‹ Révolutions de PologneChapitre 128 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

trépidité; c'était l'amiral russe monté par Spiritoff, par Gregg et par Théodore. 11 donna sa bordée au travers des trois vaisseaux turks ; et en recevant les leurs, un de ces gros boulets de marbre dont les Turks font usage dans leurs «normes pièces, emporta son gouvernail. Ce vaisseau, couvert de toutes ses voiles, ne pouvant plus alors manœuvrer et obéir, dérivant sur la capitane, prêt à tomber sur elle, continuait de la foudroyer ; et soit par l'extrême promptitude de son artillerie, soit par la rapidité avec laquelle cette énorme masse était entraînée sur la capitane, il faisait partager à son ennemi tout son périk Hassan, qu'un ordre rigoureux attachait au rivage, s'efforçait cependant d'éviter le choc du vaisseau qui, en l'écrasant de son artillerie, tombait sur lui à toutes v oiles ; et le désordre où il avait mis le vaisseau russe lui faisait concevoir l'espoir d'uu plus grand avantage. Dans le même temps que, par l'adresse de ses mouvements sur ses câbles, il évita le choc dont il était menacé, il longea le vaisseau ennemi, y fit jeter les crampons, et parvint à lui donner l'abordage. C'étaient des deux parts les plus beaux vaisseaux des deux flottes, les équipages les plus nombreux, les troupes d'élite. Un combat désespéré s'engagea entre eux. Les Turks, animés par la bravoure de leur capitaine et par l'espoir d'une si belle prise, s'élançaient dans le vaisseau russe, s'y précipitaient du haut des vergues, y entraient par les sabords. Les Russes jetaient dans le vaisseau ennemi des matières en (laminées, des grenades, des pots à feu, espérant pouvoir se dégager et détacher les crampons, pendant que les Turks éteindraient Fiocencie de leur vaisseau. Une vingtaine de plongeurs maltais armés de long fers pointus, s'élancèrent à la mer, y plongèrent et travaillèrent sous l'eau à trouer et à trépaner le vaisseau turk. Les deux autres divisions russes avaient manœuvré pour se porter contre le centre et la gauche de la

. (lotte turque, dont tous les vaisseaux présentaient constamment le travers ; et chacune de ces divisions parvenue à la hauteur où devait commencer son attaque, se tenait à la juste portée de son artillerie, n'osait s'engager plus avant dans ce formidable, cercle et portait sa plus grande attention sur l'événement du combat qui continuait avec fureur entre la capitane et le vaisseau amiral.

La valeur de Hassan , déjà couvert de sang et de blessures , était près de l'emporter sur toute résistance. Le vaisseau russe était jonché de morts. Les Russes désespérant enfin de détacher les crampons , se jetèrent eux-mêmes dans le vaisseau ennemi. Au milieu du tumulte et de la fumée , et en passant ainsi mutuellement dans le vaisseau les uns des autres , les Russes qui se précipitaient dans le vaisseau turk y massacraient ceux de leurs compatriotes qui les y avaient devancés; et les Turks égorgeaient les Turks qu'ils trouvaient dans le vaisseau russe. Le feu prit plusieurs fois sur les deux vaisseaux , et l'embrasement fut éteint sans que l'attaque et la défense fussent moins opiniâtres. Les Turks qui ont à l'arme blanche une intrépidité, une légèreté, une adresse infiniment supérieures à celles de toute autre nation , après neuf quarts-d'heures de cette horrible mêlée , étaient enfin près de se rendre maîtres du vaisseau russe. Klphinston qui suivait de l'œil tous les événements du combat, fier de pouvoir secourir et sauver l'amiral russe, lui envoya les trois chaloupes de sa division. Une est coulée à fond par les canons turks ; deux abordent le vaisseau russe, y portent des troupes fraîches ; et ce renfort ranimant les courages , on parvint à repousser les Turks, à détacher le vaisseau, et déjà les chaloupes remmenaient à la remorque, chargé d'une troupe de Turks, qui, de vainqueurs devenus presque prisonniers, continuaient à s'y défendre. Mais de ce même côté où ils se défendaient encore , et dont ils

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