IV. Projet de Podoski
Mais en vain les dissidents s'étaient confédérés ; en vain le sénat même autoriserait le roi à convoquer la nation pour juger leurs plaintes, >l était vraisemblablequela nation refuse-
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rait de s'assembler pour cet objet. Ces confédérations étaient, dans tout le royaume, regardées comme des révoltes, et inspiraient plus d'indignation que de crainte. Les provinces retentissaient d'imprécations et de menaces contre eux ; et quand bien même la cour parviendrait à former une assemblée nationale, il était évident qu*on ne pourrait jamais y réunir, en faveur des dissidents, cette unanimité de suffrages dont la Russie, leur protectrice, venait elle-même de faire rétablir la nécessité. On ne concevait pas que la tzarine prétendît aujourd'hui qu'on formât, pour cet unique objet, une autorité législative au milieu de cette même anarchie dont elle avait voulu renouveler et perpétuer les désordres. Mais cette difûcile entreprise était conduite par le référendaire Podoski, d'après un projet qu'il avait mis sous les yeux de cette princesse, et dont le principal événement de vait être le détrôuement de Poniatowski. Il s'agissait de faire soulever contre la cour tous les mécontents ; de les engager à se confédérer pour donner à la république des constitutions nouvelles, plus analogues aux prérogatives de la noblesse polonaise, que ne l'étaient les consitutions données par les Czartoryski ; et ces deux ligues, l'une catholique, composée de tout le corps de la noblesse polonaise, et l'autre dissidente, eussent traité ensemble sous la médiation de. la tzarine ; ensuite les conditions convenues dans cette espèce de congrès eussent reçu leur dernière sanction dans une diète dont l'unanimité eût facilement été maintenue par l'autorité réunie des deux confédérations, du congrès et de la médiation. Podoski, plus versé dans l'histoire de son pays qu'on ne l'était communément alors chez cette nation, avait été amené à ce dessein par deux exemples du même genre, et que nous avons eu soin de faire remarquer au commencement de cette histoire; l'un en 1673, lors de la conciliation entre les grands et la petite noblesse , l'autre en
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1718, lors de raccommodement entre la cour et la république ; événements d'autant plus remarquables , qu'ils avaient ramené la tranquillité après des temps plus orageux en apparence que les temps actuels, et que l'espèce d'ordre successivement établi e^ Pologne, à cinquante années de distance dans ces deux occasions différentes , était le véritable moyen dont la destinée s'était servi pour faire subsister cette république, malgré tous les vices de cette anarchie irrémé- ^able. Mais tous ceux des mécontents à [qui Podoski avait persuadé que la tzarine consentait à rétablir la nation dans tous ses droits ne savaient plus, en apprenant la confédération des dissidents, ce qu'ils devaient espérer ou craindre, lis n'osaient plus se fier à des promesses dont les premières leur paraisaient déjà violées.
Y. Déclaration de la tzarine; et lettre dePanin.
Rcpnin, pour dissiper ces alarmes, publia une déclaration de sa souveraine, où elle affectait le style d'une mère qui veut réconcilier ses enfants. L'ordre des faits y était renversé ; et ces confédérations, faites sous les armes russes, étaient représentées comme une assemblée légale qui avait réclamé sa protection. Elle ajoutait que, depuis quelque temps, il couvait dans la république des semences de discorde , qui en menaçaient à tout moment la tranquillité ; qu'elle ne pouvait voir sans attendrissement le bonheur d'un État voisin attaqué jusque dans ses fondements ; qu'elle invitait toute la noblesse à réfléchir sur Téloignement de ses priucipaux membres, sur la perspective des maux à venir, si Ton n'ôtâit pas l'espérance du succès à ceux qui avaient entrepris d'élever leur puissance en ruinant la liberté. Elle annonçait l'entrée de ses troupes, en déplorant de se
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voir réduite à l'exécution triste et rigoureuse des engagé* ments de sa couronne. Mais elle ne voulait point, disaitelle, être considérée uniquement comme un souverain qui faisait respecter sa garantie, parce que le soin de sa dignité n'était pas plus puissant sur son cœut que le devoir sacré de rhumanité. Tout ce qu'elle désirait était de prévenir qu'un parti n'attaquât l'autre, et qu'elle n'eût la douleur d'apprendre qu'un citoyen eût versé le sang d'un autre citoyen. Quant aux dissidents, elle se bornait à demander qu'on déterminât la part qui pouvait leur être confiée dans l'administration ; de sorte que le plus zélé catholique pouvait croire qu'il s'agissait seulement de leur accorder quelques avantages de plus que ceux dont iisjouissaient. Elle déclarait enfin qu'elle ne demandait rien à la Pologne, qu'elle ne formait aucune prétention sur aucune province de la république ; que loin de chercher son agrandissement dans les troubles^ elle n'avait en vue que de les prévenir ; que si, malgré ses soins, l'esprit de parti, s'abandonnaut aux furies qui le conduisent, précipitait la Pologne dans les calamités d^une guerre civile, et si à cette guerre il s*en joignait une étrangère qui fît craindre pour les possessions de la république , elle lui en garant issaU V intégrité, et qu'elle ne consentirait jamais à aucune paix avec qui que ce fût sur une autre base. Comme si on eût craint que les déclarations de cette souveraine, tant de fois démenties par sa conduite, n'eussent perdu toute créance^ on fit publier avec celle-ci une lettre du comte Panin à l'ambassadeur, écrite d'une manière encore plus positive* « L'impératrice aurait, disait-il « le plus vif regret, s'il pouvait s'élever le moindre soupçon que c'est à l'ombre de sa puissance qu'a été conçue la hardiesse des entreprises contre la forme du gouvernement ; et elle vous charge expressément d'inviter tous les Polonais qui comptent pour quelque chose