LIVRE VII
XXIV. Négociations pour îin alliance générale de tous les Étals
du Nord y confiées à Saldem.
Un dessein vaste, ou plutôt chimérique, occupait alors l'esprit de cette princesse. Elle voulait réunir TAngleterrc, lo Danemarck, la Suède, la Pologne et la Prusse dans une ligue dont la Russie serait le chef. Un hasard remarquable avait voulu que la Turquie, l'Autriche et les différentes branches de la maison de Bourbon, c'est-à-dire tout te midi de PEurope, eussent été contraires aux desseins, de Catherine. Elle voulait opposer à toutes les cours du Midi une ligue générale de tous les États du Nord. C'était la France surtout qu'elle accusait d'avoir cherché à lui susciter des obstacles ; et la considération dont ce royaume jouit en Europe choquait cette princesse altière. Elle négociait enDenemarck et en Suède pour y détruire le crédit que la France y conservait. Cette ligue était aussi le véritable objet de l'alliance qu'elle avait proposée aux Polonais ; et c'est dans cette vue qu'elle avait jusque-là consenti à y maintenir la force que le gouvernement venait d'acquérir.
Un dessein si romanesque, qu'on appelait la grande alliance du Nord, fondé sur l'es^iérance d'entraîner plusieurs cours sages et habiles dans des liaisons contraires à tous les principes d'une saine politique, commençait cependant ù prendre quelque air de vraisemblance. On disait déjà dans le Nord que les peuples du Midi n'avaient qu'à élever un mur à l'exemple des Chinois, pour se garantir des invasions.
Ce dessein était si annoncé, les manœuvres pour y réussir étaientsi à découvert, cet unique objet du voyage que Saldern allait faire dans toutes les cours du Nord, était publié avec
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tant d'ostentation, que la France regarda dès ce moment cette princesse comme une ennemie capitale, dont elle devait humilier l'orgueil et déconcerter les desseins. De toutes les nations qu'on avait le projetde faire entrer dans cette alliance formidable, les Anglais étant les seuls qui eussent pu en soudoyer les années, le ministère français craignit qu'ils ne s'en appropriassent bientôt toutes les forces. Le duc de Choiseul, qui gouvernait la France, en avait, depuis la paix, conOé les affaires étrangères à un de ses parents, homme sage, d'une imagination froide, dur dans son autorité et circonspect dans ses mesures. Mais il reprit alors pour luimême ce département où les nouvelles conjonctures exigeaient toute l'activité de son génie. L'ambassadeur de France à Constantinople reçoit de nouveaux ordres. On permit à son zèle d'employer tous les moyens nécessaires pour déterminer ou du moins pour éclairer les ministres turks. Les rapports les plus certains et les plus suivis sur toutes les entreprises des Russes, soit en Pologne, soit en Suède et ailleurs, furent directement adressés à eet ambassadeur ; et les ministres ottomans les recevant alors par écrit, n'osèrent plus les altérer. Us parvinrent dans toute eur vérité sous les yeux mêmes du sultan. Mais n'anticipons point sur les événements, et contentons-nous de remarquer ici que l'ostentation de la tzarine dans ses démarches pour liguer tout le Nord est la véritable source des embarras où elle s'est trouvée depuis.