‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 154 sur 184 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

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traîna enfin dans ce parti dangereux. La comaussion militaire signa Tordre aux régiments des gardes et aux bulans d'aller combattre coutre leurs concitoyens ; mais n'oublions pas que le comte Mionczynski , castellan de Lublin, un des commissaires^ après avoir fait au roi d'inutiles représentations , quitta son emploi plutôt que de signer cet ordre. Ce malheureux pays, opprimé par une armée étrangère, aU lait donc être exposé encore à tous les malheurs d'une guerre civile. Les dissidents, eu trop petit nombre pour être remar* qués dans le tumulte dont ils avaient été l'occasion, se jetèrent dans les armées russes.

Cependant, l'évêquede Kamienieç, le général Mokranowski et plusieurs députés de la confédération, cherchaient à intéresser les différentes cours aux malheurs de la Pologne. Le grand-^général avait écrit à presque tous les souverains. Ce vieillard, quoique rebuté des vaines instances qu'il avait faites depuis tant d'années , quoiqu'indigné du total délaissement que lui-même avait éprouvé, quand de perfides en^ couragements Feurent excité à prendre les armes pour défendre la république, ne craignit pas de s'abaisser, en pre^ nant cette fois un ton de suppliant. « La Russie, disait-il> éteindra cet incendie dans le sang des Polonais. Qui pourra voir avec indifférence ce massacre universel de citoyens armés pour défendre leur liberté ? Quel est le souverain qui n'en prévoit pas les suites Funestes ? Peut- il exister un homme qui n'en ait pas de compassion ? Il ne faut pas de grands efforts pour arrêter ces progrès déplorables. Il ne faut ni guerre, ni argent ; il ne faut qu'offrir une puissante médiation entre un peuple divisé, il est vrai, mais dont la plus grande partie est résolue de périr ou d'être libre, et une femme qui doit reconnaître enfin que son ambition et les fautes de son ambassadeur l'ont poussée plus loin qu'elle ne l'avait cru ». Quelques-uns se flattaientraussi qu'une foule d'officiers étran-

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gers accourraient de toutes parts et viendraient prendït; parti dans les confédérations ; mais ce n'était plus le temps oà l'Europe était remplie de généreux aventuriers, toujours prêts à se jeter dans les armées des peuples faibles qui défendaient leur liberté ; où la noblesse vivait dans une grande indépendance et allait partout au gré de son courage chercher les périls et la gloire. Toute la milice de l^Europe était soudoyée, la puissance des souverains affermie. C'était à de grands princes qu'il fallait demander des secours ; c'était la politique de leurs ministres qu'il fallait intéresser. La cour dont il semblait que les confédérés dussent espérer le plus d'appui, celle que l'Europe entière soupçonnait d'avoir suscité la confédération, la cour de Saxe était dans des dispositions bien opposées. Elle paraissait, il est vrai, regretter la couronne. Après en avoir perdu la puissance et le titre, elle s'attachait en toute occasion à conserver quelques restes du cérémonial attaché à la royauté ; mais les liaisons cpi'elle avait prises en Pologne avaient été formées avec l'aveu de la Russie. Elle paraissait contente de cette dernière diète qui lui avait conservé dans cette république des établissements,, des pensions, un palais à Varsovie, des correspondances légitimes, et par conséquent, à ce qu'elle croyait, l'espérance d'y remonter un jour sur le trône. Le régent, car la minorité du jeune électeur durait encore, inspirait toutefois à son neveu des sentiments opposés à cette ambition. Il lui représentait qu'une nouvelle réunion de ces deux couronnes achèverai!; la ruine de ses États héréditaires, si avancée par les malheurs des règnes précédents ; mais on prétend qu'il nourrissait pour lui-même cette ambition dont il éloignait son neveu ; qu'il songeait à mériter personnellement la bienveillance de la tzarine; et que, bien instruit de l'aigreur et des ressentiments qui subsistaient entre cette princesse et PoniatowskI, i> avait conçu le projet etl'eçpoir, si elle abundonnjiit cet an.-

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cieu favori, de faire tomber sur lui-même un secoud choix. Il venait d'envoyer de magnifiques présents au primat^ à Repnin, à tous ceux qui avaient secondé cet ambassadeur dans les travaux de [a diète ; et toujours fidèle à ce plan de conduite, il n'osa recevoir à Dresde ni Tévêque de Karaienieç ni les députés de la confédération. Il fut même sur le point d'accorder à la demande d'un envoyé russe une déclaration formelle contre les confédérés. Mais d'autres intérêts que ceux du prince et même que ceux du régent divisaient cette petite cour, et prévinrent une démarche qui eût rendu la Saxe pour jamais odieuse aux Polonais. L'électrice douairière, dont les ressentiments contre la tzarine étaient si récents, le prince Charles, qui ne pouvait attendre que d*une révolution son rétablissement en Kourlande, tous deux, également inquiets des projets du régent^ également jaloux de son autorité, niéeontents de son administration, firent changer le dessein de ce prince; On porta de leur part aux confédérés la promesse de les seconder un jour, si leur parti prenait , par ses propres ressources, assez de force et de consistance pour qu'on pût réellement-attendre d'eux la couronne qu'ils offraient. Ce fut à des paroles st vagues que se réduisit tout ce qu'ils obtinrent alors de la cour de Saxe. Quant à la cour de Vienne, elle subordonnait depuis longtemps le zèle qu'on hi supposait pour la religion catholique, et toutes ses autres vues> à celled^une sage circonspection. Elle craignait et observait le- roi de Prusse. Ces deux puissances n'avaient point posé les armes depuis la paix; toujours rivales l'une de l'autre, elles entretenaient, avec un effbrt qui passait les ressources réelles de leurs États, chacune une armée de deux cent mille hommes ; et malgré l'impuissance où elles étaient toutes deux d^ntretenir de si formidables armées, la plus légère augmentation que l'une faisait dans ses troupes, devenait pour l'autre une

raison d'augmenter encore plus les siennes. Toutefois, elles évitaient avec le plus grand soin de se donner Tune à Tauti'c un motif d'agression. La santé affaiblie du roi de Prusse persuadait à la cour de Vienne que le temps n'était pas éloigné où elle pourrait faire plus sûrement usage des grandes forces qu'elle avait en main. Un jeune empereur, dans le premier feu de Tàge et de l'ambition, avait succédé à la couronne impériale, et sa mère l'avait appelé à la co-régeuce de tous ses États liéréditaires. Ce jeune prince laissait apercevoir en toute occaskMi une vive impatience de commander les armées. Il semblait cependant respecter la vieillesse du héros ennemi de sa maison, et regarder le roi de Prusse, moins comme l'adversaire qu'il se proposait de combattre que comme le modèle qu'il avait résolu d'imiter. Dans cette espèce d'attente des grands événements auxquels cette cour semblait se ré-erver, elle n'était pas fâchée de voir la Russie épuiser ses forces et consommer ses finances. Klle souhaitait même que les Turks prissent les armes contre cette puissance, et pour les y déterminer, elle promettait secrètement de rester neutre ; mais elle n'osait en faire davantage en faveur des confédérés : elle ne voulait ni donner le moindre ressentiment à la tzarine en recevant leurs députés, ni les décourager en rejetant leurs demandes, et elle cachait son embarras et sa réserve sous l'orgueil inabordable du premier ministre autrichien.

La France, plus décidée dans ses mesures, mais encore circonspecte dans ses démarches, résolut au contraire d'encourager des mouvements qu'elle souhaitait depuis long, temps de voir éclore. Elle avait obtenu de la cour de Vienne cette promesse de neutralité ; elle la faisait. porter aux Turks. Le duc de Choiseul, toujours maître de ce royaume, malgré les cabales de ses rivaux, s'apprêtait à venger la France des affronts rerus dans la dernière guerre ; il voyait avec joie la

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Ausste employer pour ses propres querelles des forces que les Anglais eussent soudoyées pour leur service; mais plus les troubles naissants en Pologne étaient favorables au plan qu'il méditait, plus il voulait assurer la durée de ces troubles. }l se méfiait de cette facilité de conciliation dont les Polonais avaient, dans tous les siècles, donné tant de preuves. Il voulait prévenir que les confédérés n'employassent les secours qu'il leur promettait à se procurer un nteilleur accoranu)den[>ent, et il exigeait, avant de les secourir, que les choses fussent portées aux dernières extrémités; que la confédération fût devenue générale , et que la vacance du trône eût été proclamée. II employait cepeudant toute l'activité de son génie à procurer aux Polonais tes secours des Turks ; et pour décider le kan des Tatars à quelque démarche qui engageât la guerre, il avait envoyé à ce prince un émissaire adroit qui possédait toutes les langues de ces contrées, et dont le père, au temps de l'élection de Stanislas, avait exécuté avec succès une commission semblable.

Les ministres ottomans prêtaient l'oreille aux insinuations de la France, tout déterminés qu'ils étaient à ne les pas suivre. Ils voulaient, sans se compromettre avec la Russie, opposer à cette puissance perfide une politique artificieuse qui satisfit la juste animosité du sultan contre la tzarine, et qui les laissât eux-mêmes jouir paisiblement, dans la mollesse de leur sérail, des richesses et des honneurs attachés à leurs emplois. Ils favorisaient le soulèvement des Polonais par tous les bons offices que les commandants des frontières pouvaient rendre aux confédérés; mais ils évitaient de leur accorder une protection ouverte, lis refusaient même d'en recevoir les émissaires. Ils continuaient d'exiger la sortie prompte et entière de toutes les troupes russes hors de la Pologne ; mais cette négociation se traitait avec le plus profond mystère, de sorte que Thonneur de l'empire n'était

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pas compromis par les perpétuels délais que le grand-^visir accordait- à l'exécution de cette promesse. Toutes les opiuioDS de ce visir étaient paciGques ; et tant qu'il conserverait sa place^ les Russes, quels que fussent les événements, étaient assurés de la paix.

Dans cette disposition de toutes les cours, et de celles même qui étaient les plus favorables aux confédécés, ils étaient donc véritablement abandonnés. Repnin fit même imprimer dans toutes les gazettes qui avaient cours en Pologne, que la Porte avait déclaré par écrit, qu'elle les regardait commodes sujets rebelles; qu'elle leur avait refusé hautement sa pro* tection, et qu'elle avait ordonné à tous les gouverneurs de ses frontières, de leur interdire tout asile dans ses États. C'est ainsi que Repnin avait exagéré à dessein, dans une traduction infidèle , les expressions modérées dont les ministres turks s'étaient servis.

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