‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 175 sur 184 · XLI. Intrigues de la tzarine pour pacifier la Pologne · texte numérisé non relu

XLI. Intrigues de la tzarine pour pacifier la Pologne

Cependant Catherine continuait d'employer toutes les ruses de sa politique et toutes les ressources de son génie, pour sortir avec honneur d'une position si embarrassante ; ou si la guerre devenait inévitable, pour la soutenir avec gloire. Elle faisait publier en Pologne, par tous les organes qui lui étaient vendus, que la paix avec les Turks était prochaine, et tâchait, par ce bruit, de faire craindre aux Polonais qui oseraient s'armer contre elle, d'être abandonnés à toute sa vengeance. Cette paix en effet n'était pas hors de vraisemblance. Les Anglais négociaient avec activité pour l'obtenir. Le grand-visir, qui avait déclaré la guerre, homme ferme et altier, voyant l'autorité suprême sur les armées conGée au kan des Tatars, avait abdiqué le ministère ; et on tentait auprès du nouveau visir tous les moyens de persuasion, d'intrigue et de corruption.

Le bonheur qui avait toujours accompagné l'impératrice dans toutes ses entreprises ne l'abandonna pas dans ces conjonctures, s'il est vrai qu'il ne faille donner que le nom de bonheur à l'événement qui suivit. Krim-Gueray, cet implacable ennemi des Russes, ce fidèle allié des Polonais, au retour de son expédition dans la nouvelle Serbie, après le

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long repos de son exil, au moment où il se préparaît à venir attaquer les Russes en Pologne, fut attaqué d'une fièvre jaune non sans soupçon de poison, et mourut dans la ville de Cautchan, qu'il avait bâtie. L'émissaire de France vit ce prince mort. Son visage et son corps étaient couverts de taches livides ; les poils de sa barbe restaient à la main dès qu'on y touchait; ses ongles tombaient; tout marquait le poison : on montrait publiquement le Russe soupçonné de ce crime. Mais enfin, ce descendant de Genghiskan, cousu dans un sac de maroquin^ et lié de grosses cordes, fut mis sur un petit chariot, et, sous l'escorte de six Tatars, fut conduit à Baqtchiseraï ; et toute cette armée qu'il allait conduire à la délivrance de la Pologne, resta en pi:oie aux divisions qu'y firent naître la vacance du trône et les factions en faveur des différents concurrents.

On employait dans le même temps tous les moyens de terreur pour désarmer les Polonais. Des ordres de sang étaient donnés contre toutes les confédérations ; et pour les désarmer plus sûrement encore par une sorte de satisfaction, il fut annoncé de toutes parts que l'ambassade de Repnin allait finir. Catherine affecta de se plaindre hautement d'avoir toujours été mal informée des dispositions des Polonais. C'était depuis longtemps le cri de ces infortunés. Dans ce mécontentement feint ou réel, on annonça l'arrivée prochaine d'un autre ambassadeur vieux courtisan d'Elisabeth, dont l'esprit était doux„ dont, les manières étaient polies, et qui, sous cet autre règne, s'était fait chérir des Polonais. Mais en attendant son arrivée, Repnin, qui avait conduit les affaires à cette horrible confusion, continua encore de les gérer ; et il osa donner à cette princesse l'espérance d'armer contre les Turks la nation polonaise. Il comptait faire cette proposition dans la diète, dont l'époque était prochaine, et dont cet extravagant croyait l'as-

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sentiment possible. Catherine agréa ce projet; et il reçut Tordre d'offrir au roi, à cette condition^ le commandement des armées. Il fallait que les préjugés du despotisme, le profond mépris des hommes et le respect religieux pour l'autorité fussent bien profondément eni:acinés dans Tesprit de cette princesse et de son ambassadeur, pour qu'ils crussent encore que la volonté d'un roi pouvait, changer à ce point toute une nation. Le roi répondit à Kepnin par ce vers :

« ColiDais-ta quelque dieu qui fasse ua tel prodige? »

En vain Repnin lui-dit : « Vous voyez conmie les Turks vous traitent; c'est contre vous qu'ils ont pris les armes,, c'est à vous nommément qu'ils déclarent la guerre ; justifiez le choix qu'a fait de vous votre protectrice, en devenant vous-même aujourd'hui son défenseur. » Poniatowski se refusa à ce rôle dangereux, mais dont la seule tentative, quoique hasardeuse par elle-même, n'eût peut-être pas été sans honneur. Il se renferma dans les principes d'une politique circonspecte et timide. L'abandon total que la tzarine lui fit annoncer en vengeance de ce refus, et les outrages, de Repnin qui en furent la suite, ne purent ébranler sa résolution.

Tout dans Varsovie opposa une égale résistance au projet insensé de Repnin. Les princes Gzartoryski répondirent que dans la situation actuelle, où deux empires formidables prenaient une part aussi active aux affaires de la république, il ne s'agissait plus que d'attendre et dc recevoir la^ loi du. plus fort..

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XLIÏ. Cruautés inouïes txercées contre les tonfédérés.

Pendant qu^on agissait à Varsovie pour chercher des moyens de concilier les esprits, et pour armer, s'il était possible, la nation polonaise contre ses défenseurs ; les Russes, tâchant dans toutes les provinces d'assoupir tous les troubles et d'étouffer jusqu'au moindre germe de soulèvement, exerçaient les plus horribles cruautés contre tous ceux des confédérés qui avaient le malheur de leur tomber entre les mains. On vit alors tous les usages par lesquels les nations les plus barbares ont adouci le fléau de la guerre, violés à l'égard des confédérés ; toutes les capitulations devenues des pièges ; la foi donnée aux prisonniers toujours trahie ; un colonel russe, nommé Drewitz, massacrant de sang-froid des gentilhommes qui s'étaient rendus prisonniers de guerre, faisant expirer les chefs dans les supplices inventés en Russie pour les esclaves, les faisant quelquefois lier à des arbres, pour les exposer comme un but à l'adresse de ses soldats ; d'autres fois les faisant enchaîner, pour que leurs têtes, enlevées avec dextérité au bout des piques, représentassent tous les jeux d'un carrousel. On vit ainsi le carnage, qui n'a pour excuse que la nécessité des combats, devenu par ces horribles variétés l'amusement des vainqueurs. La barbarie fut encore poussée plus loin. Cet homme laissait errer dans les campagnes des troupes entières à qui il avait fait couper les deux mains; d'autres fois, par une inconcevable férocité, joignant l'ironie et l'insulte à la cruauté la plus inouïe, il faisait écorcher ces malheureux tout vivants, de manière que leur peau représentât sur eux Thabillenient polonais. Il est remarquable que cet homme si atroce, et qui fut alors le héros des Russes, était un homme sans courage. 11 était fin et patient ;

il passait quelquefois deux mois entiers à guetter uu parti, à s'assurer de quelques traîtres, à se pourvoir d'espions ; et quand ce parti , après quelques courses heureuses, commençait à être moins sur ses gardes , il le surprenait, ne combattant jamais de sa personne, et revenant toujours aux mêmes manœuvres. 11 fut plus d'une fois battu dans la suite par le jeune Pulaski, et perdit tout le renom qu'il avait d'abord acquis par ses effroyables succès.

Mais répouvante qui se répandit en Pologne suspendit ces émeutes téméraires ; et les plus impatients sentirent enfin la nécessité d'attendre l'ouverture de la campagne, et de recourir à des desseins mieux concertés.

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