‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 155 sur 184 · XX. Confédération du comte Potoçki. — Trahison du roi · texte numérisé non relu

XX. Confédération du comte Potoçki. — Trahison du roi

Quoique ces nouvelles falsifiées tussent répandues dans tout le royaume , et que les confédérés n'eussent plus d'autre ressource que dans leur désespoir, leur ligue devint bientôt véritablement formidable. La secondo confédération se forma sous le comte Marian Potoçki , grand->échanson. Toute sa famille et les femmes même de son nom le pressaient de se déclarer. Il avait vu dans sa* jeunesse ses deux oncles prendre les armes pour défendre la liberté de la république contre l'élection illégale du roi Auguste , et quoique vaincus, se soutenir par la faveur de la nation contre les ressentiments d'une cour ennemie. Leur grandeur conservée après leur défaite, avait élevé son courage et nourri son ambition. Use jetait dans les confédérations avec le désir

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d'en devenir le chef; et malgré quelques disgrâces de la nature, ou ne peut nier qu'il n'eût des talents pour remplir une si grande place. Ses alliances et sa fortune étaient aussi considérables que son nom. Il avait épousé la nièce et Théritière du grand-général Braniçki, et ce vieillard lui avait conGé des ordres adressés à tous les régiments de la couronne, pour leur enjoindre d'obéir à Potoçki. Il prévint les confédérés de Bar de son dessein ; il leur demanda le titre de régimentaire-général, et quoiqu'on eût résolu dans les premières assemblées de la confédération de se tenir en garde contre l'ambition des plus grandes familles, Pulaski fit taire cette crainte et lui envoya au nom des confédérés le titre qu'il sollicitait. On l'avertit que le régiment du palatin de Krakovie, un des sénateurs enlevés, allait passer près de ses terres, pour joindre les troupes du roi, qui avaient ordre de combattre les confédérés. Il se présenta devant ce régiment avec les troupes de sa ynaison. Au nom illustre de Potoçki, au cri de vengeance sur l'enlèvement de leur colonel, aux ordres du grand-général, ce régiment mit bas les armes, et prêta serment à la confédération. Potoçki se trouvant à la tête de quinze cents hommes, revint aussitôt chez lui pour arranger ses affaires domestiques , envoyer, s'il était possible, sa femme et ses enfants en quelque lieu sûr, résolu de ne plus rentrer dans sa maison que la patrie ne fût libre. Il se rendit ensuite dans la petite ville de Podhaïcé ; et en ayant fait sa place d'armes, il fit former sous cet appui la confédération de tout le district d'Halicz. Dans le même temps Rozewski, homme presque inconnu, ayant formé une confédération le 23 avril dans le voisinage de Lublin, entra dans cette ville pour faire prêter serment de fidélité aux magistrats. Pendant le tumulte de cette cérémonie, un lieutenant-colonel russe qui commandait dans les environs, informé de cet événement, rassembla cinq

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cents hommes de ses troupes^ entra dans un faubourg, somma Rozewski de se rendre, fit jeter sur la ville quelques bombes qui mirent le feu aux maisons^ et fit en même temps tirer du canon à cartouciie sur ceux qui accouraient pour éteindre les flammes. Les confédérés, malgré leur petit nombre, tiraient aussi sur les Russes ; mais aux instances des habitants qui craignaient le sac de leur ville, ils sortirent par la porte opposée au côté de Tattaque, prirent la route de Chelm pour se réunir à la noblesse de ee district et en appuyer la confédération.

Toutes les terres de ceux qui se joignaient aux confédérés, dans quelques parties du royaume qu'elles fussent situées, étaient aussitôt ravagées par des détachements russes ; mais si c'était des starosties ou terres du domaine qu'ils possédaient, alors elles étaient regardées comme vacantes ; et ces généraux russes que la dernière diète avait reconnus gentilshommes polonais, en obtenaient la concession de Repnin, devenu Tunique administrateur des grâces. Ces nouveaux Polonais montaient aussitôt ù cheval, pour aller enrichir leurs nouvelles possessions par la dévastation des terres voisines.

Il y avait à peine deux mois que ces pillages étaient commencés, quand les équipages de Tun d'eux tombèrent entre les mains des confédérés. Il y trouvèrent les vases sacrés de l'évêché de Krakovie, la vaisselle aux armes de toutes les grandes familles , quarante mille ducats en espèces, des diamants, de riches tapis et des meubles que cet homme envoyait en Russie, comme un convoi.

La faveur pour les confédérés était si grande, que la noblesse de Podiaquie, en apprenant que les Russes dévastaient ime terre du comte Potoçki, s'attroupa pour empêcher ce ravage, attaqua les Russes et se confédéré. 11 s'agissait de former la confédération générale; mais les Russes couraient

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d'un bout du royaume à Tautre, et dans un pays absolument ouvert et sans défense, ils s'emparaient avec facilité des points où la noblesse de chaque district eût pu se réunir. Leurs marches rapides et leurs prompts retours répandaient partout la terreur. Sur les plus simples soupçons, les seigneurs étaient enlevés dans leurs terres , et traînés à la suite de ces troupes. Des Kosaks amenaient des provinces au palais de l'ambassadeur russe, des gentilshommes liés à la queue de leurs chevaux. Lf-s Russes s'étaient emparés de tous les lieux où on pouvait déposer les actes publics. Les habitants des villes, sous peine de voir leurs villes brûlées, étaientf orcés de dénoncer toute assemblée qui s'y faisait ; et, en effet, si on apprenait qu'il se fût formé une confédération dans une ville, elle était aussitôt brûlée. Si quelques gentilshommes, avant d'éclater, tâchaient de se pourvoir d'armes et de munitions, le dépôt était presque toujours découvert et saisi. Les confédérations même qui parvenaient à se former, après avoir employé à leur réunion un courage héroïque, étaient pour la plupart aisément dispersées ; parce que sans armes et sans aucune habitude de la guerre, elles n'employaient pour se garder aucune des plus simples précautions.

Malgré ces désavantages et ces pertes, chaque moment faisait sentir un accroissement de vigueur. La confédération croissait au milieu de ses désastres. Les cruautés des Russes enflammaient le désespoir de la nation, et plus il périssaitde confédérés, plus il s'en reproduisait. On essaya alors d'opposer aux Polonais des moyens pareils à ceux qu'ils employaient, et de former une confédération eu faveur de la cour, des nouvelles constitutions et de la garantie ; mais les émissaires qui se présentèrent dans deux endroits pour exécuter ce projet furent massacrés. Quelques créatures du roi tentèrent d'en faire une en sa faveur, et en même temps

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contre la garantie russe. Pas un gentilhomme n'y voulut souscrire ; le seul nom de ce prince rendait suspect tout projet auquel il prenait part.

La cour, craignant la nation, cherchait à la désarmer ; et le roi, ayant eu avis qu*en échange des grains envoyés cette année à Dantzick, les seigneurs des terres qui y faisaient vendre leurs récoltes avaient secrètement acheté tout ce qui s'y trouvait d'armes à feu, ce prince fit saisir ces armes sur la route par les officiers de ses douanes. Mais si la cour craignait la nation et voulait la désarmer, les Russes craignaient également la cour. Repnin envoya des détachements S'emparer des munitions de guerre, poudres, boulets, cartouches, auxquelles par les ordres du ministère polonais on travaillait avec activité. Il fit partout le royaume enlever de tous les châteaux l'artillerie, les munitions, les armes. Les Russes, dans toutes les provinces , s'emparèrent des moulins à poudre ; il y avait peine de mort contre tout marchand qui vendrait de la poudre à tirer.

Ainsi, on voyait un peuple désarmé, dont le territoire dans toute son étendue était occupé par une armée ennemie, nombreuse, disciplinée, formidable, et sans cesse recrutée; un peuple trahi par son roi et par une partie de son sénat, dans un pays sans forteresses et même sans montagnes, ces asiles naturels de l'indépendance, se soulever de toutes parts, et attaquer à coups de sabres des batteries de canon. Ils étaient souvent dispersés y ils se ralliaient à quelques lieues de là ; et ces nombreux avantages que les Russes avaient soin de publier pour contenir les esprits , se réduisaient à ce que les troupes confédérées , n'ayant pas quelquefois de quoi charger un fusil, n'ayant souvent point d'autres armes que des barres de fer, jse dispersaient lorsqu'elles étaient attaquées par de l'artillerie.

Ce ne furent point les chefs de la nation qui jouèrent ces

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rôles hasardeux. Ceux que leur grand nom et retendue de leurs possessions rendaient plus redoutables étaient gardés à vue dans leurs châteaux. D'un autre côté, le servage rendait inutiles à la défense de TËtat tous les paysans polonais. Le servage de la glèbe est établi en Pologne de temps immémorial ; mais aucune superstition n'y altère dans les serfs , comme en Russie dans les esclaves, le penchant naturel des hommes à la liberté. Ils ne connaissent point cette insensibilité stupide avec laquelle les Russes se laissent ôter leur misérable vie, dont ils ne croient pas avoir la propriété. Ils ne diffèrent en rien de cette multitude prodigieuse de serfs qui couvrent la terre, assujettis par la force, ployant avec douleur sous la dure nécessité de leur condition, habitués par leurs parents à supporter patiemment le triste hasard de leur naissance, et capables, par l'impulsion même de la nature, d'ouvrir leurs cœurs a l'espérance d'une révolution. Mais les désordres, les pillages, les cruautés des troupes russes empêchaient ces opprimés mêmes de se joindre à elles; de sorte que cette partie de la nation restait véritablement neutre entre ses maîtres et les oppresseurs deses maîtres. Cesont^ au contraire, les esclaves russes qui font la force des armées de cet empire. Abrutis et féroces, ils regardent leur esclavage comme l'état naturel des hommes ; ils bénissent Dieu de leur état, et croient gagner le ciel en subissant la mort pour obéir au tzar. C'était donc un empire de plusieurs millions d'hommes mis en mouvement par une seule volonté, qui en attaquait quelques milliers épars, sans union, sans armes, et dont la plus grande partie n'osait encore se déclarer. Aussi les romans n'ont-ils rien imaginé de plus extraordinaire que les aventures de quelques-uns de ces hommes adroits et audacieux, en qui l'indépendaDce avait développé toutes les qualités et toute l'industrie dont l'humanité peut être capable.

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