‹ Révolutions de PologneChapitre 102 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

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à tout sacrifier, s'il le fallait, à des espérances même trompeuses, d'autres attirés par l'espoir du pillage, d'autres pour se faire payer le prix de leurs assassinats. Benaki, le principal auteur de ces complots, le plus accrédité de tous les primats du Péloponèse, et que les Russes devaient en établir gouverneur , avait quitté , sous le prétexte des soins que sa santé exigeait , la résidence du pacha , et s'était rendu à Calamata au pied des montagnes. C'était sur le concours de cet homme et de ses partisans que les Russes comptaient avec le plus d'assurance. Sans oser lever encore l'étendard de la rébellion, il restait à la garde de sa ville avec un corps assez nombreux de Grecs armés en partie à ses frais , s'y renforçant sans cesse et attendant l'arrivée d'Alexis et de Papaz-Ogli, pour laisser tomber entièrement le masque. Il vint secrètement conférer avec Théodore ; et par les conseils de ce proèstos, on résolut enfin de former en deux troupes tous ceux des Grecs qui étaient accourus à Bétylo ; l'une destinée à pénétrer dans la partie orentale du Péloponèse vers la contrée de Sparte, en traversant les montagnes, où elle rassemblerait les Maïnotes; l'autre, destinée à parcourir la côte vers l'occident, et à se renforcer de tous les Grecs de cette partie. Théodore força ces deux troupes de prêter serment de fidélité à sa souveraine , leur joignit quelques soldats russes, et toujours enivré de ses brillantes illusions, il leur donna les noms fastueux de légions orientale et occidentale de Sparte. Pendant qu'elles s'avançaient l'une et l'autre vers leurs différentes destinations, le corps principal, composé de quatre cents Russe?, de Monténégrins, de Slaves, de Maïnotes de la plaine et d'un gros de montagnards , mit enfin le siège devant la citadelle de Coron. Cette ville déjà connue, quoique sans célébrité dans les beaux temps du Péloponèse, n'est plus aujourd'hui qu'un bourg assez bien bâti, habité par des

Grecs et par quelques négociants étrangers. Le château, situé sur une langue de terre qui s'avance dans la mer , domine sur le bourg et sur le port. Les murs du côté de la terre sont liésà des rochers qui forment un rempart naturel ; et le coté de la mer, défendu par des rochers semblables , Test encore par un bastion qui peut résister à l'artillerie. Quatre cents Turks s'étaient enfermés dans cette place. A la première vue de l'escadre russe, ils avaient voulu passer au fil de Tépée tous les habitants du bourg, et se jeter dans la campagne pour y mettre tout à feu et à sang ; mais ensuite, plus épouvantés , ils n'avaient plus songé qu'à s'informer des conditions que les lois de la guerre leur permettaient d'exiger en capitulant. Ce long délai les avait rassurés , et ils avaient reçu quelques renforts. Soixante Dulcignotes y étaient arrivés par mer; et quelques autres Turks y avaient fui de la campagne.

Les Grecs, habitants du bourg, dont les maisons étaient sous le feu de la forteresse , n'osaient prendre parti pour les assiégeants ; et les Turks épargnaient ces maisons , parce qu'ils étaient maîtres de les foudroyer a tout instant, et qu'ils les regardaient comme un gage de la fidélité des habitants.

Les Russes dressèrent trois faibles batteries du côté de la terre, tandis que leurs vaisseaux vinrent mouiller dans la rade. Mais ces vaisseaux, presque dégarnis de leurs équipages, se tinrent dans un tel éloignement que leur feu fut sans effet. De leur côté les Turks, peu aguerris et peu nombreux, n'osant s'exposer à charger leur artillerie en plein jour, se contentaient de faire une salve , tous les matins , des canons qu'ils avaient chargés pendant la nuit ; et la mollesse de cette défense suffisait contre une attaque aussi molle.

Pendant ce temps, les deux légions de Sparte se rendaient

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