‹ Révolutions de PologneChapitre 125 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

rates a les vices de toutes les cours. Le refus de prendre parti dans les rivalités d'un favori et d'un ministre, lui en fit deux ennemis. Près d'être perdu et n'ayant plus qu'un moment pour s'évader, il marche avec les troupes de son. gouvernement contre une de ces forteresses que les Espagnols conservent sur ces côtes; il feint de s'y présenter pour une de ces bravades consacrées chez les musulmans de ce pays, à qui le fanatisme persuade que tous ceux qui périssent par l'artillerie des Espagnols sont autant de martyrs. Arrivé le soir devant cette place, il fait à minuit détendre son camp et charger les équipages, comme s'il avait intention d'attaquer la ville au point du jour. Mais à la faveur de l'obscurité, s'éloignant de ses troupes, qui ne pouvaient soupçonner son dessein, il fait filer ses bagages vers la ville, où le gouverneur prévenu l'attendait , et s'y introduit avec quelques esclaves fidèles et toutes ses richesses. Accueilli par le roi d'Espagne, il traverse ce royaume, k France, l'Italie, se rend à Napleset s'y embarque pour Constantinople. Réclamé par un envoyé d'Alger, il est arrêté sans être entendu, et conduit dans une de ces prisons du sérail où uue justice prompte appelle toujours le bourreau en même temps que l'accusé. Le sultan s'y rend déguisé, soit que ta spectacle des supplices devienne quelquefois un délassement au milieu des ennuis et des délices d'un sérail, soit que l'équité de Mustapha fût inquiète d'un jugement si rigoureux. Hassan reconnaît le maître de l'empire, et lui parle avec cette même intrépidité qu'il avait si souvent portée dans ses combats contre les lions. Il lui rend compte des rn chesses réclamées par ses accusateurs ; il prouve que c'était sa propre fortune, acquise dans ses emplois par les moyens que ces gouvernements tyranniques autorisent. Il lui dit : « Qu'injustement persécuté à Alger, il était venu chercher asile à Constantinople, non comme un vil fugitif dans une

terre étrangère, mais comme un opprimé à qui son innocence donne droit de recourir au chef suprême des musulmans ; et que n'y trouvant encore que l'oppression, la captivité et la mort, il le citait au tribunal devant lequel le maître et l'esclave, le juge et l'accusé sont égaux ». Mustapha aimait le courage et cherchait la justice. Hassan l'étonna et lui plut; et dans cette prison même, il lui donna le commandement d'un vaisseau de guerre. Hassan refusa d'abord cet emploi, n'ayant pour l'exercer d'autres connaissances que celles que lui avaient acquises son premier état de batelier et de courts voyages sur mer. Mais la volonté d'un sultan est regardée comme un décret du ciel. Hassan n'avait adopté ni les mœurs efféminées de Constanlinople , ni les secrètes inobservations de tous les préceptes de la loi ; musulman dévot, fermement attaché au système de la prédestination, y puisant un nouveau motif de s'abandonner à son intrépidité naturelle et de se jeter aveuglément dans tous les périls, attaché aux nations franques par reconnaissance des services qu'il en avait reçus, et sachant par l'instinct naturel de son génie, malgré l'ignorance où l'a laissé l'éducation la plus grossière, admirer leurs arts, leur police, leur discipline ; il était devenu en peu d'années le troisième amiral de la Hotte ottomane, et en cette qualité il montait le même vaisseau que le capitan-pacha. Il était sur ce vaisseau ce qu'on nomme dans la marine française capitaine de pavillon.

Pendant que les six vaisseaux turks attendaient à la cape, en vue du port de Napoli, Elphinston, avec ses trois seuls vaisseaux et ses deux frégates, s'approcha sous pavillon vénitien ; et aussitôt qu'il fut à la portée du canon, arborant pavillon russe, il attaque avec le courage le plus déterminé, cette partie séparée de la flotte ennemie. Hassan engagea le vaisseau d'Elphiuston avec une bravoure égale à celle de

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cet Anglais. iVIais il fut aussitôt abandonné; et les cinq autres, vaisseaux se réfugièrent dans le port voisin. Hassan seul r exposé à tout le feu de la flotte russe, eut quelque peine à se dégager, et parvint à se retirer d'abord sous le feu d'une petite forteresse, bâtie à la pointe d'un roeber qui défend l'accès de ce port, où ce feu protégea son entrée. Elpbinston l'y poursuivit, y bloqua cette flotte pendant deux jours, s'approeba suffisamment pour l'y canonner ; mais un vent violent du nord l'exposait à se briser à la côte. Un de ses vaisseaux toucha sur des bas-fonds; et, se contentant alors de ce premier avantage, et d'avoir déconcerté les projets des ennemis, il se retira pendant la nuit du golfe d'Argos, vers File de Cérigo ou de Cythère, pour aller au-devant des secours qu'il attendait.

Les Turks ne profitèrent pas d'abord de souéloignement. Une grande contrariété d'opinions divisait leurs principaux chefs. Le capitan-paeha avait pris la ferme résolution de ne plus combattre, et sa lâcheté se couvrait de prétextes plausibles. Il soutenait « que les Russes, chassés du Pélopouèse, discrédités auprès des Grecs, n'étant plus maîtres d'aucun port, n'ayant aucune île dont ils pussent tirer des vivres , exposés à périr de faim et de misère, seraient bientôt forcés de quitter l'Archipel avec toule l'ignominie qui suit uue folle' entreprise; que, dans leur désespoir, le hasard d'un combat étant leur unique ressource, il fallait leur ôter cette ressource même ; que ce hasard n'était point égal pour les deux flottes, les Russes ne pouvant y perdre que leur flotte même, et les Turks une partie de leur empire ». Hassan représentait « que l'opprobre d'avoir fui devant trois vaisseaux, et de s'être caché dans un port, aurait de funestes suites, s'il n'était pas réparé; que les espérances des Grecs renaîtraient; que leur faveur générale rendrait les Russes maîtres de ce grand nombre d'îles uniquement habitées par des Grecs;

qu'ils y trouveraient d'inépuisables ressources ; que les dix vaisseaux turks enchaînés dans ce port, dont la sortie était difficile, y seraient aisément bloqués par un petit nombre de vaisseaux ennemis; que le reste de la flotte ottomane demeurerait séparée, et dans un danger perpétuel d'être attaquée avec toutes les forces russes réunies ; qu'il fallait profiter de l'éloignement des Russes, rejoindre les dix vaisseaux qu'on avait laissés en arrière ; et qu'après cette jonction au milieu des îles de l'Archipel, contenues alors par la présence d'une Hotte si nombreuse, on pourrait, ou chercher le combat avec plus d'avantage, ou, par une sage circonspection, le refuser sans honte ». Le pacha, gouverneur du Péloponèse, qui commandait dans cette forteresse, mit fin à ces disputes. Cet homme timide , sans s'exposer luimême à aucun péril, avait conduit avec succès, du fond de sa citadelle, toute la guerre du Péloponèse, et ne craignait plus rien pour sa presqu'île. Il avait vu avec épouvante les vaisseaux russes braver et canonner la flotte, sous le feu même de ses deux forts. Il tremblait qu'ils ne revinssent bientôt l'y bombarder; et, répétant sans cesse qu'il n'avait plus aucun besoin de secours, il menaça le capitan-pacha de faire tirer le canon du château sur la flotte, si elle s'obstinait à ne point reprendre la mer. Elle sortit de ce port, la nuit du 30 au 31 de mai; et au point du jour elle aperçut dans l'éloignement l'escadre russe beaucoup plus nombreuse que les jours précédents, et prit la fuite à toutes voiles. Les Russes, après quelques heures de poursuite, la perdirent de vue au milieu des îles dont cette mer est coupée. La flotte ottomane, successivement augmentée de tous les vaisseaux dont elle s'était séparée , errait dans ces parages étroits, se portant sans cesse d'un rivage à un autre, toujours soi-» gneuse d'éviter le combat, et quelquefois poursuivie par l'escadre russe. Hassan représenta enfin au capitan-pacha la

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