manifeste contre le nouveau
eode.
A peine la diète était-elle rassemblée pour user du seul droit qu'elle se fût réservé, celui de confirmer par son autorité cette nouvelle législation , qu'on reçut contre cet ouvrage un manifeste authentique. Chreptowicz (c'était lui quel'évéque de Krakovie avait chargé de ce soin), homme d'une naissance illustre en Lithuanie , avait vendu tous ses biens, assuré ce qu'il put de sa fortune , et enregistré lui-même ee manifeste au greffe de Grodno , ressort de sa dépendance. Il était sorti du royaume , emportant avec lui le registre original des actes , pour prévenir la suppression ; et opposant cette formalité légale à toute la puissance tyran nique , il envoya cet écrit à toutes les cours , il l'adressa à tous les ministres à Varsovie. Presque tous les États furent étonnés. L'esprit d*adulalion répandu en général dans toute l'Europe faisait louer l'impératrice , son ambassadeur et le roi dePologne , sans connaître les choses qu'on louait. Cet écrit fit en Pologne une vive sensation. Chacun vit avec joie ses propres sentiments devenus publics. Les provinces moins
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contenues en montraient encore plus de joie. Repnin faisait une recherche exacte de tous les exemplaires. C'était un crime de Tavoir reçu ; tout le monde en parlait ; personne n'osait se le communiquer. Dans le même temps, le nonce du pape remit au roi une protestation qui taxait dMmpiété , d'injustice et detémérité? tout ce qui avait été fait en faveur des dissidents. En demandant une audience du roi, il avait remis d'avance , suivant Tusage , au grand-maréchal de la cour, la copie d'un simple bref du pape , qu'il devait présenter au roi; mais sans parler delà protestation. Le roi ne s'attendait donc qu'à recevoir cette lettre. Quand il jeta les yeux sur la protestation, il frémit de tout son eorps; une convulsion de saisissement et d'effroi parut agiter toute sa personne. Il lui dit : t^f^ous ne m' aviezpas fait prévenir. » Le nonce s'excusa sur la crainte qu'il aurait eue de ne pas obtenir d'audience. Cette protestation fit en effet à Varsovie une impression non moins vive que le manifeste , et on craignit l'effet qu'elle allait produire dans tout le royaume.
XLYII. Séance de la diète.
La diète était la moins nombreuse que la Pologne eût jamais vue. La plupart des sénateurs étaient absents. Aucun nonce de Lithuanie ne s'y trouvait. Dans cette assemblée même, qui paraissait subir patiemment l'ignominie attachée à recevoir de pareilles lois , le mépris pour ces législa** teurs ne put être dissimulé ; et malgré la consternation profonde, pendant qu'on lisait le nouveau code, il s'éleva plus d'une fois des risées générales. Au premier article , où il était stipulé que le roi et le primat seraient toujours tenus de professer la religion, catholiq^ue , un sénateur fit faire silence, et proféra d'un ton grave cette formule dérogatoire ;
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« Sauf le droit des possesseurs actuels. » Cette plaisanterie fut suivie d'une longue acclamation. L'indignation impuissante se produisait ainsi par des rires amers. A d'autres articles, quelques nonces ayant demandé la liberté de parler, on la leur refusa. Wybiçki, nonce de Prusse, protesta contre ce refus, et ensuite contre la diète même ; il déposa un manifeste au greffe de Yarsoyie , monta à cheval sans perdre de temps , et passa à toute bride à travers les gardes russes qui le poursuivirent inutilement. Repniu voulait rendre responsables de son évasion tous les uonces de Prusse ; il exigeait qu'ils lui livrassent celui qu'il nommait le coupable. Cet ambassadeur et son impératrice avaient cru que tous les pays ressemblaient au leur, où quiconque se rend maître du palais règne sur la nation entière. Us avaient cru qu'il suffirait de quelques violences exercées sur les chefs de la nation pour la soumettre ; erreur où les despotes tombé* rent dans tous les siècles.
XLYIII. Premûfr avis d'une confédération formée à Bar.
Maiis pendant qu'une diète forcée approuvait à Varsovie cette nouvelle législation , pendant que ces mêmes oppresseurs qui établissaient l'unanimité comme une loi fondamentale poursuivaient comme rebelles ceux qui s'opposaient à leurs volontés, de généreux citoyens, précipitant les desseins de l'évéque de Kamienieç , déployaient l'étendard contre les Russes et leur ouvrage. Repnin et le roi reçurent la nouvelle de quelques mouvements enPodolie. Us en gardèrent le secret ; ils se contentèrent d^envoyer ordre à deux compagnies polonaises et à un régiment allemand au ser* vice de la république ^dc dissiper cette émeute ; et ils pr«6* gèrent la fin de la diète. Repnin voulut se donner aux yeux
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de sa souveraine la gloire d*avoir entièrement fini ce grand ouvrage, obtenir la récompense dontil se flattait, et seconder par ce prétendu succès une cabale qui s'était formée à Pétersbourg pour lui faire donner la place de vice-chancelier de Fempire. Son oncle, charmé de la conduite que son neveu venait de tenir, et des talents qu'il avait développés , était lui-même à la tête de cette cabale; et si les mouvements de Podolie devenaient plus cx)nsidérables, Repnin les eût fait envisager comme une suite de son départ.
La diète fut terminée le 5 mars^ et la confédération de Radom dissoute. Les états, avant de se séparer, supplièrent le roi de s'employer auprès de l'impératrice pour obtenir la liberté des sénateurs enlevés. Le primat fît entendre dans son discours que ces prisonniers étaient coupables ; mais il ajouta que l'impératrice savait aussi bien pardonner que régoer. Tous les autres , au contraire , n'en parlèrent que comme d'innocentes victimes de leur zèle patriotique , qui s'étaient acquis pour jamais l'amour, l'estinie et la reconnaissance de leurs concitoyens.