LIVRE IX
berté, le zèle de la même religion, les fît sou-vent , dans le dernier siècle, livrer en commun des combats à la noblesse polonaise. Ceux même qui ne prenaient pas les armes avee les Kosaks, cachaient leurs marches, leur donnaient des avis; en un mot, ils avaient eu de tout temps la faveur dotons les paysans de ces contrées. Enfin ^ après de longues guerres, une partie de ces Kosaks étant restée sous la domination polonaise, où elle se vit perpétuellement exposée au servage domestique, et Tautre partie étant passée sous la domination russe, où elle fut bientôt dépouillée de toute liberté civile, toutes deux furent également mécontentes de leur sort. Entre ces deux nations opprimées , les îles du Borysthène, leur ancien asile , continuèrent d'être fréquentées ; il y eut toujours dans ce refuge ouvert à tous les complots et à tous les crimes , une espèce de nation. Elle conserve encore aujourd'hui son institution primitive ; zèle pour la religion grecque, exclusion des femmes et amour pour le pillage ; et peut-être ne sera-t-il pas inutile, pour marquer l'opinion qu'on a dans les pays orientaux des établissements que nous respectons le plus , de rapporter qu'on y appelle quelquefois cette société de brigands une espèce de chevalerie de Malte. L'impératrice et le grand-duc de Russie sont depuis une trentaine d'années inscrits les premiers sur la liste de cette confrérie militaire. On ne sait pas précisément leur nombre , et eux-^mêmes ne s'en sont jamais assurés ; on la croyait, au temps dont nous parlons, de quaranteà cinquante mille; mais iJs sont aujourd'hui extrêmement resserrés par cette ligne de forteresses dont les Russes enferment tout ce qu'ils ont envahi dans les déserts qui les entourent. Les Russes cherchent tous les moyens d'affaiblir et de subjuguer cette redoutable société. Ils se sontemparésde quelques-unes des îles ; ils violent souvent à main armée te territoire de toutes les autres , pour enlever de vive forcer les esclaves
340 BÉVOLUTIONS D£ POLOGNE.
russes qui s'y réfugient ; ils tiennent des femmes dans le voisinage , cherchant ainsi à attirer ces brigands hors de leur repaire , à les mettre à la solde et à les subordonner à la même discipline que les autres Kosaks. Cependant^ ces hommes presque assujettis par le gouvernement russe, et qui conservent en Russie leur ancien nom de Zaporoves, ce qui signifie les habitants des cataractes , mais qu'on nomme Haydamaki chez tous leurs autres voisins, ce qui signifleles scélérats, ravagent encore, tous les étés, cette frontière de Pologne. Ils attendent exprès , pour faire leurs incursions, le temps où la richesse des campagnes les attire , et où Tépaisseur des bois favorise leurs marches et leurs retraites. Ils se partagent d'ordinaire en petites troupes, et se suivent un à un sur une seule file pour se cacher plus sûrement, cherchant plus à voler qu'à combattre. Ils obligent par leurs incursions tous les gentilshommes de ces contrées à se tenir toujours sous les armes, sont empalés aussitôt qu'ils sont pris, et souffrent toujours cette horrible mort avec un courage incroyal)le. Ils entretiennent des correspondances avec les paysans de Podolie ; et la menace ordinaire des serfs de ces provinces, dans leurs mécontentements contre leurs maîtres, c'est d'appeler les Haydamaki,
La plupart des gentilshommes avaient alors abandonné leurs maisons et leurs familles pour aller combattre les Russes; d'autres avaient eu le courage d'envoyer à la confédération les Kosaks par lesquels ils se faisaient auparavant garder. Les Russes eux-mêmes avaient enlevé toutes les petites garnisons particulières que les seigneurs entretenaient dans ces contrées pour la sûreté de leurs terres. Cette province était absolument sans défense, quand les Russes, con* curent l'horrible dessein de faire massacrer dans ses maisons toute la noblesse qui avait signé l'acte de confédération.