XXXIX. Le baron de Tôt t
Constantinople n'était pas aussi tranquille; et ce peuple désarmé n'avait pas cette trompeuse sécurité que donne à des barbares l'attente du danger les armes à la main. Quelques étrangers surtout firent représenter au divan Lextremc péril qui menaçait l'empire. La vérité des avis
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qu'ils avaient donnés, et qu'on se reprochait de n'avoir pas utilisés, ût ajouter plus de foi à leurs nouveaux avis.
Il s'y en trouvait un parmi eux qui avait commencé à rendre de grands services à l'empire ottomau, et qui s'offrit alors à mettre les Dardanelles en défense ; c'était le baron de Tott, né d'une de ces familles hongroises qui ont si longtemps défendu la liberté de leur pays contre la tyrannie de la maison d'Autriche, soutenues dans les temps de guerre générale par la Turquie et par la Frauce, et toujours abandonnées dans les traités de paix. Quelques-uues de ces familles ont péri ; d'autres, réfugiées en France, ont les premières formé chez cette nation des corps de troupes légères à l'imitation des troupes hongroises. Le père du baron de Tott avait contribué à lever et à former le premier régiment que la France en ait eu. Plusieurs occasions de servir sa nouvelle patrie, l'ayant ramené plus d'une fois à Constantinople, son (ils l'avait suivi daus un de ses voyages, s'y était instruit des usages et de la langue turque; et de là, revenu en France sans autre fortune que le métier de la guerre, il avait appris les détails de presque tous les arts militaires. Une commission, semblable à une de celles qu'avait eues autrefois son père, lui avait été donnée au commencement des troubles actuels; et c'est de lui que nous avons parlé sous le nom du secret émissaire que la France avait eu auprès du kan dus Tatars, et qui avait contribué à faire déclarer cette guerre. La mort de Krim-Gueray l'ayant rendu inutile eu Tatarie, il était revenu à Constantinople, et avait eu l'adresse, par le moyen d'un médecin du sérail, de faire parvenir sous les yeux du sultan quelques mémoires sur tout ce qui manquait aux Turks dans toutes les parties de la guerre. A cette lecture, ce prince parut frappé d'étonnnemeut. Il apprit avec terreur que les plus simples notions de cet art lui avaient
toujours été étrangères, et l'étaient devenues à sou peurkvoi,. m roi.or.NE. — t. m. 19
pie. Il fit successivement demander de plus grandes instructions, et reconnut enfin que cette ignorance s'étendait également à tous les arts militaires. Tott, pour se faire entendre de ce prince, fut réduit à composer des cartes géographiques du théâtre des hostilités, dont le sérail et le divan et Constantinople même, étaient entièrement dépourvus. Cette intelligence entre le sultan et un jeune étranger demeura quelque temps cachée. Mustapha, dans les conjonctures critiques où il se trouvait, redoutait moins encore les désastresd'une guerre malheureuse que les mécontentements de son peuple. Son premier dessein fut de faire secrètement instruire, par le baron de Tott, un jeune Turk assez heureusement doué pour le pouvoir élever rapidement aux premières dignités de l'empire. Mais s'enhardissant peu à peu, ou plutôt commençant à redouter ses ennemis plus que ses sujets, il prit enfin la résolution de soumettre publiquement à l'inspection du baron de Tott, tous les travaux de l'artillerie turque. Quel fut l'étounement de celui-ci en entrant dans l'arsenal de Constantinople ! Tout semblait y annoncer, à des yeux attentifs, la prochaine ruine de cet empire ; et pour ainsi dire on y lisait d'avance, sur le bronze et l'airain, ses inévitables destinées, les déroutes de ses armées, la prise de ses villes, et la destruction totale dont il était menacé. Au milieu d'anciens trophées en désordre et d'armes autrefois conquises sur les peuples vaincus, Tott vit avec effroi que toute espèce de préparatifs y manquait. Sans détailler ici les infâmes prévarications qui laissaient cet arsenal presque vide, et qui tiennent à des vices plus irrémédiables que 'l'ignorance, sans parler des criminelles négligences commises par les vils mercenaires substitués dans les places les plus importantes à ceux que les anciennes institutions y avaient établis, aucune des inventions modernes n'y était parvenue; on n'y connaissait encore, ni l'usage du cercle