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XXXIV. Incendie de la /lotie ottomane

L'armée russe jeta l'ancre à la même place que l'armée turque venait d'abandonner ; et, apercevant les vaisseaux ennemis amoncelés dans une baie étroite et dont l'entrée se trouvait encore resserrée par un rocher qui s'élevait au milieu des eaux , on conçut l'espérance d'y incendier toute cette flotte.

Quatre vaisseaux russes furent aussitôt détachés pour fermer la sortie de cette baie. Mais les courants firent tomber ces quatre vaisseaux sous le vent , sans que de tout le jour aucune manœuvre pût les rapprocher.

Chacune des deux escadres demeurait ainsi dans un extrême péril , l'une malgré sa force , amoncelée entre des rochers, où il était facile de la détruire, l'autre , malgré sa faiblesse, séparée en deux divisions, hors de portée de se secourir mutuellement.

Hassan qui s'était fait porter au lieu du danger, représenta au capitan-pacha combien la flotte ottomane était exposée dans cette anse. Mais celui-ci, de plus en plus attaché à sa résolution de ne point combattre , se croyait sous la protection de la petite forteresse de Tchesmé et des batteries qu'il faisait établir sur les côtes. Il défendit à tout vaisseau de prendre le large, et envoya par terre aux Dardanelles pour en faire venir encore quelques vaisseaux. Il employa toute la journée suivante à établir des batteries sur le rivage. Une fut placée sur te rocher qui rétrécissait l'entrée du golfe. Quatre vaisseaux placés en travers dans

l'intérieur du golfe, couvraient toute la flotte et défendaient le passage. Mais pendant cette même journée, l'escadre russe, parvenue à se réunir, préparait des brûlots pour une expédition plus terrible qu'un combat.

Au milieu de la nuit , ces brûlots s'avancent , soutenus par trois vaisseaux de ligue, une frégate et une bombarde. Un de ces vaisseaux, monté par Gregg, arriva le premier à rentrée du port, et y resta longtemps exposé au feu de la batterie et des quatre vaisseaux ennemis , faisant de son côté un feu terrible et continuel avec des grenades , des boulets rouges, des carcasses, des fusées, de la mitraille. Les deux autres vaisseaux arrivèrent enfin à la même portée, et commencèrent un feu semblable, tandis que la bombarde placée à leur tête envoyait au loin ses bombes dans l'intérieur du golfe. Pendant ce temps, les deux brûlots approchent , conduits l'un et l'autre par des officiers anglais. L'un dont le commandant ne put bien faire comprendre ses ordres par les Slaves et les Grecs qui formaient son équipage , prit feu trop tôt ; et brûla inutilement l'autre s'en éloigna et gagna le centre de l'ennemi. Le crampon s'accrocha à quelques grillages d'un des plus gros vaisseaux turks. Cinq minutes après le vaisseau turk fut enflammé ; et le feu gagna aussitôt sur les trois autres vaisseaux qui fermaient le port.

Les vaisseaux russes auxquels on avait envoyé toutes les chaloupes , se retirèrent pour n'être pas exposés quand les vaisseaux ennemis sauteraient en l'air.

L'escadre turque était si resserrée que les vaisseaux se touchaient presque les uns les autres. En peu d'instants les flammes poussées par le vent s'élevèrent, s'étendirent et offrirent aux yeux des Russes le spectacle de la flotte ennemie embrasée tout entière. Le golfe de Tchesmé ne paçaissaiï qu'un immense globe de feu. De lamentables cris

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