XXVII. Nouvelles confédérations ; celles de LUhuame,de Za
hroczym, de Krakovie.
IMalgré cet abandon, ces désastres et ce désespoir, il se fonnait encore de nouvelles confédérations ; et même, cd Lithuanie, près des frontières russes, un grand nombre de gentilshommes, après avoir acheté secrètement toutes les armes à feu qui se trouvaient dans la province, se confédérèrent et se retirèrent dans des bois environnés de marais. Ils avaient pour chef un jeune homme plein d'activité et de ressources, celui même qui, peu d'années auparavant, pendant qu'une armée de quinze mille Russes bloquait le duc Charles de Kourlande dans son palais , était parti de Lithuanie à fa tête de cinquante gentilshommes, était entré dans Mittau, le sabre haut, avait traversé l'armée russe étonnée de cette audace , et les avait conduits dans le palais du prince pour îui servir de garde. Ce jeune homme, nommé Rossakowski, fit des courses heureuses sur les frontières de Russie , et jeta Talarme jusque dans le palais de Mittau.
Mais il s'agissait moins à présent de combattre les Russes, que de former cette autorité souveraine d'une confédération générale qui pût rassembler la nation et en diriger tous les efforts. Si, de toutes les maisons éparses dans les campagnes, la noblesse se trouvait rassemblée le dimanche dans l'église, elle saisissait cette occasion pour se confédérer. Les Russes occupant les cités, on s'assemblait dans les bois du voisinage , on signait l'acte de confédération ; on revenait dans sa maison, en attendant qu'on pût former
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une troupe année. Leurs manifestes éraient des harangues mâles^ arrachées à rindîgnation, et pleines de traits de la plus sublime éloquence; ils protestaient devant toute la postérité contre la tyrannie ; c'était sur Taliénation du pouvoir législatif que portait surtout le cri de la nation. La plus singulière de ces confédérations se forma dans la ville de Zakroczym, à dix lieues de Varsovie, en descendant la Vistule, Cette confédération^ si voisine de la capitale, et environnée de tous côtés par les troupes russes, se soutenait en se disper- ^nt à propos. Chacun de ceux qui la composaient retournait isur les terres des gentilshommes voisins , qui paraissaient les soudoyer, sous le prétexte de la garde de leurs maisons. Un grand nombre habitait dans Varsovie même. Ils étaient instruits parla des moindres mouvements des Russes ; et, se rassemblant à propos, ils mettaient à contribution toutes «es contrées. Ils faisaient passer aux chefs des autres confédérations l'argent qu'ils levaient par ce moyen, et des avis sûrs de tous les mouvements des ennemis. Leurs principaux rendez-vous étaient dans les îles de la Vistule, d'où ils faisaient payer une forte contribution à tout le commerce de la Pologne. Ils alarmèrent plus d'une fois Varsovie ; et il est remarquable que, jusqu'à la On des troubles, ils ne furent jamais trahis malgré leur nombre , ni découverts malgré leur hardiesse. Ils n'eurent qu'une seule affaire avec les Russes , où ils remportèrent un avantage considérable. Ils avaient pour chef un gentilhomme nommé Zakrzewski, un de ceux qui, a la diète de 1766, étaient entrés dans le complot de massacrer, en pleine diète, le roi et tous ses adhérents; et ce fut dans cette même confédération que se forma, dans la suite, une conjuration pour l'enlèvement de ce prince.
Une autre confédération , plus audacieuse, se forma à Krakovie, dans la seule province où il se trouve des monta-
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gnes favorables à une guerre défensive; et elle rendit Tes** poir à la nation. Depuis l'élection du roi, les Russes étaient restés maîtres de cette ville, Tancienne capitale du royaume. Ils venaient enûn de Févacuer, afin de seconder le projet d'une confédération qu'on voulait y tenter en faveur de ce prince ; mais la noblesse assemblée adhéra au contraire à la confédération de Bar, et força les émissaires du roi de signer cette adhésion. Les Russes accoururent, et furent repoussés avec une perte considérable. Us se campèrent non loin de la ville^ et menacèrent de la bombarder ; mais Tincendie de la première ville de la Pologne eût été un événement trop remarquable pour pouvoir le pallier aux yeux des Turks. On publia que les ministres polonais veillaient encore sur les malheureux débris de leur patrie, et qu'ils avaient obtenu de Repnin que cet ordre ne fût pas donné. La ville fut assiégée : on accourut de toutes les parties du royaume pour la défendre. Elle devint le point de ralliement de toutes les confédérations. Les Russes accoururent aussi de toutes les provinces où ils croyaient avoir dissipé tout ce qui avait pris les armes, L'évêque de Kamienieç écrivit aux assiégés pour leur recommander d'épargner les dissidents qui, en grand nombre, habitaient dans cette ville : <i C'était, leur disait-il, une occasion de détromper l'Europe entière , que leurs persécuteurs cherchaient à abuser, et de prouver que leur résistance n'était point une guerre de- religion. »
XXVIIL Les Russes poursuivent les confédérés sur te territoire ottoman. — Nouveaux massacres.
Pendant que l'attaque et la défense Krakovie fixaient ainsi l'attention générale, un grand nombre de Polonais
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échappés aux massacres d'Ukraine, femmes, vieillards et enfaDts erraient dans les campagnes de la Moldavie, chargés de tout ce qu'ils avaient pu sauver de leurs effets. L'hospodar reçut ordre de les faire retirer de cette province. Ces malheureux allaient manquer d'asile ; mais , par une suite de la politique que les Turks avaient embrassée, le prince moldave leur fit insinuer de s'avancer davantage dans l'in^ térieur du pays pour être moins observés par les Russes. Comme ils s'enfonçaient dans cette province, les Russes au contraire tirent publier le retour de la tranquillité en Ukraine, afin, disaient-ils, que ceux qui y possédaient des terres, prissent soin de les faire régir, et qu'elles ne fussent pas envahies par le premier occupant. Tout ce qui avait échappé au premier carnage revint peu à peu. Ces infortunés , dans toute rétendue de ce pays si florissant il y avait quelques semaines, ne virent qu'un vaste désert sans autres traces de ses habitants que le sang et la cendre confondus ensemble ; et à peine furent-ils revenus que les soulèvements et les massacres recommencèrent. On voulait exterminer tout ce qui avait signé les confédérations.
Il y avait sur les frontières de cette province, du côté de la Bessarabie, la petite ville de Balta, appartenant au kan des Tatars. Elle est séparée de l'Ukraine par un ruisseau qui marque les limites. Le hetman, ou gouverneur tatar de cette petite ville, cherchait depuis longtemps tous les moyens d'engager la guerre entre les Russes et les Turks ; il se nommait Iakoubaga. II avait été secrétaire de Krim-Gueray, ce kan, irréconciliable ennemi des Russes, qui attribuait son exil à leurs intrigues, et qui attendait des premières hostilités son rétablissement sur le trône. Iakoubaga, pendant le règne de Krim-Gueray, était souvent venu en Pologne pour s'informer sur les lieux mêmes de toutes les affaires de cette république ; il y pre-
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naît véritablement intérêt. 11 s'était lié d'amitié avec un grand nombre de Polonais. La disgrâce de Krim-Gueray avait non-seulement ruiné toutes les espérances de lakoubaga, mais ce secrétaire trop fidèle à son maître , était devenu victime de son attachement. Le kan actuel le regardant de mauvais oeil, avait épié une occasion de le perdre, et en avait enfin saisi une de le faire jeter dans les fers. L'émissaire de France découvrit ce Tatar, le visita dans sa prison, le vit déterminé à tout faire, s'il retournait dans son gouvernement, pour engager la guerre. Cet émissaire parvint à apaiser la colère du sultan, lakoubaga, sorti de prison et retourné à Balta, dont il était gouverneur, entra en liaison avec les confédérés. 11 savait que le Koran défend aux peuples qui suivent cette religion ( c'était la sienne à luimême ) de déclarer la guerre, à moins qu'ils n'aient été attaqués dans leurs frontières. Ils peuvent menacer, faire des dispositions défensives ; mais leur religion ne leur permet pas d'être les agresseurs. Il s'agissait de faire attaquer à main armée le territoire ottoman . lakoubaga exhorta une troupe de confédérés à se sacrifier, s'il le fallait, pour procurer cet avantage à leur patrie ; et ceux-ci, de concert avec le Tatar, attaquèrent une de ces troupes errantes de haydamaki auxquels s'étaient jointes alors quelques troupes russes. Elles étaient commandées par ce même colonel qui avait déjà fait une irruption dans la Moldavie, cet étranger quj servant dans les armées russes, ne pouvait attendre sa fortune que de la guerre. Il poursuivit jusque dans Balta les confédérés, qui y fuyaient à dessein. Les Russes forcèrent aisément cette ville. Un grand nombre de musulmans périrent dans le massacre ; et l'on prétend que lakoubaga en tua plusieurs de sa main et mit lui-même le feu à la ville. Les Russes , croyant alors la confédération éteinte dans ces contrées, enveloppèrent les Zaporoves, les dépouillèrent de
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tout leur butin, qui se montait en espèces à plus de cent mille ducats ; et, cherchant toujours à subjuguer cette exécrable société de brigands, ils n'en renvoyèrent qu'une faible partie dans les Sles, permirent à une autre de s'établir dans l'Ukraine polonaise, et forcèrent le plus grand nombre à s'enrôler parmi les Kosaks russes. Ils livrèrent à Braneçki les paysans polonais. 11 en fit pendre plusieurs milliers. 11 en conserva huit cents pour les employer aux travaux publies. La moitié de ce nombre fut conduite à Léopol, où le tribunal de la Couronne commença leur procès ; mais on reçut ordre de Varsovie d'interrompre les interrogatoires, de brûler toutes les pièces, et de les livrer aux supplices sans faire de plus amples informations. Ils furent tous ahan donnés aux bourreaux pêle-mêle, comme du bétaU^.