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coloner russe trompé par les gazettes, où Repnin avait fait publier que la Porte ne prenait aucun intérêt aux confédérés et avait défendu aux gouverneurs des provinces frontières de leur donner asile , écrivit au pacha de Chocim et au prince de Moldavie pour demander de faire désarmer les troupes de Potoçki , et de lui livrer leurs armes. « Il at* tendait, disait^ii, de pied ferme, et les avertissait que dé* sormais il poursuivrait ses ennemis partout où il les trouverait, si l'hospodar n/avait pas soin de prévenir de pareilles irruptions ». Ce colonel était un étranger d'une grande bravoure, d'une naissance distinguée, mais sans bien et qui cherchait fortune dans les armées russes. 11 désirait d'engager la guerre dans laquelle il s'acquit bientôt un grand nom. 11 tenta cependant d'éteindre la confédération d'une manière plus sûre et plus prompte. Il envoya de secrets émissaires au pacha de Chocim et à l'hospodar de Moldavie , chargés d'offres d'argent, pour les engager à lui livrer les confédérés et le comte Potoçki. Le pacha se laissa corrompre à vil prix ; mais l'hospodar, espérant de sa fidélité de plus grands avantages , envoya à Constantinople et la lettre insolente de l'officier russe , et le récit des propositions secrètes qu'il en avait reçues. Non- seulement les confédérés trouvèrent asile sous la protection de l'hospodar, mais ils traversèrent librement avec armes et bagages une partie de cette province. Un frère du comte Potoçki, avec quelques centaines d'hommes, s'y étant aussi réfugié , ils se rejoignirent. Les Turks leur aidèrent à repasser le^Dniester sur leurs prames. Potoçki, ainsi rentré en Pologne, prit à dos les Russes qui l'avaient poursuivi, les attendit et en massacra une partie au passage du Dniester.
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,XXV. Histoire des Zaporoues ou Haydamaki , et massacres
d"* Ukraine,
Cepeodant on croyait en Russie, et à Varsovie même, que d^exterminer les confédérés de Bar, ce serait paciGer le royaume ; parce que la plupart des autres confédérations avaient simplement adhéré à celle-ci , et lui avaient par là conGé en quelque sorte tous les pouvoirs de la république. Les Russes avaient réuni leurs plus grandes forces dans cette province. L'infâme Braneçki venait d'y arriver, à la tête des troupes royales. On s'attendait à Varsovie à la nouvelle d'une victoire complète ; mais on en reçut une qui remplit tous les esprits d'épouvante et d'horreur.
Près des contrées où la confédération avait éclaté , vers l'orient de la Pologne , habite le plus exécrable des peuples, si on peut donner le nom de peuple à un ramas de brigands de toutes les nations, échappés la plupart au supplice. Ils se rassemblent dans des lieux inaccessibles , au milieu des cataractes {poroki) du Borysthène, à 50 lieues delvïow, en descendant le fleuve. Dans les premiers temps de l'empire grec, ces lies étaient déjà connues pour un repaire de pirates ; et cette demeure sauvage entre des rochers escarpés, toujours battus par la chute des cataractes, endurcirait seule les hommes des mœurs les plus douces. Elle pourrait nourrir avec abondance ses féroces habitants, par l'étendue de ses pâturages, par la chasse et la pêche; mais ils préfèrent vivre de rapines sur tous les pays voisins. Ils sortaient autrefois par les embouchures du Borysthène, côtoyaient tous les rivages de la mer Noire, pillaient les villes et les bourgs, et souvent ils ont répandu la terreur jusque dans Constantinople. Les premières lois observées parmi eux sont, depuis
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plusieurs siècles , de professer la religion grecque , et de temps immémorial , de ne recevoir aucune femme. Ils se perpétuent, tant par TafQuence de nouveaux scélérats, que par la quantité d'enfants qu'ils enlèvent dans leurs incursions pour les former à leurs mœurs ; et il est remarquable que cette étrange république se soit établie vis-à-vis de la côte où la fable avait placé le séjour des Amazones.
L'horrible événement que nous devons raconter, nous forçant à bien faire connaître cet exécrable ramas de brigands, nous ajouterons encore ici quelques détails.
Leurs biens et leurs pillages sont en commun ; ils logent ensemble dans de vastes granges ; aucun vœu ne les attachant à cette société , ils la quittent à volonté ; mais tant qu'ils vivent parmi ses membres , il leur est absolument défendu de lire et d'écrire. Un officier public en a seul le droit ; tout papier lui doit être remis, et en cas de contravention, il est juge souverain de cette espèce de délit. Quand les Turks conquirent tous les pays voisins , ces îles qui jusque-là n'avaient été que l'asile de l'impunité, devinrent le refuge de l'indépendance ; et le zèle de la religion se joignant à l'amour de la piraterie, ils ne reçurent plus parmi eux que ceux qui firent profession de la religion grecque , opprimée dans les pays tombés au pouvoir des Turks. Ils se disaient prêts à mourir pour leur foi ; d'autant plus superstitieux qu'ils croyaient par un zèle fanatique expier tous leurs crimes.
Ce fut de ces îles trop peuplées par l'affluence des brigands que sortit, il y a deux siècles, la nation des Kosaks, lorsque la plupart d'entre eux, enrichis de butin et rappelés par le désir de la société des femmes , acquirent des terres dans les plaines qu'arrose le Borysthène, et se marièrent dans les villes de Pologne et dans les domaines de la noblesse polonaise. C'était aussi dans le même temps que la noblesse polonaise commençait à faire cultiver les rives de ce
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même fleuve auparavant désertes^ vastes plaines connues sous le nom de rukraiue , et que la crainte des incursions des Tâtars avait fait abandonner depuis plusieurs siècles. Ainsi les querelles des Polonais avec cette nation nouvelle commencèrent dès son origine. Le roi Etienne Batory parvint à y établir quelque discipline et des lois qui ont subsisté plusieurs années à l'avantage des deux nations ; mais les habitants des cataractes étaient toujours regardés comme les premiers citoyens de ce peuple nouveau, dont ils étaient en effet la tige. Ils avaient le premier rang à Tarmée^ la principale influence dans les conseils et dans Télection du capi^ taiue- général ou hetman. Eux seuls avaient droit d'élire leur hetman particulier. Cependant les seigneurs polonais et les administrateurs des biens royaux , habitués à traiter les paysans en sujets, ne connaissant point de conditions entre vassal et maître , s'efTorçaient de réduire les Kosaks à la même servitude. Ils prétendaient les charger des mêmes re« devances que les paysans polonais , les assujétir aux mêmes corvées. Les Juifs^ qui de tout temps ont fait valoir les biens de la noblesse polonaise, voulurent ajouter cette nouvelle richesse au profit de leurs fermes. Les Kosaks se révoltèrent souvent ; et l'horreur que les chvétiens ont généralement contre les Juifs, étant redoublée par la haine de ces exactions, ils commençaient toujours leurs soulèvements par égorger tous les Juifs. Ils empêchaient aussi quelquefois les seigneurs de rentrer dans leurs terres ou les y massacraient , et quand une armée trop nombreuse venait les attaquer, ils fuyaient dans leurs îles.
Quelques années avant l'établissement de ces Kosaks dans l'Ukraine, les Polonais avaient été forcés de donner des armes aux paysans des provinces voisines, pour qu'ils pussent se garantir des incursions des Tatars. La plupart de ces paysans se joignirent aux Kosaks. Le désir de la même li-