‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 4 sur 184 · V. Prétentions du comte Poniaiowski · texte numérisé non relu

V. Prétentions du comte Poniaiowski

Afin de contrebalancer cette faveur générale , le vieux Keyserling prévenait» aveo un air de confidence et d'amitié, quelques gebs importants et accrédités dans la république , que Poniatowski serait roi. Pour réussir dans une entreprise presque impossible» il se montrait pleinement assuré du succès. « Poniatowski est bien jeune , disait-il , mais il suivra de bons conseils ; et quand il sera roi , je me charge de sa conduite. » Soit qu'on eût une espèce de honte d'être cité comme auteur d'un pareil bruit, soit que chacun se tût dans L'incertitude de ce qu*il devait faire, cette nouvelle, toute surprenante qu^elle était , fut quelque temps à se répandre. Enfin, tout le monde se la conUait l'un à l'autre ; les grands avec indignation , la multitude avec étonnement. On ne concevait pas qu'une si haute prétention pût être formée par un jeune homme sans fortune , sans expérience , sans talents pour la guerre , dont le père , disait-on , ne s'était élevé que par l'intrigue ; dont le frère n'était connu que par un duel , et qui lui-même n'avait de nom que par une aventure galante. On publiait que dans une terre de la maison Sapiéha, il existait une ferme tenue h la fin du dernier siècle par un Poniatowski, aïeul de celui-ci, et qu'on y voyait écrit sur une solive son nom , et Tépoque toute récente où il avait bâti cette ferme. On se rappelait cette suite d'outrages que la Pologne avait reçus de la Russie , les divisions que cette cour artificieuse avait entretenues dans la république , l'adresse avec laquelle elle s'était ingérée par degrés dans toutes les parties du gouvernement. On croyait voir enfin à découvert , dans le dessein de couronner Poniatowski , le dernier degré de ce système d'oppression.

LITBS VI.

La plupart se persuadèrent que ce dessein était chimérique , que rien ne pouvait décider la nation à donner ses suffrages à un tel homme ; que TEurope entière s'opposerait à l'asservissement dont la république serait menacée ; et que rimpératrice allait causer, par cette faveur imprudente , le malheur de son ancien amant; mais quelles que fussent de toutes parts la surprise et Tindignation , une foule de gens , loin de s'éloigner de Poniatowski, loin de le regarder avec indignation , commençaient à le rechercher avec empressement.

Vf. Sa conduite,

Poniatowski , qu'on voyait il y a peu de mois si entreprenant, si téméraire, si empressé à faire naître des troubles, pour y trouver l'occasion que la fortune lui offrait aujourd'hui il semblait maintenant étonné de sa position. Il se montrait rarement en public , craignant également de paraître dans la simplicité de son état naturel , ou dans le faste d'une prétention qu'il n'avouait pas encore. Tout le soin de conduire son élection était confié à ses deux oncles, les princes Czartoryski ;il paraissait le leur abandonner sans réserve , et ces deux vieillards l'avertissaient chaque jour de prétendus complots formés contre sa vie ; soit qu'ils redoutassent la faiblesse de son caractère , sa facilité à recevoir des conseils, et qu'ils voulussent par ces horribles méfiances l'éloigner de toute autre intimité, soit qu'ils espérassent, en Teffrayant , jeter de l'incertitude dans ses démarches et le détourner peut-être de son entreprise , soit plutôt que devant à lui seul l'appui des Russes, ils craignissent réellement qu'on ne leur enlevât cet appui par un assassinat.

Alais pendant qu'ils s'efforçaient de lui rendre suspects

tous les plus vertueux: citoyens , d'un autre côté , ses deux jeunes confidents déjà ses flatteurs , et qui avaient attaché leur fortune à son élévation , lui rendaient ces deux veillards eux-mêmes également suspects. Ils ne pouvaient se persuader que les princes Czartoryski , arrivés au terme où depuis trente années , avaient tendu tant de travaux , tant de factions et dlntrrgues^ parvenus au point de remonter sur un trône qu'une branche de leur maison avait occupé pendant deux siècles avec tant de gloire, employassent de bonne foi tout leur crédit, tous leurs efforts, le zèle de tous leurs clients pour y placer un jeune homme, un allié dont euxmêmes avaient longtemps rougi. Ces deux jeunes conGdents semblaient s'être chargés de le garder soigneusement contre tous les pièges qu'on aurait pu lui tendre dans sa famille ; et en affectant de lui faire cortège par honneur, leur véritable soin était qu'il ne se montrât jamais que sous leur escorte.

vil. Disposition de la maison Czartoryski.

Le sacrifice d'une couronne fait par des hommes ambitieux, paraît toujours si étonnant, qu'on cherche avec curiosité quelles pouvaient être les dispositions secrètes de la maison Czartoryski. Nous avons dit plusieurs fois que le prince Michel , grand-chancelier de Lithuanie, occupé d'une ambition plus noble que celle d'être roi , voulait être le législateur de son pays. Cet homme, d'un génie entreprenant, artificieux et opiniâtre , se proposait depuis longtemps de changer ce gouvernement défectueux en une monarchie réglée , et d'employer pour y parvenir , le concours même de la Russie , sans que cette cour ignorante et vénale soupçonnât l'usage qu'il voulait faire des forces qu'elle lui confie-

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