XXIX. Mouvements à Constcmtinopte sur cette nouvelle
Cependant Iakoubaga avait rendu au kan des Tatars et au grand-seigneur un con>pte très-exagéré de l'incendie de Balta. Cette relation apportée à Constantinople, la nuit du 13 au 14jui'llet 1768, annonçait la violation du territoire ottoman, le sang musulman versé, le souverain outragé ; trois motifs de guerre également sanctifiés par cette même lot religieuse dont les ministres ottomans s'étaient fait un prétexte pour conserver la paix. Mustapl^ , indigné de ce que son empire avait reçu cette insulte sous son règne, se reprocha d'avoir donné trop de confiance à la sagesse timide de ses visirs. Ses ministres eux-mêmes crurent les hostilités déjà commencées. Tous les ordres furent donnés pour faire marcher les troupes, armer les janissaires, établir les magasins, mettre en ordre les arsenaux. Le sultan ouvrit avec ]oie ses trésors amassés depuis tant d'années. Le peuple
s'émut au bruit de ces préparatifs. Son inclination beHiqueuse parut se réveiller, et de toutes parts on se pourvut d'armes avec un égal empressement. Cependant Mustapha, qui ne voulait régner que suivant les maximes musulmanes, qui n'exerçait aucun autre despotisme que celui dont sa religion lui confiait le pouvoir, subordonnant toujours toutes ses volontés aux décisions des interprètes de la loi, en eoi>voqua aussitôt rassemblée ; mais sôr de la justice de sa cause, il prononça une malédiction formelle contre tous ceux qui entreprendraient de s'opposer à la guerre. La frayeur suppléa au courage. Le grand-conseil opina pour la guerre. Il prononça que les traités avaient été formellement enfreints par la Russie, et que la religion et la loi autorisaient le sultan à venger cet outrage dans le sang de ses ennemis.
Mais ce premier mouvement donné à la peur et à l'orgueil fit bientôt place à des réflexions plus tranquilles. Ces vieillards amollis virent avec regret l'obligation de quitter les délices de leurs sérails pour le tumulte descamps ;^ et dès qu'ils entendirent le ministre russe parler encore de paix, offrir des satisfactions, promettre des explications, assurer que- les coupables avaient été punis, ils se reprochèrentî d'avoir précipité leurs mesures, d'avoir pris conseil de cette impétuosité qui tient à la fierté musulmane, et d'avoir en quelque sorte téveillé tout l'empire par le bruit d'une prochaine guerre • Ils se montrèrent contentsjde cette prompte justice faite par la Russie, et parvinrent à remettre cette affaire en négociation. La guerre ou la paix furent laissées au choix de 1% Russie ; mais il fallait, pour conserver la paix , qu'elle se soumit à la satisfaction la plus éclatante, et qu'elle retirât sans le mpiudre dqlai toutes ses troupes de Pologne.
UYBE IX. S68