‹ Révolutions de PologneChapitre 127 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

treté. Le seul Théodore leur répondait : « Que Phonucur national était de vaincre ». 11 avait d'abord employé le pouvoir souverain qui lui était confié en l'absence de son frère, pour faire obéir Spiritoff. Celui-ci, les larmes aux yeux, avait déposé le pavillon amiral. Après un long intervalle, Alexis, ayant rejoint l'escadre sur les côtes de File de Paros, et rassemblé toutes les forces russes, la dispute sur le commandement fut aussitôt renouvelée , et remise à la décision de ce chef suprême. Alexis, élevé dans les derniers rangs du peuple russe, imbu dès son enfance de cette haine inquiète et jalouse que les anciens Russes conserv ent contre les étrangers, décida autrement que son frère. Le pavillon amiral fut reporté sur le vaisseau de Spiritoff, au mépris de tous les emportements d'Elphinston , qui s'iudigua de se voir soumis à de pareils chefs, conduits eux-mêmes par d'autres Anglais, ses subalternes dans la marine de sa patrie. On apprit alors, par un navire grec, que la flotte ottomane était vers l'île de Chio; et on partit pour l'aller chercher dans ces parages.

Le capitan-pacha, à la nouvelle qu'on apercevait l'escadre russe, quitta son vaisseau et se lit mettre à terre, sous un de ces prétextes que la lâcheté sait toujours imaginer. 11 feignit d'avoir de nouveaux ordres à donner pour l'établissement de quelques batteries. Sa felouque étant fort remarquable, toute la flotte ottomane le vit prendre terre; et il n'y eut aucun Turk qui ne se crût trahi.

Le brave Hassan, resté seul commandant de la capitane, reçut ordre d'aller avec deux frégates se montrer à l'escadre ennemie pour se faire poursuivre et l'attirer dans le canal où sa destruction paraissait assurée. 11 la serra , d'assez près pour en compter toutes les voiles, et revint prendre sa position à la tête de la ligne turque, entre les deux vaisseaux chargés particulièrement de suivre et de défendre la capitaine.

Le lendemain 5 juillet, à sept heures du matin, le vent du nord favorisant rentrée de l'escadre russe dans le canal, elle s'avança composée de neuf vaisseaux et de quelques fréga^ tes. Elle défila entre les lies Spalmodari, et mit tous ses canots à la mer à la vue de la flotte ennemie. L'aspect de la grande supériorité et du bel ordre de l'armée ottomane, imprima quelque terreur à tous les esprits. On avait jusque-là ignoré le renfort que les Turks avaient reçu ; et quand on aperçut tous leurs vaisseaux sur leurs ancres, rangés en forme de croissant, la droite appuyée en terre ferme, la gauche sur la pointe d'un banc de sable, cette disposition plus habile qu'on ne s'y était attendu, déconcerta les mesures qu'on avait prises; mais les Russes, après le honteux abandon du Péloponèse, après avoir perdu la faveur des Grecs, sans port* sans asile, réduits a ne pouvoir rien entreprendre , venaient en désespérés chercher cette flotte, résolus de vaincre ou de périr. Un sigual appela tous les commandants à bord du vaisseau amiral. 11 fut décidé dans ce conseil que les neuf vaisseaux se partageraient en trois divisions égales. Spiritoff, encouragé par l'honneur du pavillon qu'il avait recouvré et conduit en effet par Gregg, contre-amiral anglais, commandait l'avant-garde. Alexis, comme généralissime, devait conduire le corps de bataille, mais se tenait sur une autre frégate dans un extrême éloignement. Elphinston, mécontent et irrité, conduisait l'arrière-garde. Le premier vaissseau de l'avant-garde russe mit toutes ses voiles, et porta vent-arrière sur la capitane turque, qui était le second vaisseau de cette grande ligne, amarrée sur ses ancres le long du rivage. Le vaisseau russe, en envoyant sa bordée, reçut lui seul tout le feu des trois premiers vaisseaux turks; et trouvant sa position trop désavantageuse, après avoir ainsi engagé l'attaque, il mit ses deux canots devant, et s'éloigna. Le vaisseau qui le suivait s'avança avec une plus grande in-

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