‹ Révolutions de PologneChapitre 129 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

étaient maîtres , deux felouques turques, également chargées de troupes , étaient prêtes à l'aborder. Hassan resté sur son vaisseau , et qui voyait avec désespoir sa proie lui échapper, s'élance à la mer, nage vers une de ces felouques, et, parvenu à y monter, quittant à la hâte ses vêtements mouillés , sans turban , un sabre à la bouche , deux pistolets attachés au col, il gravit sur le vaisseau russe, où le combat recommence avec une nouvelle furie. La force du vent , du courant et des voiles , ramenant le vaisseau russe vers la côte , il tombe une seconde fois sur la capitane. Gregg, voyant alors son vaisseau aux mains de l'ennemi , monta lui-même aux cordages , mit de sa main le feu aux voiles , et se jetant aussitôt dans les chaloupes avec Spiritoff et une vingtaine d'officiers , abandonna son vaisseau à l'ennemi et aux flammes. Hassan, maître du vaisseau embrasé, aperçut au travers du feu et de la fumée , l'évasion des officiers russes. Il vit ce qui restait de leurs soldats et de leurs matelots, dociles encore dans la confusion de la défaite et de l'incendie , n'ajoutant point à la confusion par de vains efforts pour leur propre salut, et respectant, par une obéissance tout à la fois héroïque et servile, la fuite de leurs officiers. Il considéra la mer couverte des canots de leur escadre , qui s'approchaient pour recueillir ceux qui pourraient encore échapper. Hassan dans sa victoire même, exposé au plus extrême péril , s'arrêta plein d'étonnement pour contempler la discipline de ses ennemis ; et son admiration , à ce que lui-même a raconté , suspendit un moment le soin de son salut. Aucun ordre pareil ne pouvait exister chez les Turks. Les plus lâches, dans le combat, s'étaient servi des canots pour fuir; les felouques étaient loin, et la capitane non moins embrasée que le vaisseau russe. 11 n'avait plus d'autre ressource que de s'élancer une seconde fois à la mer, tout affaibli qu'il était par cinq bles-

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sures et par le sang qui en coulait. Un ami lui restait , un Algérien, qui l'avait depuis longtemps accompagné dans tous ses périls et toujours partagé sa fortune. Au moment où ils allaient ensemble s'élancer dans les flots , ils virent étendu sur le pont un esclave espagnol qui avait donné dans le combat des preuves du plus grand courage , et qui respirait encore. Hassan arrête son compagnon , lui dit que de laisser ce brave homme sur le vaisseau , c'est l'abandonner aux flammes et que la mer peut le sauver. Ils le prennent , le précipitent avant eux et la fortune seconda leur pitié. Tous deux s'élancent après lui. Au moment où Hassan prit cette résolution, un Grec, excellent nageur, monté sur un canot russe , le voit de loin, le reconnaît, s'élance à la mer ; mais sa chute et les vagues dérobant un moment à ses yeux celui qu'il voulait saisir, il s'élance sur un autre Turk; et ces deux malheureux, au milieu des flots , se saisissent à la vue des deux escadres et se poignardent l'un l'autre. Pendant ce temps, l'Algérien qui n'avait aucune blessure, parvint à saisir Hassan , et nageant vers un débris qui flottait sur l'eau, l'y conduisit, l'y attacha , et le traîna ainsi au rivage.

Les deux vaisseaux embrasés , se détachant par l'effet de l'incendie, voguaient au gré du vent et des vagues. Le vaisseau russse bien plus enflammé, brûlant avec rapidité, aborda près de terre et sauta le premier. Le vaisseau turk , ne brûlant encore que par le haut, était porté au milieu de la flotte ottomane. Cette flotte épouvantée, coupa ses câbles, et chaque vaisseau, déployant ses principales voiles , suivit la côte. Les deux divisions russes qui se trouvaient aussi sous le vent du vaisseau enflammé , n'inquiétèrent point cette fuite ; et seulement à mesure que les vaisseaux turks en longeant le rivage , passaient à leur portée , les uns et les autres se canonnaient en désordre et dans l'éloignement.

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Les vaisseaux turks eu suivant ainsi la côte , rencontrèrent le petit golfe de Tchesmé , et y entrèrent comme dans un asile.

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