XXX. On se rend à Varsovie
Aussitôt après la rupture de cette diétine , les Russes quittèrent Graudentz, et s'avancèrent à grands pas vers la capitale , où déjà se rendaient de toutes parts les sénateurs et tous les députés élus par l'un ou par l'autre parti. Déjà les troupes particulières de la maison Czartoryski s'y étaient rendues, et tous les jours on voyait dans les places publiques le comte Poniatowski, en exerçant ses nouvelles recrues^ prendre avec elles les premières leçons de la guerre. Quarante mille Prussiens bordaient les frontières de Pologne, et dix mille Russes, divisés en deux corps, occupaient des deux côtés de Varsovie les postes les plus avantageux. Tandis que ce voisinage y répandait la consternation, un trésor de plus de deux millions y arriva publiquement sous une escorte nombreuse. Tous les moyens se réunissaient, argent, troupes , menaces , promesses, manœuvres de tous les genres; tout^ dans ce parti, avançait constamment vers un objet fixe. Au contraire, dans l'autre parti, si ce nom doit être donné aux défenseurs de la république , on n'avait pu former aucun plan. L'espérance d'un secours étranger suspendait encore toute résolution; tous ceux qui pouvaient prétendre à la couronne se renvoyaient l'un à l'autre le dangereux honneur d'y concourir. Tout ce parti , et c'était presque la nation entière, était dans l'attente et dans la désunion. La no-
blesse, dispersée sur ses terres , n'imaginant pas ce que dans sa faiblesse elle pourrait faire sur les lieux où la faction opposée prenait les armes, aimait n)ieux ne rien autoriser par sa présence ; et ceux que leur dignité forçait de se montrer dans la capitale étaient les se.uls qui s'y rendissent.