XL. Imprudence des Lithuaniens. — Les troupes de Radzivill
dissipées par les Russes.
Parmi les confédérations imprudemment formées, il y en eut une dont le mauvais succès exige, par Timportance de ses suites, une attention particulière. Elle priva la république d'une de ses plus grandes ressources.
Radzivill, rétabli dans ses biens et ses dignités par des moyens que lui-même détestait, avait enfin quitté Varsovie, le 13 mars, et était venu en Lithuanie, dans la forteresse de Niewiez, qui lui avait été rendue. Ses sentiments étaient si connus, malgré le personnage odieux qu'il avait été forcé de revêtir, que les premiers confédérés l'avaient destiné à être le chef suprême des confédérations. En effet, ce prince, au désespoir d'avoir été indignement trompé, d'avoir servi d'instrument au malheur de son pays, était impatient de se justifier aux yeux de l'univers, et ne respirait que la vengeance. Mais toutes ses terres avaient été ravagées, son artillerie prise, ses troupes dispersées, toussesbiensmisau pillage. Il lui fallut Fespace de quelques mois pour rassembler l'argent et les troupes nécessaires à une pareille entreprise.
Les Russes cependant faisaient épier chacune de ses démarches ; ils étaient instruits de toutes ses actions, de ses moindres discours : et, il faut l'avouer, son ivresse fréquente ne lui permettait pas de les mesurer sur le danger de sa position.
Un grand nombre ce gentilshommes lithuaniens se rendaient avec empressement dans cette forteresse; c'était à qui s'emparerait de la confiance de Radzivill et de ses
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troupes. Le comte Paç surtout, homme d'une sagesse consommée, d'un très-grand nom et d'une fortune médiocre, frère d'un homme qui avait toujours suivi ce prince, qui en avait partagé les revers, et qui avait refusé son établissement particulier avant le rétablissement de Radzivill, semblait destiné, par le vœu des plus sages Lithuaniens, à diriger leur confédération. Il avait pour concurrent ce jeune Kossakowski, lequel avait le premier formé des confédérations en Lithuanie, avait jeté l'alarme dans la Kourlande et sur les frontières russes, et s'était déjà assuré de plusieurs maréchaux pour former des confédérations dans tous les districts. La plupart des grandes dames de la province s'étaient réfugiées dans cette forteresse. Chacune voulant faire de son amaat le libérateur de la patrie, tramait des intrigues pour décider le choix du prince ; et Radzivill, dans ce tourbillon d'affaires et cette affluenee de monde, <^it incapable d'en soutenir l'agitation.
Dans ces conjonctures, une confédération de trois cents gentilshommes, la plus florissante jeunesse de Lithuanie, se forma dans le voisinage, sous la direction d'un nommé Giominski. Ils vinrent aussitôt se présenter devant cette forteresse, et sommer le prince au nom de la république. On leur laissa l'entrée libre ; mais pendant le trouble qu'y causa leur arrivée et les délibérations tumultueuses qui en furent la suite, un général russe accourut avec six cents hommes, et annonça que plus de trente mille Russes répartis dans cette province, allaient se rassembler autour de cette forteresse. Radzivill, dans la confusion où tout se trouvait encore, ses nouvelles recrues peu exercées, ses munitions, incomplètes, crut que le plus sûr parti était de ne point hasarder une résistance inutile. Les Russes s'emparèrent une seconde fois de cette forteresse, la seule qu'il y eût en Lithuanie. Il désarmèrent quatre mille soldats qu'il avait déjà
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rassemblés, en prirent la plus grande partie à leur service ; ceux qui refusèrent de s'y enrôler eurent la tête rasée, et furent ainsi renvoyés dans^eurs villages. Enfin, après avoir forcé tous les gentilshommes qui étaient présents de signer une promesse de ne point prendre parti dans les coofédératious, ils laissèrent se disperser toute cette assemblée, et forcèrent Radzivill à se retirer dans une terre plus voisine de Varsovie.