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XLV. Concessions faites avx dissidents

Le lendemain, les évéques prouvèrent, les traités à la main, qu'il n'existait aucune convention avec aucune puissance en faveur des dissidents. On lut ensuite a haute voix les recommandations de la Prusse , de la Russie, de l'Angleterre et du Danemarck. Il était bien étonnant de voir les ministres d'un si grand nombre d'États parlant publiquement au nom de leurs maîtres, citer les traités à faux. Néanmoins, pour répondre aux recommanda-

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lions (le tant de puis$âuces, Févéque de Krakovie fit agréera la diète quelques^^ articles favorables aux dissidents ; ces mêmes articles que Repnin avait concertés avec cet évêque, dans lé temps où il cherchait un accommodement sur cette affaire. Tout était changé ; mais Soltyk n'avait pas été plus loin ; il consentait à ce que les procès des dissidents, dans quelque affaire que ce fût, ressortissent désormais aux tribunaux séculiers ; qu'ils eussent par tout le royaume la liberté d'exercer et d'enseigner leur culte dans leurs maisons ; qu'ils fussent reçus dans la nouvelle école militaire et comme élèves et comme maîtres, parce que de tout temps ils avaient pu posséder tous les emplois, de l'armée. Toutes ces concessions furent agréées. Mais les dissidents n'étaient pas satisfaits; ils aimaient mieux, disaient-ils, être terrassés entièrement que d'être relevés à demi. La fin de cette diète laissait tous les partis dans un égal mécontentement. Repnin éclatait en invectives et en menaces. Rien de ce qu'avait demandé la Russie, ni l'alliance offensive , ni la nouvelle démarcation des limites, n'avait seulement pu être proposé; et cet ambassadeur prédisait une guerre de vengeance. Les partisans de . la maison de Saxe n'avaient point réussi à faire donner des apanages aux princes saxons. Radzivill demeurait proscrit. La nation, quoique rétablie dans une partie de ses anciens droits, n'avait pas réussi à faire rétablir les grandes charges. Les quatre conseils souverains, ouvrage des Czartoryski, laissaient encore dans les mains du roi presque toute l'administration de la république. La cour, en conservant de si grandes prérogatives, avait même réussi à établir la pluralité dans toutes les diétines des provinces ; mais elle avait échoué dans le plus important de ses projets, et elle perdit, à la séparation de cette diète, ce qui contribuait le plus à son autorité. Cette confédération générale ,

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qui, depuis plus de deux ans, avait tenu la république sous le joug, fut enfin dissoute avec un applaudissement qui parut universel. Toute la Pologne, au milieu de sa joie, attendait en frémissant quelles allaient être les résolutions de la tzarine. Mais, quels que dussent être les ordres qui arriveraient de Pétersbourg , les Polonais, hors d'état de se défendre, étaient résolus de ne point céder. Ils prétendaient que leur déclarer la guerre, désarmés comme ils Tétaient, ce serait annoncer le dessein de les conquérir, éveiller les autres États , susciter enfin les Turks, quelque profonde que fût leur léthargie, et donner de l'inquiétude et de la jalousie au roi de Prusse lui-même ; que d'entreprendre de forcer la Pologne en faveur des dissidents, ce serait abandonner tout au fanatisme, allumer un feu qu'on ne serait pas maître d'éteindre, intéresser peut-être le zèle de l'impératrice-reine pour la défense de sa religion. Quelques-uns se flattaient que leur conduite pacifique fléchirait enfin une princesse qui parlait sans cesse de justice et de magnanimité. Ils se rappelaient l'exemple de cet ancien peuple, qui , injustement attaqué par les Romains, et hors d'état de soutenir une guerre, n'abandonna point ses campagnes à l'approche de l'armée ennemie, ne défendit point l'entrée de sa ville, continua dans les places, dans les tribunaux, dans les marchés, de vaquer à toutes les affaires publiques. L'armée romaine respecta ses tranquilles occupations, ne commit aucune hostilité où elle ne trouva aucune apparence de guerre, s'arêta pour attendre de nouveaux ordres; et le peuple romain, laissant alors aux Tusculans leur indépendance et leurs lois, se montra digne de gouverner le monde. Mais eu se rappelant un des plus beaux exemples de vertu qu'ait donnés l'ancienne Rome, on frémissait d'imaginer comment allait se conduire une armée russe dans une occasion semblable ; et si la nation ne prenait aucune mesure pour sa défense,

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chaque citoyen ea particulier se tenait prêt à tous les matheurs. Dès la fin de la diète, une foule de gens considérables avaientdemandé aux états, sous différents prétextes, la permission d'aller dans les pays étrangers. Chacun, voulant faire face aux désastres qu'il attendait, n'avait plus pour objet que réconomie. Le luxe insensé qui avait perdu cette nation était abandonné. Les foires publiques, que Tinaprudente avidité des marchands rendait encore aussi riches que dans une paix florissante, n'avaient plus aucun débit. Le roi, pour conserver son luxe personne , après avoir perdu la plus grande partie des pensions que la Russie lui payait auparavant , retrancha presque toutes les grâces dont son trésor «tait chargé. Un prince Luboaûrski donna alors l'exemple d'une réforme et d'une probité bizarres. Après s'être soumis volontairement à une direction, il fit annoncer au son du tambour que personne n'eût à lui faire de crédit, sous peine de perdre ce qu'on lui avancerait. Dans cette inquiétude gé> nérale, tous les regards se tournaient vers ceux qui^ dans les occasions passées , avaient montré de grands talents ou de grandes vertus. On n'avait point de chefs pour se défendre ; on cherchait des modèles pour se conduire. Cette crainte répandue dans tous les esprits démentait ainsi les apparences de la sécurité publique ; et sans prévoir encore comment il serait possible de résister, toute la Pologne se préparait aux calamités que sa résistance allait occasionner.

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