‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 64 sur 184 · XI. Couronnement du roi, et son début sur le trône · texte numérisé non relu

XI. Couronnement du roi, et son début sur le trône

Tels étaient et les dispositions et les discours opposés ,

lorsqu'arriva la cérémonie du couronnement. Le nouveau

roi l'avait û\ée au jour de Sainte-Catherine, pour faire de

cette solennité même une sorte d*hommage à l'impératrice

de Russie.

Stanislas- Auguste annonça dès cette première action de son règne les mêmes penchants qu'on lui avait reprochés dans sa vie privée. La loi exigeait qu'il se fît couronner en habit polonais, la tête rase, «uivant l'usage antique et général de cette nation ; il devait sacrifier de longs cheveux noirs, qu'il avait conservés jusqu'alors à la faveur de l'habit français admis à la cour sous les derniers règnes. Une couronne à recevoir ne put l'engager à ce sacrifice. Il imagina une sorte d'habit théâtral, se coiffa d'un casque, chaussa des brodequins, et s'offrit ainsi jusque dans la cérémonie auguste de son sacre, à la risée d'un peuple indigné de son élévation* On vit cependant avec plaisir ce prince qui, n'étant rien, paraissait fier et dédaigneux, parvenu désormais au faite des grandeurs, se montrer affable et populaire^ comme si l'orgueil étranger à son naturel, n'eût été en lui qu'un pressentiment de sa fortune, et l'eût abandonné aussitôt que son ambition fut satisfaite. L'accès toujours facile qu'il laissa auprès de lui, l'accueil séduisant qu'il fit à ceux mêmes qu'il connaissait pour ses ennemis, quelques réponses où on remarqua de la force et de la bonté , Je soin qu'il prit d'admettre à sa table, avec les plus grands de l'État, des gentilshommes sans fortune, entiu les bonnes intentions qu'il annonçait, les laroies qu1i versait en parlant* du bien qu'il espérait faire, tout parut justifier cette foule d'hommes avides, qui n'attendaient plus que des prétextes pour grossir sans honte le petit nombre de ses partisans.

Ses deux oncles, toujours respectueux en sa présence, affectaient de donner cet exemple à la nation. Ils avaient tenté d'établir une sorte d'étiquette orientale, et fait enlever dans le palais tous les sièges des antichambres ; mais le roi semblait oublier le plus souvent cette majesté si nouvelle pour lui, et, non sans quelque grâce, faisait à ses courtisans les honneurs de son palais. Au milieu de cette simplicité appa-

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rente, on remarquait toutefois dans'tous ses discours les plus étudiés, comme dans les moins prévus, je ne sais quel faste, un retour perpétuel au mots de roi, de royauté, de pouvoir royal. On voyait que cette seule idée avait toujours dominé dans sou esprit, et que cette joie remplissait seule toute son âme. On reconnut aussi bientôt dans la diète qui suivit le couronnement ; qu'après avoir donné quelque soin à une vaine ostentation de générosité, il se livrait avec ar« tifice à ses ressentiments ; et qu'au lieu de chercher à ramener les esprits par la facilité et l'indulgence, il voulait soutenir tout ce qui avait été fait de plus rigoureux, pendant l'interrègne, contre ceux qui s'étaient opposés à son élévation.

XII. Diète de couronnement; les Czar tory ski achèvent ouvertement la révolution qtCils avaient entreprise.

De leur côté, les princes Czartoryski achevèrent dans cette assemblée tout ce qu'ils avaient entrepris pour établir en Pologne un gouvernement nouveau. Autant, jusque-là, ils avaient employé d'art à cacher leurs desseins, avançant à travers mille obstacles, et tâchant d'éluder ceux qu'ils ne pouvaient rompre, autant désormais ils employèrent d'audace, agissante front découvert, revenant sur leurs pas pour renverser tout ce qu'ils avaient laissé derrière eux, et se pressant d'autant plus que les puisssances voisines étaient devenues plus attentives.

Chaque citoyen, suivant l'ancienne constitution, aurait dû reprendre, dans cette diète du couronnement, toute retendue de sa liberté. C'était dans cette assemblée qu'on aurait dû examiner les lois nouvelles, proposées pendant l'interrègne, et c'était par l'unanimité qu'elles devaient alors recevoir leur

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dernière sanction, ou être rejetées par une seule opposition. Mais les Czartoryski se gardèrent bien d'exposer leurs établissements à une pareille épreuve, ni de dénouer cette confédération générale, qui remettait tous les pouvoirs de FÉtat entre leurs mains, et dont Tessence est de traiter toutes les affaires par la pluralité des suffrages. On avait conservé au grand-général de Litlïuanie, jusqu'à sa mort, tous les honneurs et tous les pouvoirs de sa charge ; mais quittant alors tous ces ménagements, on le réduisit à n'être plus, comme les autres titulaires des grandes charges, que le simple président d'un conseil souverain. Les deux Massalski opposèrent à cette constitution une résistance opiniâtre; le roi les appela auprès de son trône pour tâcher de les persuader. Tous les sénateurs présents se levèrent ; la plupart des nonces s'y joignirent pour supplier le grand-général de résigner volontairement son autorité. Il demeura inébranlable. Son fils et lui s'indignant de voir retomber sur eux-mêmes la puissance qu'ils avaient contribué a former, quittèrent la diète. Mais la loi fut portée malgré leur réclamation, et le nouveau gouvernement fut achevé en cette partie.

Toutes les provinces, quels que fussent leurs différents privilèges , furent déclarées également soumises à un nouvel impôt ; c'était un péage général à toutes les entrées du royaume. Le mot de contrebande, jusqu'alors inconnu en Pologne, et toujours odieux dans les pays même les plus assujettis, allait être prononcé sur toutes les frontières. Quelques-uns des députés représentèrent qu'ils n'étaient pas autorisés à donner leur consentement à une pareille loi ; qu'ils la recevaient seulement comme un projet dont' ils rendraient compte à leurs provinces. Mais leurs réclamations ne furent point écoutées, et la levée de cet impôt fut passée en loi. Dans cette diète, l'impératrice de Russie proposa de laisser la Pologne lever et entretenir une armée de cinquante

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