LIVRE IX
il exigeait, au nom du grand-seigneur, que la Russie accomplit enfiu la promesse tant de fois réitérée de faire sortir toutes ses troupes de Pologne. Repnin répondit qu'elles en en avaient reçu Tordre ; que malgré Tinconvénient d'abandonner cette république aux divers intérêts qui commençaient déjà a y éclater avec fureur, il n'avait rien changé à cet ordre; que ces troupes étaient partout en mouvement pour leur retraite ; qu'il prévenait seulement les ministres turks qu'en se retirant elles formeraient un cordon qui empêcherait le feu actuel de s'étendre. Le résident répliqua qu'il lui était enjoint d'envoyer dans toutes les provinces vérifler la réalité de cette retraite; mais le courrier qu'il expédia à Constantinople pour y porter des nouvelles exactes de tout ce qui se passait alors en Pologne fut assassiné sur la route , et les Russes gagnèrent ainsi quelques semaines pour donner à la situation actuelle des affaires la couleur sous laquelle il leur importait de la représenter aux yeux des Turks.
JX. Assemblée des sénateurs que Hepnin force à réclamer
les secours de la Russie.
En effet, le petit nombre des sénateurs qui étaient alors a Varsovie furent aussitôt convoqués. Repnin avait imaginé de les forcer à implorer, au nom de la république, les secours de la Russie. Il déclara qu'il traiterait en ennemis de rimpératricc tous ceux qui combattraient cette proposition. Mais dans le nombre même de ces sénateurs courtisans , la plupart paraissaient résolus à s'exposer à tout plutôt que d'y consentir. Le primat opina le premier]; et s'efforçant, à cette occasion, de justifîer son ouvrage^ il dit : « Qu'on ne pouvait trop s'étonner du mécontentement qui s'annonçait dans une
partie de la nation, sur la garantie de ses constitutions obtenue d'une puissance amie et voisine ; que plusieurs républiques ont cherché ce frein à l'amour de la nouveauté et à Tanimosité des partis ; que les Anglais eux-mêmes, cette nation si éclairée et si justement célèbre, ont donné, au commencement de notre siècle , un exemple pareil ; qulls ont fait garantir par tous leurs alliés la couronne d'Angleterre à la maison qui règne aujourd'hui sur eux, et qu ils se sont ainsi privés volontairement du droit auparavant si cher à cette nation, déjuger et de déposséder ses souverains». Il finit par proposer d'envoyer vers les confédérés pour écouter leurs plaintes, et si l'indulgence et la raison ne suffisaient pas pour les désarmer, d'envoyer d'autres députés à l'impératrice de Russie, pour la supplier de ne point retirer ses troupes dans un moment où la Pologne était menacée de nouveaux troubles. Cette proposition fut vivement combattue ; mais la plupart n'osant dire ouvertement leurs pensées , se rejetèrent sur ce qu'une assemblée composée seulement de vingt-huit sénateurs n'avait pas droit d'appeler un secours étranger. Ils proposèrent de députer vers les confédérés , et si on ne pouvait les apaiser, de convoquer l'assemblée générale de tous les sénateurs du royaume. Le roi ne voulut point signer ce résultat. 11 annonça pour le lendemain une seconde séance. Ce prince tremblait d'être abandonné à sa nation sans l'appui d'une armée russe. Il encourageait Repnin à braver les menaces desTurks;il. lui représentait qu'ils étaient amollis, dégénérés, incapables de résister aux moindres efforts de la Russie. Il semblait désirer avec le plus vif empressement de. voir éclater une guerre entre ces deux empires, ayant également à se venger de l'un et de l'autre, et préférant les hasards de cette guerre à la certitude des malheurs qui l'attendaient, s'il était laissé à la merci de sa nation. Dans Tiotervàile de la première à la
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seconde séance , Repnin redoubla ses menaces. Il dit qu'il ferait mettre le feu aux maisons des opposants ; qu'il ne voulait point de neutralité dans une pareille conjoncture. Les sénateurs les plus accrédités s'absentèrent, les autres plièrent devant le mot Sibérie ; et ce fut ainsi qu'une assemblée peu nombreuse parut, au nom de la république'de Pologne, se réunir avec les Russes. Ceux qui avaient été d'un avis contraire , les princes Lubomirski , Sanguszko , les princes Czartoryski eux-mêmes, qui sentaient enGn le danger de ces funestes secours, et qui espéraient par leur con duite présente justifier leurs intentions passées^ protestèrent contre cette prétendue résolution du sénat. Us déposèrent leurs opinions dans les actes publics du royaume, pour laisser au moins à la postérité un monument de leur véritable façon de penser dans une délibération d'où dépendait la destinée de la république.