‹ Révolutions de PologneChapitre 141 sur 282 · LIVRE · texte numérisé non relu

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ainsi à tous leurs usages; et dans leurs subdivisions nombreuses, le Tatar le plus grossier n'ignore point la tribu originaire dont sa horde est issue. Dans leur extrême ignorance, un instinct naturel et conforme à leurs mœurs les porte à aimer la géographie ; c'est le sujet ordinaire de leurs entretiens. Leurs connaissances en ce genre ont étonné les hommes les plus versés dans cette science. Des traditions fidèlement transmises conservent parmi eux le souvenir de tous les pays qu'ont parcourus leurs ancêtres ; et chacun d'eux , sans se tromper jamais sur le but auquel il veut atteindre, peut traverser sans route et sans indication précise, comme sans gîte et sans vivres, les plus immenses solitudes. Cette race d'hommes, si multipliée et si ancienne, est remarquable par des traits particuliers, un visage large et plat, des yeux brides par les paupières, mais vifs et brillants, les dents du plus éclatant émail. Quelques tribus, séparées depuis plusieurs milliers d'années, ont des traits plus remarquables encore, et quelques-unes des traits hideux, tels qu'autrefois les Huns et aujourd'hui les Baskirs et les Kalmouks.

Genghiskan avait assujetti presque toutes les tribus tatares, et, devenu le souverain d'un peuple si nombreux, que de telles mœurs rendaient si formidable avant l'invention de l'artillerie, il étendit facilement ses conquêtes sur une grande moitié du continent de l'Kurope et de l'Asie, détruisant toutes les villes qui avaient été fondées dans les contrées originaires des Tatars, et ne laissant de villes que dans les pays qu'il regardait comme esclaves. L"héritage du (ils aîné de ce conquérant fut une vaste domination, depuis les frontières de la Pologne jusqu'à l'orient de !a mer Caspienne ; elle n'avait point d'autre capitale que la mobile résidence du kan, connue dans ces climats sous le nom de la horde d'or,

à cause de l'espèce de faste que lui donnaient les dépouilles

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de tant de nations vaincues et les oruemeuts d'or que portaient ces Tatars grossiers sous leurs tentes de feutre et sur leurs vêtements de peaux de brebis. On se souvient encore, dans ces contrées, qu'ils s'étaient plu à réduire l'orgueil moskovite aux humiliations les plus abjectes. Lorsque les envoyés du kan arrivaient à Moskou pour chercher le tribut, consistant en oiseau* de proie, en fourrures choisies, et en quelque modique somme d'argent, le grand-duc sortait de sa ville à leur rencontre, à pied, la téte nue, tenant eu main un vase rempli de lait de jument, boisson la plus agréable à toutes les nations tatares; et pendaut que l'envoyé buvait, si quelque goutte tombait sur la crinière du cheval, le prince russe était obligé de l'essuyer avec sa langue. Des guerres intestines démembrèrent cet empire ; et dans ce même temps les Moskovites, ayant reçu de l'Kurope les armes à feu, inconnues à toutes les nations asiatiques, parvinrent à secouer le joug, et s'emparèrent ensuite des royaumes de Kasan et d'Astrakan, qui avaient fait une des plus belles parties de cet empire tatare.

Par ces conquêtes des Moskovites, les Tatars de la krimée ou ancienne Tauride, ceux des plaines limitrophes, ceux qui habitent au pied du mont Kaukase et dans ses vallées, se trouvèrent séparés entièrement des immenses contrées au ceiitre de l'Asie, qui avaient vomi tant d'inondations de barbares sur tous les pays civilisés. Ces nations ainsi séparées des plaines appelées la grande Tartarie, furent désormais nommées en Europe les petits Tatars.

Pendant que cette grande révolution s'opérait dans le Nord, la ville de Constantinople tomba au pouvoir des Turks, et l'empire grec fut entièrement éteint. Les Turks, trop prévoyants alors pour ne pas assurer de toutes parts leur nouvelle conquête, ne tardèrent pas à s'emparer de tous les rivages de la mer Noire. Les petits Tatars, toujours en proie

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