LIVRE VI
leur plus belle prérogative, cet abus de la liberté que Famour de la patrie venait d'employer avec tant d'îiéroïsme. On craignait que toutes les provinces ne méconnussent Tautorité d'une diète devenue illégale; et chacun, dans J'irrésolution^ attendait Topinion et l'exemple de ceux à qui il avait engagé sa conscience et sa voix. Enfin Poniatowski cria aux nonces qui devaient parler les premiers, de donner leurs suffrages pour Félection d'un maréchal. Ils nommèrent, comme ils en étaient convenus, le prince Adam Czartoryski ; et cette assemblée, composée d'un même parti, annonça, par cette première séance, la résolution où elle était de ne point regarder la diète comme rompue.
Le jour était trop avancé pour qu'il fût possible aux républicains de suivre le projet qu'ils avaient formé de quitter Varsovie ce soir même. La nuit se passa dans des précautions mutuelles ; chacun des deux partis se garda soigneusement, les républicains s'apprétant à partir au point du jour, et les Russes enfermant la ville de toutes parts pour leur en défendre la sortie.
XXXYL Sortie des républicains hors de Varsovie.
Le lendemain, les républicains s'étant rassemblés , leurs troupes réunies avec la noblesse formaient environ trois mille hommes. Leurs adversaires voulaient empêcher ce départ ; mais il n'existait dans la république aucune autorité qui pût s'y opposer, et les Russes avaient ordre d'éviter tout ce qui pourrait engager un combat. On résolut d'examiner la contenance des républicains et d'essayer s'il suffirait, pour prévenir leur départ, d'y susciter des obstacles et de leur y faire envisager d'inévitables périls. Le résident de Russie vint prier le grand-général de ne point passer
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devant le camp des Russes ni à la portée de leur canoD. Le grand-géDéral répond : « Qu'il ne Vinforme pas où sont les Russes, et qu'il passera par le chemin ordinaire ». Mokranowski va seul chea Tambassadeur de Russie pour demander l'explication de ce message. 11 lui déclare que si on ne veut pas laisser passer les Polonais qui veulent se retirer, ils forceront le passage ; et il engage sa parole d'honneur que, hors ce cas, ils ne commettront aucune hostilité. IN 'oublions pas que les princes Czartoryski l'avaient fait assurer que ni eux, ni leurs amis^ n'avaient eu aucune part aux attentats commis contre lui dans la diète; tant la vertu inspire de respect à ceux même qu^elle irrite! 11 alla ensuite, également seul, au camp des Russes, pour y parler au prince Repnin. £nfîn les paroles réciproques étant données, on prit des deux côtés les plus sages précautions. Aucun des Czartoryski ne se montra. Aucune cocarde de leurs couleurs ne parut sur cette route. Les Russes bordèrent le front de leur camp, et se tinrent sous les armes , leurs généraux à leur tête, et le comte Poniatowski parmi eux. Les troupes ne se saluèrent point; la fierté polonaise et la férocité russe conservant chacune leur caractère. Poniatowski ne put retenir ses pleurs en voyant de ce camp ennemi passer devant lui la comtesse Braniçka, sa sœur, qui abandonnait la capitale où il allait régner sous la protection des ennemis de l'État, et qui suivait son mari, ce généreux défenseur des lois.
Quelques-uns des plus considérables citoyens ne s'étaient déclarés pour aucun parti, tant qu'il y avait eu quelque espérance de conciliation ; mais quand ils eurent vu violer toutes les lois, ils se déclarèrent pour leurs défenseurs et allèrent joindre les républicains. Ceux-ci campèrent à peu de distance de Varsovie. On y remit au grand-général des lettres du roi de Prusse, qui lui conseillait une conduite modérée.
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Il répondît à ce prince : « Une modération qui nous ferait supporter l'oppression serait coupable ; elle approcherait de la trahison. Attenter à la liberté de sa patrie, est le premier des crimes dans une république 5^ souffrir qu^elle soit perdue, est le second ». Le lendemain, dès la pointe du jour^ les républicains se séparèrent en deux corps, afin de suivre les lois de ce pays, qui veulent que les opérations du grand^duché de Lithuanie marchent toujours de front avec celles du royaume de Pologne. Radzivill partit à la tête ' de ses troupes pour aller confédérer le grand-duché, tandis que le grand - général allait rassembler la noblesse du royaume.
XXXVn. La diète destitue le grand-général de ses emplois.
Cependant la plus grande partie des députés ayant quitté Varsovie, la diète, au Heu d'être composée de près de trois cents nonces, comme elle aurait dû Tétre, restait bornée à quatre-vingts, seul nombre que les menaces et les promesses, l'argent prodigué et la présence d'une armée y purent retenir. On se pressa d'y porter contre le grand-général plusieurs chefs d'accusation, et on proposa de lui ôter le commandement de l'armée. Cette proposition excita dans cette diète mercenaire une consternation remarquable. Chacun parut sentir sa propre honte. La plupart des nonces n'opinèrent qu'en baissant tristement la tête. Les suffrages s'étant ainsi réunis, le grand'-général fut destitué de l'autorité attachée à ses emplois. On en confia l'exercice au prince Auguste Czartoryski; et pour faire exécuter ce décret, ce prince obtint non-seulement * l'ordre d'employer la force, mais la permission de se servir des troupes étrangères.
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