‹ Révolutions de PologneChapitre 107 sur 282 · XXII. Apprêts de la flotte turque · texte numérisé non relu

XXII. Apprêts de la flotte turque

Cette flotte se préparait à Constantinople avec une tardive précipitation. Depuis longtemps, les Turks avaient été vainement prévenus des désastres qui menaçaient aujourd'hui leur empire. Le secret des armements russes si exactement gardé pour l'Europe entière, avait été révélé au ministère de Constantinople. Un avis srir lui avait été envoyé de Pétersbourg par le prince de Valaquic, que les Russes avaient

surpris dans sa capitale à la fin de la dernière campagne et conduit prisonnier à leur cour. Ce Grec accueilli par l'impératrice, et admis dans la conûdence des projets sur la Grèce, inquiet du sort de sa famille demeurée au pouvoir des Turks, avait eu l'adresse de faire parvenir cet avis au divan.

L'ambassadeur de France en avait aussi reçu de Pétersbourg quelques notions précises, mais par une voie douteuse. Cet ambassadeur, frémissant d'exposer les Grecs à la proscription la plus sanglante, sur un simple soupçon, et craignant de provoquer une défiance qui aurait pu baigner de sang des provinces entières, avait transmis cet avis aux ministres turks avec la plus prudente circonspection. Il s'était borué à exciter leur vigilance, sans donner un objet fixe à leurs inquiétudes. Ces ministres avaient reçu cette double information avec la même incrédulité. L'un d'eux prenant une carte de géographie, et montrant Pétersbourg : « Enseignez-nous, dit-il à l'interprète de France, comment une flotte peut arriver de là jusqu'ici ? Jamais il n'y a eu de Russes au midi ; nous ne pouvons les craindre qu'au septentrion». Quand on sut dans l'Europe entière que la flotte russe avait passé le Sund, nouvel avis donné par le même ambassadeur : « Qu'est-ce que le Sund? » demandèrent les ministres ottomans. Et quand on le leur eut expliqué, ils répondirent par des risées. Bientôt on les instruisit que les vaisseaux russes étaient en Angleterre, et que nombre d'officiers et de matelots anglais prenaient parti sur cette flotte. Ils s'adressèrent alors à l'ambassadeur d'Angleterre ; et celuici* pour entretenir leur sécurité, n'eut besoin que de la duplicité la plus grossière. On les avertit enfin que la flottfr russe entrait dans la Méditerranée. Mais toujours persuadés qu'ils n'ont aucun ami chez les chrétiens, ils regardaient tons ces avis comme donnés dans le perfide dessein, dp dé*

Page 1