‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 24 sur 184 · XXV. Conduite du roi de Prusse, et son alliance avec la · texte numérisé non relu

XXV. Conduite du roi de Prusse, et son alliance avec la

Russie.

Mais c'était d'une autre puissance que devait dépendre le sort des Polonais. Le roi de Prusse n'était encore lié par aucun traité avec aucun État de l'Europe ; situation conforme au système général qu'il avait embrassé de s'engager peu, de croire faiblement à la prévoyance, parce qu'il considérait les événements comme les jeux d'un iiasard aveugle, de regarder avec dédain toute cette vaine politique qui agite les cabinets, de se maintenir enî forces, d'attendre l'occasion, et de prendre le parti qu'elle indique. Ce prince, depuis la paix, sans se relâcher d'aucun soin, ni du gouvernement, ni dii généralat, menait, au fond d'une campagne isolée, la vie d'un sybarite et solitaire Là, entouré des statues ou des portraits des plus grands hommes de tous les siècles, il donnait la ma-

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tinée entière au soin de son royaume et de son année, et le reste du jour aux arts, à la méditation^ à son goût pour la poésie et pour la musique. C'est là que dorénavant, sacrifiant toujours réclat au succès , redoutable jusque dans son repos, jamais arriéré d'un seul jour sur une seule affaire , impénétrable à ses secrétaires les plus intimes, il suivait des yeux les mouvements de FEurope entière, et savait prendre part aux agitations des pays voisins, toujours à propos, et de manière à s'assurer, par le concours même de ses ennemis naturels, une des plus belles provinces de cette malheureuse république. On s'aperçut bien qu'au premier bruit de la mort du roi de Pologne, il donnait de nouveaux ordres ; mais on ne les connut que par leur exécution. Tous ses régiments furent recrutés, son artillerie réparée, et il se retrouva, sans bruit et sans effort, dans l'état de guerre le plus formidable. Sollicité par l'électrice de Saxe , qui cherchait depuis quelque temps à le séduire par tous les agréments de l'esprit, de protéger la demande qu'elle faisait du trône, il lui répondit avec les égards les plus recherchés et la politesse la plus ingénieuse, mais comme si l'élection, étrangère pour lui, devait intéresser uniquement la Russie. Pendant ce temps, il cherchait de toute manière à pénétrer les véritables intentions de la tzarine. Il démêla tout l'embarras où elle se trouvait ; et, bien assuré de ce que Poniatowski serait sur le trône, il enhardit cette princesse à se livrer plus ouvertement au désir de l'y élever. Il se fit un mérite auprès d'elle de lui en aplanir les principales difficultés ; son ministre, à Varsovie , s'attacha à y tenir, en toute occasion, le même langage que l'ambassadeur russe; et Frédéric, par cette suite de ménagements et de prévenances, obtint de la tzarine le traité d'alliance le plus avantageux, le même qui avait été conclu dans le temps où lenthousiasme du feu empereur pour lui en avait dicté les conditions. Allant au-devant de

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tous les projets que pouvait méditer le parti que protégeait la tzariDe en Pologne, il fit insérer dans ce traité la condition expres&e de ne point souffrir en Pologne les entreprises de ceux qui tenteraient d'y changer la forme du gouvernement. Ce traité, qui devait durer huit ans , fut signé le 31 mars 1764.

Aussitôt après la signature, il envoya à Poniatowski le cordon de Tordre de Prusse ; et cet honneur, accompagné d'une simple lettre de compliments, devint le premier titre publie que ee jeune homme eut à faire valoir. Dès-lors^ le roi de Prusse ne cessa d'exhorter les Polonais à se soumettre, parée qu'il n'y avait pas, disait-il, moyen de résister à la volonté des Russes. Il semblait craindre que, par une résistance mal concertée, ils ne forçassent la Russie à aggraverson joug sur eux ; il favorisait alors les desseins de Catherine, de manière que ces malheureux républicains cédassent sans être opprimés. Toute sa conduite tendit évidemment à ce que les Polonais, déshonorés de plus en plus en recevant de gré ou de force Poniatowski pour roi, demeurassent toutefois séparés de la Russie, et que, ni la servile complaisance d'un parti, ni impuissante opposition de l'autre, ne rendissent la tzarine maîtresse de la république. Il publia , à Texemple de cette princesse^ une déclaration où il assurait : « Que )e concours des deux cours était bien éloigné d'avoir pour objet le démem))rement de la Pologne ; que leur amitié était fondée sur des principes trop équitables,, pour qu'il eût jamais été question entre elles d'un pareil dessein ; et qu'il ne travaillait qu'à maintenir les États de la république dans leur intégrité. »

Telle était, relativement à cette vacance du trône, la situation des affaires en Pologne et dans les pays étrangers. La Russie et la Prusse réunies et agissant de concert; les Tiirks indifférents et trompés; les Tatars attentifs, mais

éloignés et contenus; la France et l'Autriche irrésolues, embarrassées et laissant encore les Polonais sans réponse, lorsqu'arriva le temps fixé pour l'assemblée des diétines, dans toute retendue des provinces de la république

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