‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 3 sur 184 · IV. Le vœu général est en faveur du comte Braniçku · texte numérisé non relu

IV. Le vœu général est en faveur du comte Braniçku

La plus grande partie de la nation polonaise parut d^abord apprendre avec joie le dessein formé par la Russie de placer un Polonais sur le trône. « Plutôt un esclave qu'un Allemand, disait-on; ayons enfin pour roi un liomme qui parle notre langue, et non plus un automate qui n'ait pour interprêtes que des favoris. » 11 y a peu de gentilshommes polonais qui, pendant que le trône est occupé, n'aient conçu l'espérance d^y parvenir on jour ; mais sitôt que le trône est vacant, chacun sent sa propre faiblesse, et la seule crainte d'exciter la risée suf6t pour contenir cette orgueilleuse prétention. La plupart ne cherchent plus alors qu'à ^. prévaloir, pour quelque intérêt particulier, de leur crédit danâ la nation, et de tous les suffrages dont ils peuvent disposer. Le vœu le plus général parut, dans ce premier moment, s« déclarer en faveur du comte Braniçki. Quelques-uns le proposèrent à l'ambassadeur rosse, en ajoutant : « INous sommes environ deux cents de toutes les familles qui pouvons prétendre à la couronne, et qui nous ferons hacher pour nous en exclure les uns les autres; s'il est vrai cependant que les cours voisines veuillent nous laisser choisir entre nous, le comte Braniçki est le seul de nos concitoyens qui puisse parvenir à concilier tous les suffrages. La nation est accoutumée à le respecter. Il ne lui manque, dans la magnificence royale avec laquelle il a toujours vécu, que le titre de roi. 11 tient aux deux partis : à l'un par lui-même, à l'autre par son épouse ; le malheur même d'être le dernier de son nom lui deviendrait favorable, en lui permettant de donner tous % , ses biens à la république, et en nous rassurant contre la crainte de voir toutes les grâces envahies par une seule

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maison. » Des dilTérentes provinces du royaume, tous les sénateurs se rendaient à Varsovie ; et partout, sur le passage du comte Braniçki, depuis ses terres jusqu'à la capitale, il fut joint par la principale noblesse des cantons qu'il tratersa. Partout la voix publique relevait au trâne. Tous les vieillards se faisaient un devoir de raconter les nombreux combats qu'il avait autrefois livrés aux troupes saxonnes , pendant cette ancienne confédération dont il avait été un des cliefs, et qui seule avait affranchi la Pologne du séjour de cette armée étrangère et de la tyrannie d'Auguste II. On ajoutait que depuis ce temps , une conduite toujours égale , toujours soutenue, sans témérité et sans faiblesse , pendant quarante années d'une anarchie destructive et d'une paix dangereuse, était un mérite supérieur aux actions les plus éclatantes ; que d'avoir si longtemps sauvé la république du joug de ses perfldes alliés , c^était véritablement avorr vaincu ses ennemis : c'était avoir mérité le trône par plus de vertus que ceux en qui la nation avait autrefois couronné des victoires. 11 entra à Varsovie le premier novembre 176^, accompagné d'une foule de sénateurs, aux acclamations de tout le peuple qui le bénissait, et qui d'avance lui donnait la couronne. Mais Braniçki ne s'abandonna pas à cette faveur populaire; il sentait que dans la malheureuse situation où était sa patrie, on n'y obtiendrait la couronne que de la protection des puissances étrangères, et il se pressa de solliciter l'appui de la France, dans l'espoir qu'elle soutiendrait en lui un ennemi des Russes , et le chef du parti qu'elle avait trouvé en Pologne quand elle avait cru de son intérêt de chercher à relever cette république.

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