X. État des confédérations
Ce retour précipité ressemblait trop à une fuite pour ne pas animer les espérances des Polonais ; mais il augmentait le danger actuel de leur situation. Toutes les provinces étaient prêtes à se soulever au moment où les confédérés de Bar, suivis de quelques troupes auxiliaires , reparaîtraient sur les terres de la république. Ce concert secret et presque unanime, avait été formé par les soins infatigables de l'évê-
que de Kamienieç. Ce prélat, avec le courage d'esprit le plus
ferme , sattachant toutefois en toute occasion à choisir le parti le moins périlleux, avait constamment travaillé a faire suspendre tous les desseins de ses compatriotes, à s'assurer des dispositions secrètes de toutes les provinces, et à tout préparer pour un éclat subit et général, aussitôt que la guerre commencerait réellement entre les deux empires. Mais ce qui restait des confédérés de Bar n'avait encore obtenu de l'empire ottoman qu'un asile. La défense envoyée de Constautinople à toutes les troupes turques et tatares de passer leurs frontières, et Téloignement de l'armée turque qui savançait de Constautinople avec lenteur sous les ordres du grand-visir, laissaient ces premiers confédérés, loin de leur patrie , dans un abandon total et dans une entière incertitude de ce qu'ils devaient espérer. Ceux qui avaient entrepris la guerre dans l'intérieur de la Pologne se trouvèrent alors dans une situation bien plus désavantageuse encore que dans la première campagne. Quelques-uns de leurs partis qui s'étaient avancés au dos de l'armée russe pour en intercepter les communications, surpris par le soudain retour de cette armée, furent coupés de toutes parts et détruits. Dans les autres provinces, ces malheureux républicains , la plupart sans armes, et tous sans munitions, sans aucun moyen de s'en pourvoir, sans aucun autre refuge que les bois, n'avaient d'autres secours pour se soutenir et pour vivre, que les contributions levées de gré et de force partout où leurs incursions pouvaient atteindre. Mais ces espèces d'exécutions militaires, justiliées par leur motif et par l'obligation même de sauver la patrie, la première de toutes les lois, ces impositions arbitraires et violentes, toujours employées dans les anciennes confédérations, et qui avaient en effet plus d'une fois dans d'autres siècles contribué à sauver la république, entraînaient de nos jours, et dans un siècle de luxe, de corruption et d'avidité, de trop