XXIII. Voyage du baron Saldern à Varsovieycomme médiateur
L'impératrice, après avoir été plusieurs mois sans répondre ni à ses lettres, ni à aucune de celles dont toute cette cour ne cessait de la fatiguer, prit enfin la résolution d'y envoyer un arbitre suprême. L*homme dont elle fît choix mérite d'être peint.
Saldero, né en Uolstein, dans une condition obscure, employé d'abord dans l'éducation d'un jeune prince, en avait été récompensé par une charge de judicature. Mais convaincu de prévarication dans cet emploi, et même, dit- on, d'un vol sur de fausses signatures, il avait fui eu Russie. Le grand-duc, étant Tainé de la maison de Holsteiu, et souverain de ce duché, l'avait accueilli ; ce qui l'approcha de Panin, gouverneur du grand-duc. Saldern était infatigable dans le travail du cabinet, et Panin indolent, mélancolique, cherchait la retraite et le repos au milieu des affaires et de la cour, occupé à rendre à déjeunes femmes les soins qu'il en recevait, se livrant quelquefois au travail pour se dérober à l'ennui, et le quittant presque aussitôt pour retomber dans rindolence. Panin regarda comme un bonheur d'avoir sous
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la main un homme actif, laborieux, plus instruit qu'on ne l'est communément à cette cour. Saldern, dont la tête était forte, la santé robuste et la plume éloquente et facile, se rendit bientôt nécessaire; et quoique son esprit fût aussi méchant que son caractère, qu'il fût naturellement dur, impétueux et mordant, quoique, dépourvu de tout usage du monde, il joignit la grossièreté d'un paysan holsteinois à la pédanterie d'un professeur allemand, toutefois, dans ce commencement de fortune, dans ces premières espérances d'un homme à qui la cour sourit pour la première fois et qui sent la nécessité de dominer lui-même tous ses peuchants, qui s'étudie sur tous les points, et à qui la retenue d'un subalterne et la souplesse d'un ambitieux tiennent lieu pendant quelque temps de politesse et de toutes les qualités qui lui manquent, les défauts de Saldem et tous ses vices étaient encore contenus et dissimulés. Devenu en Russie l'homme de conCance du ministère, il cherchait à élever sa fortune par les grands services qu'il rendrait à l'empire. INIalgré la flétrissure qu'il avait reçue en Holstein, il venait d'être nommé administrateur souverain de ce duché ; et, sous le prétexte d'un voyage qu'il allait y faire, il devait s'arrêter quelque temps à Varsovie. Il était chargé d'y être médiateur entre tous les partis qui divisaient la cour, d'y examiner la conduite de Repnin, de confronter les relations de cet ambassadeur avec l'état réel de la nation, de mettre fin aux querelles avec le roi de Prusse, et d'indiquer les vrais moyens de réussir, dans les trois points qui flattaient également l'ambition et la vanité de l'impératrice, savoir Taffaire des dissidents, l'alliance offensive et la démarcation des limites. Cette commission si étendue n'était cependant qu'une des moindres parties de la véritable commission dont Saldern était chargé.