‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 61 sur 184 · VII. Exil de Krim-Gueray · texte numérisé non relu

VII. Exil de Krim-Gueray

Cependant Krim-Gueray, déterminé à entrer eu Pologne, quels que fussent les ordres de Constantinople^ offrait au priuce Radzivili, réfugié dans une province voisine de la Tatarie, de le reconduire dans sa patrie. Mais dans ces conjonctures, il fut mandé à Constantinople ; soit que les ministres lui eussent tendu ce piège pour le perdre, soit que le grand-seigneur, encore irrésolu sur la guerre, voulût véritablement appeler le kan au conseil. Krim-Gueray, qui avait obligé la Porte de consentir à son élévation, qui méprisait et craignait les intrigues du sérail, ne voulut pas y paraître dépouillé de la force qui l'avait élevé; il chercha des prétextes pour ne pas obéir. Dix mille spahis et vingt mille janissaires, tirés de toutes les garnisons de ces contrées, bordaient alors les frontières de TUkraine. lis étaient répandus autour d'Oczakow et de Bender, sous le prétexte vraisemblable d'en visiter et d'en réparer les fortifications. De nombreux détachements furent apostés sur sa route. Le commandant des spahis, en arrêtant la voiture de ce prince, y jeta une paire de bottes, marque ordinaire de la disgrâce des kans. Krim-Gueray voulut se précipiter hors de la voiture et appeler les Tatars ; il en parut un petit nombre , mais ils furent aisément contenus par les spahis; ceux-ci ayant entouré le charriot, le conduisirent de relais eu relais jusqu'à Constantinople ; et tandis que la destinée, par la

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suite d'une ancienne intrigue d'amour, donnait une couronne à un jeune homme sans fortune, sans noblesse, sans talents, un prince d'une race illustre, un descendant de Genghis-kan, belliqueux, infatigable, également juste et pénétrant dans sa politique, se vit renversé du trône. Sa disgrâce n'abattit point son courage ; certain que la guerre ne tarderait pas à éclater, il ne doutait pas qu'elle ne fût l'époque de son rappel. Il parvint même du fond de son exil à se venger du grand-visir qui l'avait trahi ; et ses justifications, mises sous les yeux du sultan^ coûtèrent la tête à ce premier ministre. Pour remplacer celui-ci, le sultan fit choix d'un vieillard désintéressé, économe, versé dans les affaires intérieures de l'empire ; mais faible, timide, ne concevant aucun des rapports qui lient les États entre eux, dévot musulman, qui, subordonnant la politique au texte littéral du Koran, soutenait que la religion défendait d'attaquer les Russes tant qu'ils laisseraient en paix l'empire ottoman. Un seul trait achèvera de faire bien connaître la situation de cet empire. Le nouveau kan se rendit à Coustantinople. Les ministres turks craignirent les entretiens qu'il allait avoir avec le grand-seigueur, et employèrent tous les moyens qu'ils purent imaginer pour le dissuader de prendre aucun intérêt aux affaires de Pologne. Mais ce prince ta tare, dans son entrevue avec le grand-seigneur, n'en ayant pas moins insisté sur le préjudice irrémédiable que l'asservissement de la Pologne causerait à Tempire ottoman, le sultan lui répondit : « Mon frère, je sens la vérité de ce que vous me dites ; mais que puis-je seul ? Tous ceux qui sont dans l'administration, ou qui peuvent y parvenir, sont amollis et corrompus. Ces gens-là ne veulent que des kiosques, des maisons sur le canal, des musiques, de belles esclaves ; je travaille à mettre de Tordre et de la règle , mais il n'y a personne dans mon empire qui veuille m'aider ». Telle était la situation de ce

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malheureux empereur, qui seul dans une cour dégénérée, conservait encore quelque sentiment de la fierté ottomane, et qui pouvait être comparé à une âme saine et vigoureuse dans un corps affaibli, dont tous les organes seraient altérés par des maux irrémédiables. L'interprète tatare qui suivait le kan à cette entrevue, répéta, de la part de ce prince, toute cette conversation au comte de Vergennes, et elle est copiée mot à mot du compte qu'il en rendit à la cour de France.

\I1I. Inquiétude du roi de Prusse sur le nouveau gouverne

ment.

Pendant ce temps, le roi de Prusse étonné du nouveau gouvernement qui se formait en Pologne, ne savait sMI avait été joué par la tzarine, ou si cette princesse elle-même avait été trompée. Tant d'innovations en faveur de Fautorité royale lui faisaient ajouter quelque foi au bruit toujours répandu d'un mariage entre elle et le nouveau roi. Ce prince ^^ si attaché à l'opinion que tous les événements sont entraînés par un hasard aveugle, est cependant celui de tous les hommes qui a le plus diminué Finfluence du hasard dans les affaires de son temps , et qui en a gouverné la plus grande partie par la sagacité de sa prévoyance et l'habileté de sa politique. 11 résolut de miner sourdement cet ouvrage, ou de le renverser, s'il le fallait, ouvertement. Aux manœuvres secrètes que son ministre avait commencées à Constantinople, celui qui résidait à Varsovie eut ordre d'en ajouter de publiques. Cet autre ministre eut à ce sujet de longues explications avec le prince Repnin ; et aussitôt que les députés arrivèrent des proviuces pour le couronnement du nouveau roi, il leur représenta que la république étant rétablie dans un état tranquille, la confédération générale

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devait se dissoudre, et toutes les anciennes lois reprendre leur cours accoutumé.

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