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honte de cette conduite. « Il fallait, disait-il, puisqu'on avait pris la résolution prudente d'éviter les ennemis, ne pas avoir le déshonneur de fuir perpétuellement devant eux. au risque perpétuel d'être forcé au combat. Il fallait se retirer ou aux Dardanelles, ou dans quelque autre station inattaquable ; et de là attendre le parti que prendrait la flotte russe , désormais fatiguée, sans vivres, ne trouvant partout que des côtes ennemies, ou contenues par le voisinage de la flotte ottomane ». On était alors vers les côtes d'Asie. Le capitanpacha se confiant, pour la défense des Dardanelles, à leurs propres forces, résolut de se retirer dans le golfe de Smyrne. La flotte, après avoir atteint l'île de Chio, au lieu d'entrer dans le golfe, tourna l'île, et fut jetée par ses mauvaises manoeuvres, dans le canal qui sépare Chio de la côte d'Asie. A l'aspect de cette côte, l'amiral ottoman crut y avoir trouvé la station inexpugnable qu'il cherchait.
Ce canal a dans sa plus grande largeur quatre lieues françaises, si on y comprend l'enfoncement de deux golfes opposés, l'un sur le rivage de l'île, et au fond duquel est bâti la ville de Chio ; l'autre sur le rivage de l'Asie, et au fond duquel est située une petite ville connue dans l'antiquité • sous le nom de Cysus, et aujourd'hui sous le nom de Tchesmé. A rentrée du canal, dont la longueur est de sept lieues françaises, sont situées les petites îles Spalmodari, environnées d'écueiis. Il n'y a pas une plage, pas un rocher sur ces mers, qui n'aît quelque nom dans l'histoire. Ce fut dans ce canal que se donna autrefois, entre la flotte d'Antiochus et celle des Romains, une célèbre bataillle qui commença à décider du sort de l'Asie. Les vaisseaux turks se rangèrent le long du rivage d'Asie, dans une position presque semblable à celle qu'avait prise la flotte d'Antiochus. Quinze vaisseaux de ligne, trois grandes frégates, sept grands vaisseaux armés, et quelques galères amarrées sur leurs ancres, for-
nièrent un croissant dont les deux extrémités étaient appuyées par des bancs de sable et des rochers à Heur d'eau. Des batteries furent établies sur ces rochers et sur la côte. Dans cette position formidable, les Turks ne croyaient pas que les Russes eussent jamais l'audace de les attaquer ; et quand ils apprirent rapproche de leur escadre, ils reçurent cette nouvelle avec joie.
XXXIII. Combat entre la capitane turque et le vaisseau amiral
russe.
Les Russes s'étaient d'abord avancés dans les mers de l'Attique; et en paraissant à la vue de Négrepont et d'Athènes , ils avaient tenté vainement de faire soulever ces deux villes, que l'exemple du Péloponèse avait effrayées. Ils entrèrent ensuite dans l'Archipel, et trouvèrent toutes les îles contenues par la même crainte. Cette escadre était encore alors commandée par Elphinston ; mais de funestes divisions avaient eu lieu au moment de sa jonction avec l'escadre de Spiritol'f. Par une suite de l'incroyable légèreté avec laquelle une si grande entreprise avait été imaginée et conduite, il n'avait point été décidé d'avance à qui devaient appartenir le pavillon amiral et le commandement suprême. Le chef d'escadre anglais, avec toute la violence de son caractère , avec toute la fierté d'une nation accoutumée à régner sur les mers, avec la juste confiance que lui inspirait un premier succès, refusait de se soumettre à aucune autorité. Spiritol'f, brave et déterminé, mais sans expérience et sans talent, uniquement choisi afin qu'un nom russe fût en tête de tous les ordres et plus encore en tête de toutes les relations, ne voulait point céder ce vain honneur; et tous les Russes se joignaient à lui avec une égale opinià-