‹ Révolutions de PologneChapitre 14 sur 282 · LITRE X · texte numérisé non relu

LITRE X

ftmestes inconvénients Des troupes de brigands profitaient de cette confusion universelle, et usurpaient le nom de confédérés pour faciliter leurs brigandages. Quelques-uns même de ceux qui avaient pris les armes avec les intentions les plus droites, tentés parla facilité de ces extorsions, se livraient aune criminelle avidité, ne songeaient plus qu'à s'enrichir des dépouilles de leur patrie, et à se procurer sur les frontières quelque retraite où ils pussent cacher leurs pillages. La plupart de ces troupes errantes étaient devenues justement suspectes à la nation ; et la noblesse, éparse dans ses châteaux, craignait, en se joignant à Tune où à l'autre de ces confédérations particulières , de tomber dans quelque piège. Cette méfiance était entretenue par de secrets émissaires de la cour et des Russes, et donnait un nouveau motif aux meilleurs citoyens pour suspendre toutes leurs démarches jusqu'à la rentrée des confédérés de Bar. Les intentions de ceux-ci étaient connues ; et en se réunissantà eux, on se fût joint sans défiance aux véritables défenseurs de la nation Dans cette attente générale, les grands ne pouvaient prendre aucun parti ; ils se fussent exposés aux plus rigoureux traitements s'ils eussent donné le plus léger soupçon. Ceux que la vivacité de leurs ressentiments avait suffi pour rendre suspects se tenaient dans quelque château voisin des frontières , prêts à rentrer au moindre avantage ; et de là, ils tâchaient de correspondre avec quelques troupes de confédérés, afin de conserver une influence secrète dans ce parti. Le fanatisme même, dans une guerre où les intérêts de la religion se mêlaient avec ceux de la liberté, ne prêtait pas aux confédérés tout le secours qu'ils en avaient attendu. C'était l'effet nécessaire mais imprévu d'un événement étranger à ce pays. Les Jésuites , accrédités dans la plupart des grandes maisons polonaises , chargés presque seuls d'élever toute la jeune noblesse de la capitale et des provinces, se

trouvaient à la même époque exposés, dans tous les autres États de la chrétienté, à la persécution la plus violente, et menacés de leur entière destruction. Accusés dans les républiques de favoriser l'autorité arbitraire, accusés dans les monarchies de lever sur les lois une main parricide, cette double accusation ne leur laissait le choix d'aucun parti dans les troubles qui déchiraient la Pologne. La crainte de fournir un nouveau prétexte aux souverains qui sollicitaient ouvertement la dissolution de cet ordre, réduisait à la plus timide circonspection ces religieux, qui, en d'autres temps, auraient eu un si grand crédit dans ces troubles ; et cette société autrefois si remuante, si mêlée dans toutes les guerres de religion, et qui pendant deux cents années avait le plus contribué par la ferveur de son zèle àfaire dépouiller les dissidents des plus belles prérogatives de la noblesse polonaise, aujourd'hui que cette déplorable querelle avait conduit la république sur le penchant de sa ruine, près d'éprouver elle-même les plus funestes revers, demeurait muette, et se renfermait uniquement dans le soin de sa propre conservation.

Par toutes ces conjonctures, un parti favorisé de toute une nation, et qu'elle eût suivi tout entière à la première lueur d'espérance , paraissait alors au milieu de cette nation désarmée, un parti faible et presque anéanti. Un inconvénient plus funeste encore contribuait à ses fréquents désastres. Ceux'qui couraient le pays les armes à la main , sans asile dans leur patrie malgré cette faveur générale, étaient obligés de traîner à leur suite tout ce qu'ils possédaient de munitions, de vivres, d'armes, de meubles précieux et dont la richesse pouvait leur servir de ressource dans quelque besoin extrême. Par cette fatale nécessité , chacune de leurs troupes menait toujours avec elle plus de chariots qu'elle n'avait de combattants.

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