VI. Mouvement pour préparer la confédération générale
Le roi de Prusse fit remettre, par son ministre, une décla-* ration conlbnne aux mêmes principes, par laquelle il conseillait aux Polonais de s'assembler, dans une diète extraordinaire» pour la pacification générale. Les émissaires de- la Russie se répandent aussitôt dans les provinces, et y portent la déclaration de Fimpératrice et la lettre du comte Panin, imprimées en allemand, en latin, en français, en polonais. Les deux colonels russes attachés à Fambassade, courent de châ^ teaux en châteaux, parlant ouvertement de détrôner le roi, et ne donnant plus à ce prince que des noms injurieux. Le référendaire Podoski va dans tout le royaume soulever les mécontents ; ceux même qui avaient toujours été en dé* fiance contre la Russie, se laissent persuader à des promesses si positives, La haine contre les Czartoryski, Tespoir de la vengeance, le plaisir de voir humilier une faction dont les succès avaient tant excité d'envie et de crainte, entraînaient la plus grande partie de la noblesse. Quoique le dessein de détrôner le roi ne fût énoncé ni dans la déclaration de rimpératrice, ni dans la lettre de Panin, des gens, pleins de leurs préventions, supposaient dans ce silence quelque motif de politique ; et Podoski leur promettait le détrônement, au nom et sur la foi de Repnin, Il communiquait à quelques-uns le plan de cette révolution, agréé par la cour de Russie ; et d'ailleurs ils espéraient que le cri général de la nation, quand elle serait assemblée, suffirait pour y déterminer la tzarine. Les plus sages auraient voulu, il est vrai, obtenir quelque sûreté ; ils tenaiieut différentes as^em^
196 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
blées dans les provinces , ils craignaient que la nation ne devînt le jouet de la Russie ; ils désiraient que d'autres puissances intervinssent pour consolider les nouvelles constitutions qu'on se proposait de faire. Mais la noblesse dispersée ne pouvait commencer par réclamer cet appui ; et la Pologne , malgré tant de sujets de défiance, de ressentiment et de crainte, allait, avec une incroyable imprudence, se jeter dans les bras de son ennemi. Tous les cbefs sollicités par Repnin, se rendent en foule dans la capitale. Les évêques de Krakovie et de Kamienieç, le palatin de Kïow, le maréchal delà cour Mniszek, le grand-trésorier de la Couronne Wessel, le straznik de Lithuanie Pociey, le grand-maître d'hôtel de Lithuanie Wielhorski , une foule d'autres accourent dans l'espérance de concerter avec l'ambassadeur de Russie ledétrônement du roi ; tous affectent de ne point paraître à la cour, tous, en parlant du roi, ne lui donnent plus que lenom de son ancienne dignité : la capitale est remplie des plus grands seigneurs de Pologne, et le palais est désert.
VU. La cour tente de faire soulever les paysans.
Quelques-uns, avant de quitter leurs terres, avaient rempli les actes les plus sacrés de la religion ; et pleins d'une cob^ fiance qu'ils croyaient inspirée, ils annonçaient à leurs amis qu'une sorte de révélation ne leur laissait plus aucun doute sur le détrônement de Poniatowski. Le roi, abhorré dans son pays, sans aucun allié en Europe, sans forces, sans argent, ayant dissipé en folles prodigalités tout ce qu'il avait reçu depuis son élévation , n'a plus aucune cour, aucune suite ; et, dans la solitude de son palais^ ses deux frères sont ses uniques courtisans. Quelques émissaires de cette famille tentèrent, pour prévenir le soulèvement général et retenir